chapitre 13

Hermione franchie en trombe la porte du 6, route des Gobelins. Elle n'avait pas encore laissé couler ses larmes. Elle respira lentement. Bientôt elle pourrait éclater en sanglots et cela la soulagerait. Mais pas encore; pas tant que les enfants pouvaient l'entendre.

- Allez emballer vos affaires !

Elle hissa Rorie plus haut sur sa hanche. Vanessa et Henry ne bougèrent pas.

- Pourquoi ? Demanda Vanessa.

- Parce qu'on s'en va. Allez !

- Papa arrive ? Demanda Henry en se rapprochant d'elle.

- Non. Mais nous sommes là depuis trop longtemps. Prépare tes affaires, chéri.

Lentement, Henry entra dans la chambre qu'il partageait avec Rorie.

- Toi aussi Vanessa.

Hermione commença à monter les escaliers. Vanessa ne bougea pas.

- Non !

- Vanessa Jane Krum ! Tu fais ce que je te dis ! Tout de suite ! Je n'ai pas de temps à perdre avec ça !

- Pourquoi pas ? Pourquoi on s'en va ?

Hermione soupira. Elle allait devoir s'expliquer ou Vanessa ne bougerait pas. Elle était têtue comme une mule et la fréquentation des Weasley n'avait pas arrangé cet aspect de son caractère. Elle redescendit les escaliers et s'accroupit devant sa fille. Avec la main qui ne soutenait pas Rorie, elle s'empara de celle de la fillette.

- Tu vois combien tu aimes avoir ta porte fermée ? Pour protéger ta vie privée ? Et bien les adultes veulent avoir une vie privée aussi, et tant que nous sommes là, Ron ne peut pas avoir d'intimité. Nous sommes restés ici très longtemps et maintenant son intimité lui manque vraiment. Donc nous partons.

Vanessa fronça les sourcils.

- Ron veut qu'on parte ?

- Et bien... elle soupira... oui. Mais il a été si gentil de nous permettre de rester si longtemps. Je n'avais pas prévu de rester autant.

Elle se leva et caressa les cheveux de sa fille.

- Allez, va préparer tes affaires.

- Attend maman, est-ce que Ron a réellement demandé qu'on parte ?

Hermione qui avait commencé à monter les escaliers de nouveau, s'arrêta et ne pu retenir le soupir exaspéré qui s'échappa de ses lèvres.

- Oui, il l'a fait. Il est venu à la bibliothèque et il a dit qu'il devait me parler de quelque chose. Et bien sûr, je savais exactement de quoi il voulait parler.

La lumière se fit dans l'esprit de Vanessa. Il était allé à la bibliothèque dire à sa mère qu'il l'aimait. Parce qu'elle lui avait demandé. Elle réalisa qu'il était le seul père qu'elle voulait. Et elle réalisa dans le même temps qu'ils étaient sur le point de le perdre.

- Maman ! On doit le retrouver ! Maintenant !

- Vanessa, je sais que tu aime bien Ron. Mais c'est un homme adulte qui ne peut plus nous voir à chaque fois qu'il fait un pas. C'est sa maison.

- Oui, oui, mais nous devons le retrouver ! Il n'allait pas te dire de partir ! Si tu l'avais laissé parler...

- Vanessa tu me fatigues. Va dans ta chambre et ramasse tes affaires !

Les larmes montèrent aux yeux de la fillette.

- Il allait te dire qu'il t'aimait !

Un silence de plomb tomba tandis que la mère et la fille se dévisageaient.

- Je te demande pardon ?

- Il t'aime ! Et je ne devais rien dire parce que c'est un secret, mais tu n'écoutes rien !

Le visage fermé, elle s'abima dans la contemplation des fleurs du papier peint. Hermione sortie de son état de choc.

- Ron m'aime comme une amie. Et les amis ne se reposent pas sur les autres sans jamais rien donner en retour.

- Il t'aime maman ! Pourquoi est-ce que tu n'es pas capable de l'aimer toi aussi ? Qu'est ce qui cloche chez lui ?

Les larmes commencèrent à couler, lentement d'abord, puis de plus en plus rapidement.

- Il n'y a rien qui cloche avec lui ! Je... J'ai cru qu'il m'aimait un jour...mais ce n'était pas le cas. Je ne veux pas revivre ça. On y va !


***


- Weasley... En plein auto-apitoiement à ce que je vois, fit la voix amusée de Malefoy.

- Casse-toi, Malefoy. Je ne suis pas d'humeur.

Il ne se retourna pas pour regarder son beau-frère, gardant les yeux fixés sur le plafond.

- Je m'en vais... et tu viens avec moi.

- Pourquoi irais-je où que ce soit avec toi ?

- Laisse moi réfléchir...parce que ma femme aura nos deux têtes si tu ne viens pas là où je t'emmène... parce que tu as une chance d'éviter de continuer dans l'auto-apitoiement jusqu'à la fin de tes jours... Ces deux points devraient, espérons-le, te rendre la vie plus agréable.

- Comme si tu ferais quoi que ce soit pour me rendre la vie agréable, persifla Ron.

Il y eut un profond soupir derrière lui.

- Disons que je connais la sensation de se perdre dans l'amour.

Ron se retourna.

- Te perdre ? Tu as le meilleur de tout, et si tu n'es pas fichu de le voir...

- On se calme ! Je sais ce que je ressens maintenant. Mais tu crois que ça a été facile ? Un Malefoy et une Weasley ? La menace de la perdre planait sans cesse au dessus de ma tête. Merlin, j'en fais encore des cauchemars. C'est pour cela que je fais ça. Et aussi parce que Ginny m'écorchera vif et donnera mes restes aux enfants si je ne le fais pas.

Il posa la main sur l'épaule de Ron et le fit transplaner.
Ils apparurent dans un endroit sombre et Ron entendit la voix de Malefoy sur sa gauche.

- Bye !

Suivi du "pop !" du transplanage. Il était parti.
Presqu'immédiatement, il entendit un nouveau "pop !" suivi du bye ! De Ginny, suivit par un autre "pop !".

- Eh-oh ?

- Ron ?

- Hermione ? Qu'est ce que tu fais ici ?

- Je n'en sais vraiment rien. Où sommes-nous ?

- Aucune idée. Ginny t'as emmenée ici ?

- Oui...et toi ?

- Malefoy.

- Ah...

- Je connais ce ton... Tu sais quelque chose ?

- Oui...et bien je pense que nous sommes dans le manoir Malefoy. Et que donc les seules personnes à pouvoir transplaner ici sont les Malefoy.

- Donc en gros...

- On est coincés ici. Où que "ici" soit.

Se sentant idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt, Ron agita sa baguette et les rideaux s'ouvrirent, révélant une salle de bal au plafond doré et dont les murs étaient recouverts de miroirs. À l'extrémité de la pièce, des portes de verre menaient à une terrasse. Le soleil se couchait et les derniers rayons inondaient la pièce, donnant des reflets dorés aux boucles d'Hermione.

- Alors... dit-il en passant une main dans ses cheveux, dans un geste qu'elle connaissait aussi bien que les yeux de ses propres enfants. Je ne sais pas trop quoi dire...

Il avait les épaules basses, les cheveux aplatis et les yeux ternes. Il avait l'air malheureux. Était-il possible qu'il...qu'il ne veuille pas qu'elle s'en aille ?

- Ron... quand j'étais en train d'emballer mes affaires, à la maison...commença-t-elle sans remarquer qu'elle avait utilisé le mot maison. Lui le remarqua. Vanessa...elle...m'a dit quelque chose...

Il ne dit rien. Ni dénégation, ni paroles d'amour. Elle rassembla son courage.

- Ron...tu veux que je parte ? C'est ça que tu étais venu me dire ?

Ils ne se regardaient pas. Le silence était pénible. Autant que le serait la vie sans lui. Puis il répondit.

- Non.

Il avait à peine murmuré.

- Je voulais te demander de rester. Pour toujours. Ou de sortir avec moi. Je n'avais pas encore tout à fait décidé.

La signification de ses mots l'atteignit lentement, comme un liquide chaud qui la remplit de bien être. Il voulait qu'elle reste. Il la voulait.

- Et bien, demande moi.

Il se tourna brusquement vers elle et ses yeux s'allumèrent d'une lueur hypnotique.

- Hermione, veux tu sortir avec moi ?

Son sourire lui suffit comme réponse. Il s'approcha et elle fit de même. Il la saisit par la taille en se penchant vers elle. Lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, la chambre se mit à tourner et tout son corps se ramolli. C'était comme dans les livres. Ceux qu'elle ne lisait que pour le plaisir. Ceux avec de fausses histoires sur des personnes inventées dans des pays inventés. Le feu d'artifice, les genoux tremblant, le cœur battant...quelque chose de si merveilleux ne pouvait être que faux... ou extrêmement vrai. Toute fiction devait reposer sur une base de réalité, sans quoi elle ne serait pas crédible...

- Stop !

Il se redressa.

- Quoi ? C'était trop rapide ? Je suis désolé, je ne voulais pas...

- Ssssht ! Pose-moi une autre question !

Il fronça les sourcils. Puis il resserra ses bras autour d'elle.

- Est-ce que toi et tes enfants vous resterez avec moi? Pour toujours?

- Je ne pense pas que les enfants resteront pour toujours. Mais moi oui, Ronald Weasley.

Il sourit.

- Je t'aime, tu le sais ?

- Moi aussi je t'aime.

Ce n'était pas difficile à dire. Ça ne faisait pas mal, elle n'entendit aucune sonnette d'alarme dans son esprit. Après tout elle ne tombait pas pour lui... Elle volait !

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