chapitre 12

Hermione faillit renverser sa tasse de thé quand il entra dans la cuisine. Elle était sûre qu'il pouvait le voir, voir le rêve qu'elle avait eu sur lui inscrit sur son visage brûlant. Mais il ne la regarda pas.

- Bonjour, marmonna-t-il en s'asseyant.

Hermione murmura sa réponse avant de se re-concentrer sur le petit déjeuner de Rorie, veillant à ce qu'il n'en mette pas plus sur le sol que dans son estomac.
Vanessa les regarda et plissa le front d'inquiétude.
Dès que le petit déjeuner tendu fut fini, Ron, Henry et Vanessa partirent. Rorie allait rester avec sa mère.
Ron les fit transplaner juste devant l'école et Henry cria un au revoir précipité avant de disparaître.

- Tu l'as frappée ?

La voix de Vanessa était dure et froide et paraissait étrange chez une enfant de neuf ans.

- Pardon ? Ron faillit trébucher en regardant la fillette.

- Tu avais l'air gêné quand tu es descendu, tu ne lui as pas parlé, et elle n'osait pas te regarder. Est-ce que tu l'as frappée ?

- Bien sûr que non ! J'aime ta mère !

Le visage de Vanessa se ferma.

- Mon père aussi...

Il soupira en se passant une main dans les cheveux.

- Je... ton père... je ne sais pas comment t'expliquer ça. Ton père n'aimait pas Hermione de la bonne façon. Tu dois comprendre que l'amour n'est pas censé être comme ça. Et tu dois comprendre que je ne lui ferais jamais le moindre mal. Jamais.

Il décela le doute dans ses yeux et maudit Viktor de tout son être à un sort pire que l'enfer. Vanessa avait sans doute entendu ce genre de promesse mainte et mainte fois...

- Qu'est ce que je peux faire pour que tu me croies quand je te dis que je ne lèverai jamais la main sur ta mère ?

- Dis lui que tu l'aimes !

Sans lui laisser le temps de répondre, Vanessa courut à l'intérieur de l'école.

- Et merde...


***

- Salut !

Harry s'installa en face de lui dans le petit box et fit signe au barman de lui servir la même chose que Ron. Ils restèrent silencieux un moment tandis que Ron pensait aux merveilles de l'amitié. Il avait envoyé un hibou à Harry vingt minutes plus tôt, lui disant seulement qu'il avait besoin de le voir, et son ami était là, après avoir abandonné son travail sans la moindres hésitation, juste parce qu'il le lui avait demandé.

- Merci d'être venu.

Harry haussa les épaules, d'un geste signifiant "pas de soucis".

- Je ne peux pas. Je l'aime et je ne peux rien y faire. Si je laisse échapper le moindre mot à ce sujet, elle va se braquer. Je ne supporterai pas de la perdre à nouveau.

Harry resta silencieux, sachant que Ron allait vider son sac.

- Hier je suis entré dans sa chambre pendant qu'elle dormait.

Il avala une gorgée de son verre et regarda Harry qui s'était penché en avant.

- Je ne l'ai pas touchée. Mais j'ai réalisé à quel point je la veux. À quel point j'ai besoin d'elle. Et je ne peux pas. Je ne sais pas quoi faire. Tout ce que je veux, c'est la protéger... Mais comment je pourrais-je la protéger de moi ?


***

 

Harry n'avait jamais été un grand fan du manoir Malefoy. Il était grand, luxueux...il suintait l'argent. Il n'avait jamais pensé à son propre argent comme à quelque chose de très précieux, et le clinquant de cette maison... non, de ce manoir, le mettait mal à l'aise.
Mais, pensa-t-il alors que Ginny descendait l'escalier, il avait une certaine...perfection. Il devait admettre que la demeure était belle et Ginny avait transformé le musée en foyer. C'était juste qu'il était un peu énervant de se trouver dans une maison où l'on pouvait se perdre sans être retrouvé avant des jours.

- Harry ! Comme je suis contente de te voir !

Après l'avoir serré dans ses bras, elle le regarda.

- Alors ? Qu'est ce qui ne va pas ?

Il eut un faible sourire. Elle avait toujours été capable de lire en lui. Comme Luna.

- C'est à propos de Ron et Hermione.

Elle prit aussitôt un air inquiet.

- Il leur est arrivé quelque chose?

- Non, non. Je viens de parler avec Ron. Je ne suis pas censé en parler... bon c'est quand même assez évident... Il est toujours amoureux d'Hermione.

- Je sais. Il l'a toujours été. Il me l'a dit.

Harry passa une main dans ses cheveux.

- Ouais... Mais on dirait que ça commence à lui peser de n'être même pas capable d'essayer de se faire aimer d'elle. Il la peur de l'effrayer, de la pousser à s'éloigner et ça le bloque. Et je... ça me fait mal de le voir comme ça Ginny. Alors je suis venu te demander : où en est Hermione ? Est-ce qu'elle prête à voir autre chose qu'un garde du corps en Ron ?

Ginny soupira et s'approcha d'une fenêtre. Elle appuya son front contre la vitre et regarda le paysage.

- Je ne sais pas. Je lui parlé hier. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas assez confiance en elle-même pour tomber amoureuse. Je n'ai aucune idée de ce qui pourrait se passer si Ron tentait quelque chose. Le pire étant qu'elle perde la confiance qu'elle a en lui. Je ne veux pas qu'ils souffrent. Ni l'un, ni l'autre.

Il vint se placer à coté d'elle.

- Moi non plus...

- On doit laisser faire le temps ?

- J'en ai peur.


***

La bibliothèque. Son église. Un sanctuaire de faits. Et les faits n'avaient jamais trahi sa confiance. Elle respira l'odeur familière des livres. Il y avait des milliards de pages ici, qui ne demandaient qu'à être lues, qui ne demandaient qu'à transmettre leur connaissance à quelqu'un. Il n'existait pas un livre dans lequel il n'y ait pas quelque chose à apprendre.
Il y avait trop longtemps qu'elle n'avait rien appris.
C'était Ron qui lui avait rapidement parlé, après le petit déjeuner, de la nouvelle bibliothèque sur le chemin de traverse, lui disant qu'elle devrait aller y jeter un œil. Il avait eu raison. Elle aimait vraiment cet endroit.
Il était facile de trouver ce que l'on cherchait et il n'y avait pas foule.
Se contentant de marcher dans les allées, elle passa sa main sur les tranches des kilomètres d'histoires qui attendaient ici.

Elle sourit. Il avait eut tellement raison. Il la connaissait si bien. Elle secoua la tête avec agacement quand elle réalisa qu'elle caressait le dos d'une vieille encyclopédie.
Pour se distraire, elle la sortit du rayonnage et se laissa tomber dans un fauteuil. C'était un ouvrage assez lourd, sur les inventions de 1350 à 1450.

À chaque mot qui emplissait son cerveau de nouvelles informations, tout ce qu'elle avait oublié commença à revenir, et les pensées revinrent, liées entre elles comme une longue chaine, avec une vitesse qui lui firent oublier ce qui l'entourait, le temps, et jusqu'à elle-même.
Tout ce qui importait c'était la prochaine information qui allait venir s'imbriquer dans l'immense casse-tête chinois de son esprit.

- Je savais que je te trouverais-ici !

Désorientée, elle leva les yeux vers Ron. Il ressentit un coup de poignard en plein cœur quand il reconnut ce regard. Le même qu'elle avait à Poudlard, quand elle s'était concentrée un long moment. Un peu étourdie, avec une petite flamme vacillante au fond des yeux. Elle avait appris quelque chose qu'elle ignorait. Peu importe quoi, pour Hermione tous les faits étaient essentiels. Ils voulaient dire la connaissance, la stabilité.

- Ron ? Pourquoi n'es-tu pas au travail ? Demanda-t-elle avec un rapide sourire.

- Et bien j'ai l'habitude de rentrer à la maison quand j'ai fini. Et quand je l'ai trouvé vide, j'en ai conclu que tu étais ici.

Il ne mentionna pas la panique qu'il avait d'abord ressenti quand il l'avait appelé et qu'il avait réalisé qu'elle n'était pas là.

- Il est plus de 18h?

Il sourit de voir que même en éprouvant un tel choc, elle arrivait à chuchoter pour ne pas troubler le calme de la bibliothèque. Il acquiesça.

- Oh. J'ai du perdre la notion du temps.

- Je m'en serais douté. J'ai laissé les enfants avec maman.

Il tira une des chaises de la petite table qui semblait gémir sous le poids des livres qu'Hermione y avait empilés.

- J'ai besoin de te parler Hermione.

Il semblait nerveux et une montée de panique s'empara d'elle, faisant remonter la bile jusqu'à sa gorge. Il allait leur demander de partir. Poliment, bien sûr, mais il avait besoin de sa vie privée. De son intimité qu'elle et ses enfants avaient envahi depuis trop longtemps.

- Je sais ce que tu vas dire. Tais-toi. Je comprends.

Il leva les yeux vers elle.

- Vraiment ?

Hermione rassembla ses dernières onces de courage de Gryffondor.

- Oui, bien sûr. Nous partirons dès que possible.

Il eut l'air confus.

- Partir ? Où ?

Elle commença à rassembler les livres.

- Je ne sais pas. Ne t'inquiète pas, nous trouverons quelque chose. L'important est que nous partions sans attendre. Je suis désolée, nous sommes restés trop longtemps.

Elle fit un mouvement de sa baguette et tous les livres se rangèrent à leurs places initiales. Puis elle partie, le laissant hébété au beau milieu du rayon "ingénierie médiévale".


***


Il ne bougea pas. Il ne pouvait pas. Il l'avait perdue. Encore. Et cette fois il ne pouvait pas prétendre qu'elle ignorait ses sentiments. Elle savait. Et elle fuyait à cause de cela. Elle fuyait parce qu'elle ne ressentait rien pour lui. Rien du tout.
Il pensait pourtant que rien ne pourrait le blesser autant que le jour où elle leur avait annoncé qu'elle allait épouser Krum. Il avait eu tort.
Ce jour là, son cœur s'était brisé en un million de morceaux, et avait saigné, silencieusement.
Cette fois ci, il hurlait. Il était tordu, essoré comme un chiffon humide, ses sentiments ruisselant comme de l'acide sur les rêves qu'il avait eu. Les rêves et les espoirs d'une vie avec Hermione. Une vie avec ses enfants, pour former une famille, sa famille.
Avec chaque goutte, un autre rêve partait en fumée.
Stupide, stupide, stupide !
Il pencha la tête en arrière contre le dossier de la chaise. Les yeux fixés au plafond, il contempla ses rêves mourir.

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