chapitre 11

Elle avait pratiquement fait le tour de la maison. Parfois, elle trouvait encore ça incroyable que tout ceci lui appartienne. Enfin à elle et à Draco! Après des années de mariage elle continuait de s'étonner de pouvoir entrer dans n'importe quel magasin, pointer du doigt n'importe quel article, et l'avoir. Immédiatement et parfaitement emballé.
Le respect était différent.
Le nom des Weasley était respecté. Mais l'argent apportait autre chose. Le nom des Malefoy signifiait argent et pouvoir. Respect aussi, mais une autre sorte de respect. Une sorte que son mari tentait de toutes ses forces de rendre comme le respect que provoquait le nom de Weasley. Certains journalistes avaient prétendu que c'était la raison pour laquelle Draco Malefoy avait épousé Ginny Weasley. Pour qu'un peu du respect donné aux Weasley rejaillisse sur son propre nom.
Elle haussa les épaules. Les cyniques ne comprenaient certainement pas le mot amour. Du moins tant qu'il n'était pas associé à un quelconque profit. Certains journalistes sans scrupules faisaient de longs et larmoyants articles sur certaines histoires d'amour, pour amener les personnes crédules à acheter leurs torchons. Ils étaient incapables de réaliser qu'il y avait de vrais gens, avec de vrais sentiments, qui se cachaient derrières leurs scoops. Ils se contentaient d'écrire une histoire juteuse.
Bande d'hypocrites !

Elle ouvrit la porte du bureau de son mari et s'appuya dans le chambranle de la porte. Elle ne put retenir un sourire en le regardant. Il était si absorbé par sa tâche qu'il ne l'avait pas encore remarquée. Tout comme il n'avait pas remarqué qu'il s'était décoiffé en passant une main dans ses cheveux et qu'il avait tiré sur sa cravate et défait les premiers boutons de sa chemise.

- Pourquoi les gens sont-ils stupides ?

Il leva les yeux vers elle, et, avec un sourire qu'il n'avait que lorsqu'ils étaient seuls, il se renversa dans son fauteuil, la détaillant du regard d'un air appréciateur.
Le frisson qui suivait généralement cet examen minutieux de son anatomie ne tarda pas et elle se laissa porter par la vague de désir qui s'empara d'elle. Elle adorait cette sensation.

- Et bien, après le sens de la vie, c'est la question que je me pose depuis mon enfance, sans toutefois obtenir la moindre réponse. Enfin je connais le sens de ma vie, mais pas celui de la vie en général. Qui sont les gens stupides cette fois? Je me ferais un plaisir de les tuer. Ils propagent des mauvais gènes de toute façon.

Ginny rit en s'asseyant sur le coin du bureau.

- Je pense que je préfère que ces stupides individus continuent à vivre !

- Oh ! Et bien je suppose que tout le monde ne peux pas avoir, comme nous, des gènes parfaits... Ils peuvent donc propager leur gène de la stupidité. Je veux dire, qui nos enfants pourraient bien tyranniser s'il n'y avait personne de stupide ?

Elle l'embrassa en retenant le rire qui menaçait d'éclater.

- Tu es horrible ! Non, je ne veux pas que Ron et Hermione meurent. Je veux qu'ils admettent leur sentiments réciproques et qu'ils vivent heureux jusqu'à la fin des temps. Peut être qu'on pourrait les enfermer dans un placard...

- Mmm... Je ne vais pas faire de commentaire là dessus. Ça me donne la chair de poule.

- Je suis sûre que Ron se conduirait en parfait gentleman et se contenterait de lui tenir la main. Pas comme d'autre personne de ma connaissance...

- Quoi? Dit-il d'un air innocent. Tu ne voulais pas juste me tenir la main de toute façon...

- Non, je voulais être le plus loin possible de toi.

- N'importe quoi, j'étais irrésistible, ricana-t-il.

- Bâtard, réplica-t-elle en se laissant tomber sur ses genoux.

- Pauvresse, riposta-t-il en lui tirant les cheveux.

Il tourna sa tête vers lui.

- Bien mieux, déclara-t-il avant de la bâillonner d'un baiser.

 

***


Elle tremblait en arrivant au terrier et Ron était tendu. Il lui ouvrit la porte et Henry et Vanessa la poussèrent à l'intérieur. Elle serra Rorie contre elle tandis qu'il l'aidait à retirer son manteau. Il laissa sa main quelques secondes sur son épaule. Habituellement ils n'avaient pas le moindre contact physique qui ne fut strictement nécessaire et quand sa main serra son épaule, elle eut envie de se laisser aller en arrière contre lui, de dépendre de sa force, d'oublier toutes ses responsabilités et de s'en remettre totalement à lui pour se sentir en sécurité. Mais elle ne pouvait pas. Elle devait mener sa propre vie. Ron ne serait pas toujours là pour lui dégager le chemin. Il se pencha davantage, si proche qu'elle sentit sa respiration dans son cou.

- Ne t'inquiète pas Hermione, on peut rentrer à la maison à tout moment. Je te ramène à la seconde où tu le souhaites.

Elle déglutit, ayant soudain très chaud alors que la seconde précédente elle frissonnait de froid. Sa main était chaude sur son épaule, elle le sentait à travers les vêtements. Elle ne les laverait plus jamais. Ron avait touché ses vêtements... Sur une dernière pression, il la lâcha et passa dans la pièce voisine.
Elle secoua la tête pour oublier ces pensées stupides. Ne pas les laver? Quelle idée ridicule! Elle prit une grande inspiration et suivit Ron.

Dès qu'elle franchit le seuil elle faillit être jetée au sol par les souvenirs. Toutes les odeurs familières du terrier l'enveloppaient comme une couverture. Les conversations s'étaient tues et elle réalisa qu'elle était debout, là, et qu'une multitude d'yeux curieux étaient posés sur elle. Elle se sentit comme un lapin entouré de renards affamés.

- Alors Harry, j'ai entendu parler de ta nouvelle enquête... dit Ron d'une voix forte en regardant fixement les personnes présentes.

À contre cœur, les conversations reprirent.
Ginny apparut, sortant de nulle part et passa un bras autour de la taille d'Hermione.

- Il y a quelqu'un que je voudrais te présenter.

Elle la tira dans la pièce et s'arrêta devant le grand et séduisant Draco Malefoy.

- Mon mari, Draco Malefoy.

Hermione comprit. Ginny voulait qu'ils prennent un nouveau départ. Elle fit de son mieux pour penser à l'homme comme au mari de son amie et non comme au petit garçon arrogant qui les avait tourmentés si longtemps ses amis et elle.
Ce n'était pas si dur. Ses enfants lui avaient parlé de tous les hommes de la famille Weasley avec respect et ils n'avaient pas exclus Malefoy. Elle avait confiance en Ginny et en le jugement de ses enfants et elle lui tendit la main. Il la serra et inclina la tête.

- Granger...

C'était si bon d'être appelé par son nom de jeune fille qu'elle tenta timidement de sourire.


***

Elle était épuisée. Tous les Weasley étaient mariés et les noms des épouses et des enfants se bousculaient dans sa tête.
Elle était restée jusqu'à ce que les autres s'en aillent et elle devait admettre qu'elle s'était amusée. Elle avait eu une longue conversation avec Malefoy, devant tout le monde, sur l'impact de la sorcellerie celte sur les sorts modernes. Et le plus surprenant était qu'elle avait aimé le faire.
Heureuse de sa journée, elle éteignit la lumière et s'endormie.

***

Il ouvrit sa porte lentement. Elle s'enfermait à clef habituellement mais là, la porte était ouverte. Elle commençait à se sentir en sécurité. Du moins chez lui. Avec l'impression de transgresser un interdit, il s'approcha du lit.
Hermione n'était pas d'une beauté froide comme Fleur, ou d'une beauté sauvage comme sa sœur, mais il appréciait son genre de beauté plus que la perfection d'une reine de beauté. Parce que c'était elle. Cette masse de cheveux qu'elle tentait d'apprivoiser à grand renfort d'épingles. Il avait envie de lui demander de les relâcher, de les laisser cascader en boucles soyeuses sur ses épaules. Comme elle l'avait toujours fait.
Sa peau était pâle, elle l'avait toujours été, à force de passer trop de temps à l'intérieur. Son front, toujours plissé dans la concentration d'un livre, allait probablement gagner quelques rides un jour. Vanessa faisait pareil. Il sourit à cette pensée. La fille d'Hermione lui rappelait très bien l'adolescente qu'elle avait elle-même été.

- Miss-je-sais-tout, dit-il affectueusement.

Elle se tourna et il se figea. Que penserait-elle si elle se réveillait? Mais elle ne le fit pas. Elle marmonna quelque chose et la bretelle de sa nuisette glissa.
Il tendit la main pour la remettre mais interrompit son geste. Il n'avait pas le droit de la toucher sans qu'elle le sache, pendant son sommeil. Il laissa retomber sa main.

- Si elle avait été à toi...

Il ferma les yeux quelques secondes. Combien de temps pouvaient-ils vivre ainsi dans la même maison? Il adorait les avoir ici elle et ses enfants, mais combien de temps avant qu'il ne fasse quelque chose de stupide, comme lui déclarer son amour?
Toute la confiance qu'il avait réussie à instaurer se consumerait. Dans les flammes de ses sentiments. Puis les flammes s'éteindraient faute de carburant. Car Hermione n'avait pas d'autre sentiment que de la gratitude envers lui.
Silencieux, hurlant intérieurement, il quitta la pièce.


***


Hermione se réveilla en sursaut. Elle se sentit s'empourprer en se rappelant de ce qui l'avait réveillée. Elle n'avait pas fait ce genre de rêve depuis très longtemps. Elle n'avait pas pensé au sexe depuis très longtemps. Avec Viktor c'était souvent un cauchemar. Du moins ces trois dernières années. Cela dit, il ne l'avait plus touchée depuis sept mois et elle en avait été soulagée.

Mais celui-ci était différent. C'était les mains de Ron qui courraient sur son corps, Ron au dessus d'elle, la voix de Ron qui l'appelait...
Elle enfouit son visage brulant dans l'oreiller. C'était stupide ! Elle ne pouvait pas fantasmer sur Ron ! Elle vivait dans sa maison !
Une petite voix acide murmura dans son esprit : comme c'est pratique...

Elle secoua la tête. Ron ne voulait pas d'elle ! Il y avait sûrement plus d'une femme pour faire la queue devant sa porte. Des femmes autrement plus belle et plus sexy qu'Hermione Granger Krum.
Furieuse, elle se leva et remit en place la bretelle de sa nuisette qui avait glissé. Fantasmer sur Ron était aussi stupide que de tomber amoureuse de lui ! Elle se figea. Tomber amoureuse de lui ? Non, elle n'était pas amoureuse. Bien sûr que non. Ce serait de la folie. Bien sûr elle avait eu le béguin pour lui des années auparavant et elle trouvait chaque jour chez lui de nouvelles choses qui lui plaisaient mais elle n'était pas amoureuse de lui. Elle ne l'était pas...

- Ô mon Dieu...

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