chapitre 23.2

Avec beaucoup de difficulté Harry raconta à Hermione et à Ronald la discussion qu'il avait eue avec Dumbledore dans son bureau.

- Dumbledore pense sérieusement que Rogue est de nouveau du côté de Tu Sais Qui ? S'exclama Ron.

- Il dit qu'il a des preuves mais que je ne peux pas les voir car elles appartiennent à l'Ordre.

Un silence pesant envahi la pièce immédiatement et les deux amis d'Harry s'échangèrent un regard pétrifié.

- Quoi ? S'écria Harry avec colère.

- Dumbledore a... a toute confiance en le professeur Rogue... Murmura Hermione avec précaution. S'il dit que c'est un traitre c'est qu'il doit vraiment avoir des preuves solides. Il n'aurait pas changé son regard sur Rogue à partir d'une vague impression, il doit... il doit avoir trouvé une preuve incontestable... quelque chose d'important, de... grave.

- Hermione je t'interdis de dire que mon Maître est un traitre d'accord. Coupa sèchement Harry. Je le connais, c'est mon Maître, jamais il n'aurait fait ça.

Hermione et Ron échangèrent un nouveau regard et Harry dut se faire violence pour ne pas se mettre à hurler de colère.

- Vous avez confiance en qui ? Dumbledore ou moi ? Demanda-t-il sèchement. Dumbledore ou moi ?!

- Toi. Répondit Ron

- Toi bien sûr.

- Bien. Merci.

Un nouveau silence s'abattit sur la pièce et Harry serra les poings.

- Il a dut lui arriver quelque chose et... et j'ai peur qu'il soit en danger, je ne veux pas le perdre.

- L'Ordre le recherche d'après ce que tu as dit. Commenta Hermione d'une voix soudainement douce et rassurante.

- Ils vont probablement le retrouver rapidement. Ajouta Ron.

- Nous devons faire quelque chose. S'exclama Harry.

- L'Ordre est sans doute bien mieux placé que nous pour le rechercher tu ne penses pas ? Demanda Hermione avec précaution. Ils ont tous les moyens pour cela. Nous devrions attendre un peu. Ron a sans doute raison ils vont le retrouver. Et puis à Poudlard nous sommes plutôt limités dans nos actions...

- Hermione a raison. Que Dumbledore ait raison ou non ils vont tout faire pour mettre la main sur lui. Attendons un peu, il n'y a rien que nous puissions faire qu'ils ne peuvent faire de leur côté.

Après hésitation, Harry finit par acquiescer bien que ses mains et ses jambes tremblaient et qu'il ne cessait d'imaginer le pire.

***

Lorsqu'Harry, Ron et Hermione arrivèrent à la gare mercredi après midi, ils furent accueillis par Rémus, Arthur, Alastor et Tonks. Harry fut incapable de décrocher le moindre sourire pas plus qu'il ne put ouvrir la bouche pour dire ne serait-ce que « bonjour ». La perspective de bientôt voir son parrain était la seule chose qui l'avait poussée à monter dans le train pour retourner à Londres.

Durant tout le trajet les menant au Quartier Général de l'Ordre du Phénix Harry n'entrouvrit pas les lèvres d'un millimètre même pas lorsque Rémus lui demanda s'il allait bien malgré l'absence de Rogue.

Après plus d'une heure de route ils empruntèrent un Portoloin qui les conduisit dans une maison lugubre et sale qu'Harry détesta au moment même où il y posa le pied. Contrairement à ce qu'il avait espéré, ses retrouvailles avec Sirius ne lui remontèrent pas le moral du tout. Il dût au contraire se faire violence pour ne pas fondre en larmes dans ses bras.

- Comment te sens-tu ? Demanda-t-il.

Harry haussa les épaules et Sirius lui caressa la joue.

- Je regrette Harry, je regrette sincèrement que tu sois obligé de subir tout cela.

- Est-ce que vous avez une piste pour le retrouver ? Demanda-t-il, desserrant les lèvres pour la première fois.

- Nous faisons tout notre possible Harry.

Harry se retourna et fit face à Rémus qui lui tapota l'épaule avec affection.

***

Quelques jours passèrent au Quartier Général de l'Ordre du Phénix et même si Harry avait retrouvé la parole son regard affichait une tristesse continuellement et personne ne parvenait à lui remonter le moral. Dans le vieux Manoir, tout le monde comprit très rapidement qu'il était plus que préférable de ne pas évoquer la présumée trahison de Severus Rogue au risque de provoquer la colère la plus légendaire de leur vie...

Harry de son côté passait ses journées et ses nuits à penser à son Maître. Parfois, il se sentait prêt à fondre en larmes, craignant qu'il soit entre les mains de Voldemort ou blessé quelque part. A d'autres moments il se sentait littéralement pétrifié de peur car son Maître n'était plus là. Il n'était plus encadré par qui que ce soit désormais. Lui qui avait prit l'habitude de n'écouter et de n'obéir qu'à une seule voix, un seul homme. Chaque jour les décisions les plus infimes qu'il prenait était une torture. L'heure à laquelle se lever, les devoirs qu'il allait faire dans la journée, tout était affaire de choix. Choix que faisait son Maître et qu'il exécutait depuis des mois, sans réfléchir, sans douter. Il était désormais seul, faible et perdu.

Au troisième jour de vacances Harry descendit à la cuisine du Quartier Général après avoir passé une nuit mouvementé où son rêve avec Voldemort n'avait cessé de revenir par vagues encore et encore. Lorsqu'il entra dans la cuisine un silence s'imposa et deux choses l'alarmèrent immédiatement. La première était que Dumbledore ainsi que McGonagall étaient présents. La deuxième était que tout le monde le fixait avec inquiétude, ses amis plus encore que les autres.

- Vous... vous l'avez retrouvé ? Demanda Harry d'une voix déjà tremblante.

- Non, pas encore Harry. Répondit immédiatement Sirius en se faufilant jusqu'à lui.

Il le prit par la main et le poussa vers Dumbledore.

- Alors pourquoi faites vous tous cette tête là ? Qui est mort ?

- Personne n'est mort Harry. Assura Dumbledore. Je vais vous demander de sortir les enfants. Ajouta-t-il à l'intention de Ron, Hermione, Ginny, Fred et George. Je dois parler sérieusement avec votre ami.

Ces derniers obéirent en vitesse, trop rapidement aux yeux d'Harry qui chercha désespérément le regard de Ron et Hermione pour lui donner une idée de la tournure qu'allait prendre la conversation. Toutefois, aucun des deux ne le regarda ce qui ne pouvait en aucun cas présager quoi que se soit de bon. Dumbledore l'invita à s'asseoir à table et il prit place face à lui. McGonagall s'assit au côté d'Albus, l'air à la fois soucieuse et intrigué ce qui lui donnait un regard étrange. Sirius, Rémus, Tonks et Maugrey restèrent debout et Molly quitta la pièce après lui avoir lancé un regard inquiet et plein de larmes.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Harry d'une voix presque affolée. Vous l'avez retrouvé ou non.

- Non toujours pas. Assura Dumbledore.

- Alors pourquoi tout le monde a l'air si bizarre ?

- Ils sont juste... inquiets pour toi. Ils se font du souci. Expliqua Dumbledore.

- Pourquoi ? Demanda Harry avec suspicion.

- Harry je suis venu pour te parler de ton avenir. Tu es disciple.

- Oui monsieur.

- Tu l'es devenu pour des raisons importantes et précises et au regard de la loi tu es sous la tutelle d'un Maître. Ajouta-t-il.

- Oui monsieur.

Instinctivement, Harry porta la main à sa marque.

- Un disciple doit avoir un Maître Harry.

Le cœur d'Harry s'accéléra anormalement lorsqu'il cru comprendre la raison de la visite de Dumbledore. Il tenta néanmoins de garder son calme.

- J'en ai un monsieur.

- C'est vrai mais... il ne s'occupe plus de toi maintenant.

- Il le fera dès qu'il sera de retour monsieur. Dès que vous l'aurez retrouvé. C'est pour bientôt, n'est-ce pas ?

- Je... oui, bien sûr, je t'ai dit que tout le monde le recherchait et c'est effectivement encore le cas mais dans l'éventualité que cela prenne plus de temps que prévu et au cas où comme nous le soupçonnons Severus n'a pas pour... objectif dirons nous de reprendre ses fonctions en tant que professeur à Poudlard et en tant que Maître nous devons... nous devons te placer sous la responsabilité d'un autre sorcier.

Harry écarquilla les yeux et secoua immédiatement la tête de droite à gauche.

- Je sais que cela est très difficile à envisager Harry mais nous ne pouvons pas attendre indéfiniment. L'Ordre du Phénix a voté aujourd'hui même ta soumission à un autre Maître et il a été désigné. Il s'agit de...

- J'ai déjà un Maître ! S'écria Harry avec colère tout en se levant si brusquement que sa chaise tomba à la renverse.

- Harry... Commença Sirius tout en se rapprochant mais Harry le stoppa d'un regard tellement noir qu'il en fut même déstabilisé.

- Il n'y a pas de « Harry » qui tienne ! J'appartiens à Severus Rogue et personne d'autre ! Cria-t-il. Je refuse de servir un autre maître ! Je n'en veux pas ! Je veux mon Maître ! Mon véritable Maître ! Je n'obéirais à personne d'autre vous m'entendez ! Jamais ! Vous feriez mieux de le retrouver au lieu de me chercher des imbéciles de remplaçants ! Je n'obéirais à personne d'autre vous m'entendez !

Harry fit volte face et partit de la cuisine en courant, fou de rage, pétrifié de peur.

 ***

Harry remonta à sa chambre de fortune en courant, passant devant tous ses amis dans le couloir sans les regarder. Il claqua la porte de sa chambre avec violence, espérant ainsi partager sa colère avec toutes les personnes présentent au Manoir. Il se laissa tomber sur son lit, le cœur battant plus vite et plus fort qu'il n'avait jamais battu de toute sa vie. Il plaqua ses deux mains sur son visage tentant par tous les moyens de retenir ses larmes. Il ne devait pas craquer, pas maintenant. Pour l'instant il devait réfléchir à un moyen de surmonter tout cela. Lorsque son Maître reviendra – ce qui arrivera il n'en doutait pas un instant – il faudra qu'il lui accord bien plus qu'un joker pour qu'il puisse lui pardonner tous les malheurs qu'il lui fait subir !

La porte de la chambre s'entrouvrit lentement et Harry se redressa, prêt à affronter le regard et les questions de Ronald néanmoins ce ne fut pas son meilleur ami qui passa le pas de la porte d'un regard chargé à la fois de tristesse et de compassion.

- Sirius laisse-moi s'il te plait. Murmura Harry d'une voix étonnement douce, culpabilisant un peu de l'avoir rembarré si brutalement dans la cuisine.

- Je t'ai promis d'être toujours là pour toi Harry, tu te souviens ? Chuchota-t-il. Lorsque Rogue est devenu ton Maître j'ai juré d'être là pour toi, quoi qu'il arrive. Je sais que tu as besoin de moi. Je veux juste discuter un instant avec toi, ce ne sera pas long.

Harry soupira doucement puis acquiesça avec résignation. Le regard de Sirius sembla s'éclaircir un instant, comme s'il venait d'obtenir quelque chose qu'il n'aurait jamais cru avoir. Il referma la porte de la chambre derrière lui et vint s'asseoir à côté de son filleul. Il lui caressa la joue d'un geste profondément affectueux sous lequel Harry ne pu se retenir de fermer les yeux, le cœur battant.

- Je suis tellement désolé. Souffla Sirius, la voix chargée de regrets.

Harry ouvrit lentement les yeux et posa son regard sur lui.

- Tu n'as rien fait Sirius.

- Je suis ton parrain, je devrais être celui qui s'occupe de toi. Si tu étais sous ma garde jamais cette histoire de disciple ne serait venue sur le tapis, tu n'aurais jamais eu à subir tout cela et tu ne serais pas dans cette position aujourd'hui.

- Tu ne peux pas t'en vouloir Sirius. Assura Harry. Ce n'est pas de ta faute si le Ministère t'accuse de choses dont tu n'es pas coupable.

- Je me sens tout de même cruellement impuissant. Murmura-t-il. Qu'est-ce que je pourrais faire dis moi ? Comment pourrais-je t'aider à te sentir mieux ?

- Je voudrais que vous le retrouviez tout simplement. Chuchota Harry, le regard quasiment suppliant.

- Je peux te jurer que toutes nos actions se concentrent dans ce sens. Sois-en certain. Nous allons retrouver Rogue mais cela risque de prendre du temps, surtout si jamais il ne souhaite pas être retrouvé et puis... nous ne savons pas s'il sera encore ton maître après cela.

- Tu crois aussi que c'est un traitre, n'est-ce pas ? Interrogea Harry d'une voix légèrement plus sèche.

- Je vais être honnête avec toi Harry, je n'en sais rien du tout. Il y a quelque temps j'aurais répondu oui sans la moindre hésitation mais aujourd'hui tout est différent. J'écoute ce que tu dis depuis ton arrivée à square Grimmaurd et... et tu as l'air si profondément convaincu de son innocence, de sa droiture que j'en suis moi-même déstabilisé. Mais d'un autre côté il y a la haine tout particulièrement profonde que je lui voue et puis il y a le passé... je connais le côté sombre de Severus bien mieux que quiconque ne peut le soupçonner et je sais pertinemment que s'il voulait retourner sa veste il en serait capable. J'en suis convaincu Harry. Par contre, je ne sais pas si sa disparition est liée à cela ou à autre chose, tout simplement... Mais tout cela n'est pas le plus important tu sais.

- C'est quoi ?

- C'est toi, bien évidemment. Nous ne savons pas quand reviendra Severus et peut être ne reviendra-t-il jamais, il faut bien que quelqu'un s'occupe de toi.

Harry fit un signe de dénégation.

- Tu es un disciple Harry, tu es marqué. Je ne veux pas que tu sois le disciple d'un autre sorcier pas plus que je ne voulais que Rogue soit ce sorcier au départ mais Dumbledore ne reviendra pas sur sa décision de te garder disciple et personne n'est disciple sans maître.

- Tu te trompes Sirius. Murmura Harry. Je ne suis pas un disciple je suis le disciple du professeur Rogue, uniquement le sien. Je ne suis pas une chose que l'on donne. Et tu as raison sur le fait que je suis marqué et cette marque m'a été faite par le professeur Rogue. C'est lui mon maître et personne d'autre.

Durant l'espace de quelques secondes (extrêmement longues pour Harry) Sirius le dévisagea littéralement.

- Tu as donc si foi en lui ?

Harry acquiesça, les yeux brillants.

- J'admire ta fidélité Harry tout comme j'admire Rogue d'avoir réussi à te conquérir ainsi mais... arrêtons-nous un instant tu veux bien et imaginons quelques... scénarios, dirons nous, tu veux bien ?

Avec méfiance, Harry acquiesça.

- Imaginons que comme tu le penses Rogue se soit fait prisonnier. Nous allons tout faire pour le retrouver mais cela peut prendre des jours, peut-être même des semaines et... je l'espère que non mais peut-être des mois ou pire... pourquoi ne pas accepter d'être sous la garde... provisoire dirons-nous d'un nouveau maître ? Simplement en attendant que Rogue revienne parmi nous.

- Je... tu me dis ça comme s'il s'agissait de simplement suivre les cours d'un nouvel enseignant en attendant le retour de l'ancien qui est malade mais... c'est totalement différent... Sirius j'ai mit énormément de temps à accepter qu'il soit mon maître et désormais c'est fait. Lorsque je le regarde je ne vois pas le professeur Rogue je vois mon Maître, uniquement mon Maître. Nous avons nos habitudes et...et... et tu ne peux pas me demander d'en servir un autre c'est... contre nature. S'exclama-t-il. C'est comme dire ton père est parti faire des courses mais tiens je t'en donne un autre à la place en attendant appelle le papa et regarde le comme ton père. C'est impossible ! On a un seul véritable père et l'on a un seul véritable maître. J'aurais même l'impression de le trahir en appelant quelqu'un d'autre « maître » ou même en obéissant à quelqu'un d'autre ! Je suis désolé mais je ne peux pas, je n'y arriverai pas...

Sirius acquiesça doucement, l'air songeur. A son visage, Harry avait l'impression qu'il était presque choqué de ce qu'il venait d'entendre.

- S'il ne s'était pas agi de Severus Rogue j'aurais pu comprendre mais je dois avouer que, malgré le fait je le répète ta fidélité envers lui est admirable et même si je comprends parfaitement ton point de vue avec ce que tu disais sur le fait que l'on a qu'un seul père par exemple, je dois tout de même soulever une interrogation importante. Ne crois-tu pas qu'il serait plus sain pour toi d'être entre les mains d'un autre maître ? Un maître qui, peut-être, n'userait pas des châtiments corporels quotidiennement. Tu ne vas pas me dire que tu considères les coups comme quelque chose de normal désormais ?
Sirius observa son filleul avec insistance, le suppliant presque de ne pas répondre oui.

- Je... je déteste prendre des coups et... j'en ai extrêmement peur et si... et si je pouvais convaincre mon Maître que les coups sont inutiles je peux jurer que je serai le plus heureux des disciples mais... mais jamais mon Maître n'arrêtera de me punir comme ça et je m'y suis fait, dans un certain sens. Je ne sais pas comment l'expliquer je suis désolé, vraiment désolé. Je n'aime pas ça et je pleurerai tous les jours à ses pieds pour qu'il arrête si je savais que cela avait une chance de le faire changer d'avis mais je sais bien que jamais cela n'arrivera alors c'est devenu quelque chose de normal pour moi. Harry soupira avant de secouer la tête. Le professeur Rogue est mon Maître et je n'en veux pas d'un autre. Retrouvez-le au lieu de me chercher des remplaçants.

- Nous allons le retrouver. Murmura Sirius. Je te le jure. Mais malheureusement, en ce qui concerne le fait que tu refuses d'avoir un nouveau maître, ne serait-ce que provisoirement, il va falloir être courageux car je crains fort que Dumbledore ne te laisse pas le choix.

Harry baissa un instant la tête, un pincement au cœur.

- S'il te plait Sirius... Supplia Harry, larmes aux yeux.

- Non... Souffla Sirius. Je t'en prie Harry ne me supplie pas avec ces yeux là ou je vais me mettre à pleurer moi aussi.

Sirius le serra dans ses bras.

- Je ne peux pas changer les choses... Murmura-t-il. Je suis parfaitement impuissant, je suis tellement désolé mais les décisions ne me reviennent pas.

Harry se dégagea lentement des bras de Sirius et acquiesça avec résignation.

- D'accord. Souffla-t-il d'une voix cassée par le chagrin.

- J'ai voté contre.

- Contre quoi ?

- A la réunion de l'Ordre j'ai voté contre l'idée de te donner un autre Maître mais c'est la majorité qui l'a emportée.

- Et... Harry inspira profondément tout en gardant la tête baissée, incapable de regarder Sirius dans les yeux. Et c'est qui le nouveau ?

- Il s'agit d'Edouard Ruff.

- C'est qui ?

- Un très bon sorcier spécialisé dans la Défense Contre Les Forces Du Mal et la Métamorphose. Il est membre de l'Ordre du Phénix depuis quelques mois, Dumbledore l'a recruté avec difficulté.

- Il ne voulait pas être membre ? Questionna Harry d'une voix totalement dénuée d'entrain.

- C'est le genre de sorcier qui ne reste pas beaucoup en place il est donc assez difficile de le retrouver à certaines périodes de l'année.

Harry acquiesça lentement et un silence prolongé s'imposa dans la pièce.

- Je ne le connais pas personnellement mais je pense que tu apprendras beaucoup à ses côtés. Murmura doucement Sirius tout en posant une main affectueuse sur l'épaule de son filleul.

Harry releva enfin la tête et planta son regard dans celui de son parrain.

- Ne le prend pas mal Sirius, j'ai écouté tout ce que tu m'as dit et je sais que tu te fais du souci pour moi mais je n'ai pas du tout l'intention d'apprendre quoi que se soit aux côtés de Edouard je ne sais plus qui. Il peut être aussi grand sorcier qu'il veut cela ne m'intéresse pas du tout, bien au contraire.

- Harry...

- Ma décision est prise. Coupa-t-il. Désolé. Le mieux que tu puisses faire pour m'aider c'est de retrouver mon Maître.

 ***

Harry descendit les escaliers menant à la cuisine d'un pas lent, partagé entre colère et dépression. Où pouvait-être son Maître à l'heure actuelle ? Allait-il bien ? Comment allait-il faire pour éviter ce prénommé Edward ? Pourquoi Dumbledore se comportait-il ainsi ?

Pour la seconde fois de la journée Harry se sentit littéralement dévisagé en entrant dans la cuisine au déjeuner. Il se figea immédiatement lorsqu'il remarqua la présence d'un homme inconnu, debout à côté de Dumbledore.

De taille ni grande ni petit, cet homme semblait avoir dans les 45 ans, son visage strict et fatigué marqué de cicatrices au niveau des joues et du front ainsi que ses cheveux tombant juste au dessus de ses épaules lui donnait un air de guerrier revenant d'un périple éreintant tant physiquement que psychologiquement. Harry songea immédiatement que sa cicatrice en forme d'éclair semblait plus discrète que jamais face à cet homme. A la vue de cet homme, l'appréhension le gagna immédiatement et Harry eu malgré lui un mouvement de recul.

- Te voilà Harry. Commenta Dumbledore tout en l'observant avec attention. Je voudrais te présenter Edouard Ruff, un brillant sorcier. Nous lui avons donné la tâche de s'occuper de toi désormais.

Dumbledore posa une main amicale sur l'épaule du prénommé Edouard qui afficha un vague et tout juste perceptible sourire. Harry jeta en coup d'œil en direction du directeur de Pourdlard qui semblait prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de le regarder.

- Lâche. Songea Harry en lui-même.

Il baissa immédiatement les yeux, un peu honteux de penser si fort des choses si méchantes à propos de son directeur. Il avait pourtant ressenti à son égard depuis sa première année d'étude un profond respect envers ce grand sorcier mais aujourd'hui, à cet instant précis, il dégringolait dans son estime, littéralement. Entre sa soit disante conviction de la trahison de l'homme en qui il avait toujours eu le plus confiance et maintenant sa décision de le vendre lui au premier crétin venu voulant jouer au petit chef... difficile de le regarder avec admiration.
Edouard Ruff fit un seul et unique pas en avant et planta son regard dans celui d'Harry.

- Ravi de faire ta connaissance Harry. Dit-il d'une voix qui rappela immédiatement la neutralité de celle de son Maître. A ceci prêt que Ruff n'avait pas le dixième de sa classe...

Harry le fixa un instant avant de simplement détourner la tête sur la droite, la bouche close. Bien qu'il se contentait de regarder dans le vide il sentit absolument tous les regards converger vers lui et la tension monta d'un cran dans la pièce.

- Sans doute espéraient-ils tous que je change d'avis au dernier moment. Pensa Harry.

Alors que la pièce s'était littéralement figée à l'instant où Harry avait tourné la tête, Edouard Ruff traversa les derniers mètres les séparant l'un de l'autre et le cœur du Survivant loupa un battement, peut-être même deux. Harry déglutit mais s'efforça de rester de marbre, ne regardant toujours pas son nouvel instructeur dans les yeux.

- Je sais que les choses sont difficiles pour toi. Reprit Edouard de la même voix neutre bien que plutôt calme. Tu es obligé de subir beaucoup de changement et tu as perdu ton Maître précédent mais je suis certain que toi et moi nous ferons tout de même du très bon travail. Qu'en penses-tu ?

Harry sentit son cœur s'accélérer brutalement et il ne put s'empêcher de déglutir. Il resta néanmoins de marbre bien que son corps tremblait légèrement. Un nouveau silence pesant s'abattit implacablement sur la pièce. Sirius qui était à proximité d'Harry se décala d'un pas dans l'espoir d'attirer l'attention de son filleul. Ce dernier releva légèrement les yeux et Sirius en profita pour lui lancer un regard insistant contenant une fermeté jusqu'alors inconnue mêlé à un clair sentiment d'angoisse. Harry aurait aimé lui faire plaisir et répondre à cet homme qui espérait non seulement un « oui » mais probablement même un « oui maître » mais cela était bien au dessus de ses forces. Se serait comme trahir son véritable Maître.

Edouard sembla intercepter le regard insistant de Sirius et il eut un léger rire sec dénoué de tout sentiment d'amusement. Il prit entre son pouce et son index le menton d'Harry et le força à le regarder tout en lui disant :

- Les fortes têtes ne m'ont jamais impressionnées ni fait fléchir. Si tu m'y oblige je materais ton insolence.

Edouard resserra légèrement sa poigne et Harry du se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas grimacer. Cette fois-ci, bien forcé malgré lui, il regarda l'homme et il fut frappé par la détermination qui se dégageait du visage de ce dernier. A cet instant, Harry réalisa que, bien malheureusement, cet homme allait désormais avoir tous les droits sur lui et que, encore une fois, il aurait les mains liées sans pouvoir faire quoi que se soit.

Avec des gestes calmes et dénués d'agressivité Edouard relâcha le menton de son désormais disciple et attrapa son poignet droit. Harry était bien forcé de le constater : Ruff avait une excellente maîtrise de ses émotions, il ne laissait transparaitre aucun sentiment de colère et pourtant tous ses gestes semblaient déterminés. Il se dégageait de cet homme une force de caractère importante, c'était un dominateur tout comme son Maître, Harry en était entièrement convaincu.

Sans quitter Harry des yeux Ruff découvrit le poignet de celui-ci et laissa voir sa marque. Il ne baissa pas les yeux sur cette dernière, comme si elle lui était parfaitement insignifiante, il se contenta de tenir son poignet tout en passant lentement son pouce sur la marque de Severus Rogue. Harry baissa les yeux sur son bras et il sentit le contact du pouce de Ruff chauffer sa marque. Très brutalement, Harry se sentit terriblement mal. Il n'avait pas mal à sa marque, Ruff ne faisait rien d'autre que la toucher, il n'usait d'aucune magie mais quelque chose dans son corps était entrain de se réveiller au fur et à mesure que cet homme le touchait. Il se sentait mal, terriblement mal. C'était comme si tout son corps était en train de devenir douloureux mais surtout, il ressentait une pression énorme au niveau de sa poitrine. Il contracta immédiatement son bras et chercha à se dégager de la poigne d'Edouard. Ce dernier ne bougea pas d'un pouce et si Harry n'était pas en train de se sentir aussi mal il aurait probablement été surprit de la force de Ruff.

Harry laissa échapper un gémissement. Ce n'était pas à proprement parlé douloureux c'était principalement très dérangeant. C'était la première fois que quelqu'un d'autre que Rogue touchait sa marque et il réalisait maintenant que c'était quelque chose d'horriblement désagréable. Il avait clairement la sensation de se faire violer. C'était la seule image qui lui venait à l'esprit. Cet homme voulait prendre la place de Rogue et il touchait sa marque comme pour se l'approprier. La sensation était tellement forte qu'Harry fut persuadé qu'il y avait également quelque chose de magique là dedans, c'était comme si son corps et son esprit se rebellait face à cette intrusion : son corps gémissait tout entier alors que sa tête lui hurlait que Severus Rogue était son seul et unique Maître.

Harry gémit une nouvelle fois, c'était plus insupportable que tout.

- Arrêtez... Gémit-il à mi-voix. S'il vous plait...

Il força sur son bras mais Edouard Ruff ne le quitta pas des yeux, caressant toujours la marque. Harry serra les lèvres mais il ne put empêcher les larmes de monter jusqu'à ses yeux. Il les retint avec peine.

- Arrêtez s'il vous plait... Souffla-t-il d'une voix presque suppliante.

Edouard lâcha son bras et Harry fit immédiatement un pas arrière tout en plaquant sa main gauche sur son poignet. Son cœur battait la chamade et tout son corps tremblait. C'était la pire chose qu'il venait de ressentir. Pire que toutes les corrections qu'il avait pu prendre, pire qu'un doloris de Voldemort, pire encore que n'importe quel sentiment de peur ou d'horreur qui avait pu l'envahir au cours de sa vie...

Il inspira profondément et il trembla des pieds à la tête. Honteux d'avoir été abaissé à supplier cet homme il baissa les yeux.

- Il va falloir que tu l'oublies Harry.

Harry resta parfaitement muet bien trop chamboulé pour prononcer le moindre mot.

- Je dois m'absenter. Reprit-il tout en s'adressant au reste des personnes présentes d'une voix désormais beaucoup plus posée. Je reviendrais dès que possible avec mes affaires.

  ***

 A peine quelques secondes après qu'Edouard Ruff ait passé le pas de la porte du 12, square Grimmaurd Harry partit dans sa chambre sans relever la tête vers qui que se soit et sans même entrouvrir les lèvres. Une fois à sa chambre il passa plus d'une demi-heure à se calmer, ne lâchant pas son poignet d'un millimètre. La sensation insupportable d'avoir subi le viol de son intimité ainsi que l'impression invivable de trahir son Maître se dissipèrent lentement mais Harry resta malgré tout tremblant une bonne partie du reste de la journée. Il n'aimait pas cet homme du tout ! Ce n'était qu'un sale dominateur ! Pourquoi avait-il ainsi éprouvé le besoin de lui faire subir une telle chose et qui plus est devant tout le monde ?

Durant toute la journée Harry n'osa pas quitter sa chambre, mal à l'aise et humilié. Ron remonta rapidement lui tenir compagnie mais il ne prononça pas le moindre commentaire à propos de ce qui s'était passé dans la cuisine, il lui demanda seulement s'il allait bien ce à quoi Harry ne répondit que par un hochement de tête peu convaincant.

A la nuit tombé Harry se coucha rassuré que Ruff ne soit pas revenu dans la soirée. Ce fut la seule nouvelle « agréable » de la journée. Ronald se coucha en même temps que lui après lui avoir souhaité un faible « bonne nuit ». Une fois les lumières éteintes Harry garda les yeux grands ouverts, incapable de fermer l'œil. Pendant presque une heure il écouta son ami se tourner et se retourner sous ses couvertures. Au bout d'un moment, Ron soupira tout en se laissant tomber sur le dos.

- Tu dors ? Chuchota-t-il.

Harry se figea un instant, hésita une seconde puis répondit.

- Non.

- Je te demande pardon tu sais. Murmura-t-il.

Harry se retourna sous ses couvertures afin de se mettre face à son ami bien qu'il ne distinguait que de vagues formes dans le noir.

- Pourquoi tu t'excuses ? Souffla Harry.

- Je ne t'ai rien dit tout à l'heure, je... je sais que j'aurais du discuter avec toi de ce Ruff et... et je sais que tu étais très mal tout l'après midi mais... je me sentais moi-même si mal que je ne savais pas quoi te dire.

- Pourquoi est-ce que tu te sentais mal ? Murmura Harry.

- Ce gars... Ruff... il fait peur... je... ne le prends pas mal mais... ça doit bien être la première fois que je t'entends... demander... quelque chose de cette manière... tu sais dans la cuisine et je... ça m'a vraiment perturbé et... ce gars il arrive comme ça... on ne le connait même pas mais... il avait l'air tellement flippant...

Harry soupira doucement, incapable de répondre quoi que se soit.

- Cela a été si... douloureux... quand il a touché ta marque ? Murmura-t-il d'une voix hésitante.

Harry se mit lentement sur le dos plaça ses bras derrière sa tête. De sa main gauche il caressait doucement sa marque.

- Ce n'était pas vraiment douloureux dans le sens de... de la douleur physique comme quand... quand on se fait mal... Murmura-t-il. Je me suis senti plus mal que jamais, de toute ma vie jamais je n'ai autant senti de malaise dans mon corps et dans ma tête... jamais... j'étais obligé de l'implorer, je n'en pouvais plus.

- Mais je ne comprends pas c'est...

- Personne ne touche jamais ma marque mis à part mon Maître... c'était la première fois. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé mais ce que je sais c'est que cette marque est magique et que... elle a été gravée dans ma peau par mon Maître, c'est elle qui nous rattache magiquement, c'est elle aux yeux de la société qui prouve que je suis disciple... c'est la preuve que j'appartiens à un Maître et... et là quand il la touchait c'était tellement... tellement insupportable. J'ai ressenti un malaise horrible dans ma poitrine et... c'est indescriptible... j'avais l'impression d'être en train de... de le trahir et c'était comme si Ruff m'avait... Harry se tut, ne préférant pas avoué avoir eu le sentiment d'avoir eu son intimité violé.

- T'avais quoi ?

- Je me suis senti sale... en quelque sorte. Il n'avait pas le droit de la toucher.

- Tu vas faire quoi maintenant ? Il va revenir demain et avec ses affaires si j'ai bien compris.

- Tu crois qu'il va s'installer ici pour les vacances ? Interrogea Harry.

- Papa me l'a dit. Il vient pour s'occuper de toi.

Harry déglutit avec inquiétude mais il força à garder une voix calme.

- Et après les vacances ? Tu crois que... que je vais devoir quitter Poudlard ?

Ron se redressa brusquement et Harry releva un peu la tête.

- J'espère que non. Dumbledore aurait totalement perdu l'esprit s'il faisait ça. S'exclama Ron.

- Je ne sais plus si Dumbledore est sain d'esprit... Chuchota Harry.

- Tu lui en veux n'est-ce pas.

- Oui... je trouve qu'il m'a... abandonné.

Un silence de quelques minutes s'installa avant que Ron ne finisse par le briser d'une voix inquiète.

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant Harry ?

- Comment ça ? Murmura-t-il.

- Tu vas l'accepter comme... maître ?

- Jamais de la vie. Répondit-il d'une voix intransigeante.

- Tu penses toujours que Rogue va revenir ?

- Tu ne le crois plus ?

- Je crois ce que tu crois. Souffla Ron.

Harry sourit bien que Ron ne pu le voir dans le noir.

- Je crois que mon maître est en danger et qu'il est toujours de notre côté.

- Alors je le crois aussi. L'Ordre va le retrouver de toute manière. Il faut juste être... patient.

- Oui mais dans quel état et au bout de combien de temps. Marmonna Harry.

- Tu es inquiet ?

- Je suis terrorisé. Souffla-t-il, la gorge serrée. J'ai besoin de lui...

- L'Ordre regroupe les meilleurs sorciers je suis certain qu'ils vont mettre la main dessus.

- Je l'espère... si seulement je pouvais faire quelque chose pour aider.

- La meilleure chose que tu puisses faire pour l'instant c'est prendre soin de toi. Assura Ron. Que vas-tu faire avec Ruff ? C'est cela le plus important. Il faudra peut-être des semaines à l'Ordre pour retrouver Rogue ! Et ce Ruff n'a pas l'air d'être du genre à plaisanter et... et maintenant il a récupéré tous les droits de Rogue.

- Je ne veux pas qu'il soit mon maître. Répondit Harry d'une voix aimable mais ferme.

- On ne choisit pas son maître, tu es bien placé pour le savoir. Murmura Ron.

- Tu voudrais que je cède au caprice de Dumbledore en obéissant à ce type ?

- Je ne veux pas passer les quinze jours à venir à revoir comme dans la cuisine cette expression de souffrance sur ton visage. Je ne veux pas me sentir impuissant tous les jours en te regardant te battre contre un mec qui peut te faire tout ce qu'il veut. Il a l'air vraiment déterminé en plus.

- Je regrette Ron... je ne peux pas.

- Mais... pourquoi ? Si tu es si persuadé que Rogue va revenir bientôt tu pourrais... je ne sais pas moi... l'accepter en tant que maître remplaçant.

- Ça ne fonctionne pas comme ça... Répondit Harry presque sur le ton du regret.

- Pourquoi ?

- Je n'ai qu'un seul Maître je ne peux pas en avoir un autre. C'est comme si lorsque ton père partait au Ministère il y avait un autre homme qui venait chez toi au Terrier et qui... mettait les pieds sous la table et... vivrait chez toi comme s'il était chez lui et toi... toi tu devrais le regarder comme un père et l'appeler « papa » c'est... c'est complètement illogique. Et puis je ne veux pas donner raison à Dumbledore. Il est persuadé que mon Maître nous a trahi et ce sont des bêtises stupides ! Je ne lui donnerais pas la satisfaction d'accepter un autre maître pour que le mien tombe aux oubliettes.

- Alors tu vas continuer à le défier même si... même s'il risque de te faire souffrir.

- Si c'est le prix à payer pour rester fidèle à mon Maître je l'accepterais.

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