chapitre 03

Si les meubles pouvaient parler, nul doute qu'ils auraient protesté avec véhémence.
Entre les portes qui gémissaient dans leurs gonds, encore vibrantes d'indignation, d'avoir été claquées avec une violence rare, et la pendule posée sur la cheminée, qui, après une gracieuse arabesque, avait fini sa course, et ses jours, contre le mur, les meubles avaient en effet du souci à se faire.
La pauvre pendule, après avoir littéralement explosé contre le mur, vit ses restes piétinés et éparpillés aux quatre coins de la pièce.

La victime suivante de ce déferlement de violence fut un pauvre coussin, innocent de tout crime, qui, après avoir été bourré d'une vingtaine de coups de poing, se retrouva éventé d'un coup d'ouvre lettre.

A attaque, riposte immédiate, il se vengea en recouvrant son agresseur d'une multitude de minuscules plumes blanches.
L'électricité statique ayant décidé de prendre parti, les plumes s'accrochèrent à leur proie comme des arapèdes à leur rocher.

Harry secoua violemment la tête pour faire tomber les plumes et, délaissant les coussins, il tourna sa colère contre la chaise du bureau qu'il envoya valser à travers la pièce de quelques coups de pied rageurs et bien placés.

- Des potions ! hurla t il, fou de rage. Voldemort est revenu, Cédric est mort, et tout ce qui intéresse cet espèce de sadique, c'est mon niveau en potion ? Mais on s'en fiche des potions ! Qu'il m'apprenne à me battre l'ex mangemort s'il veut vraiment se rendre utile !

Harry donna encore quelques coups de pied dans la bibliothèque, dont il fit tomber au passage la moitié des livres, avant de se laisser tomber sur le sol, adossé au mur, épuisé.

Croisant les bras sur ses genoux, il y posa la tête et ferma les yeux, cherchant à retrouver son calme.

- Tu es calmé ?

Harry sursauta et leva vivement la tête. Il n'avait pas entendu Rogue entrer dans la pièce. Depuis quand était il là, adossé à la porte, les bras croisés ?
Harry détourna le regard, ne sachant pas quoi dire.

- Bien, alors disons que oui.

Le ton de Rogue, froid et sec, était bien plus angoissant qu'une explosion de colère. Il ramassa la chaise, la redressa et s'assit, face à Harry.

- Si tu cherchais les ennuis, félicitation... tu les as trouvés !

Harry serra les dents mais ne répondit pas.

- Il est dommage que, parce que tu es incapable de te contrôler, tu ais réduis à néant les efforts de Dementia pour adoucir ta punition.

Harry s'obstina dans le silence mais il se raidit imperceptiblement.

- Je ne tolère pas l'insolence. Sous quelque forme que ce soit. Tu es suffisamment âgé pour être capable de t'exprimer sans t'emporter.

Toujours aucune réponse. Ni le moindre regard.
Décidé à le faire réagir, Rogue posa sans un mot la cane qu'il avait dans les mains sur la table basse, dans le champ de vision d'Harry.
Celui-ci leva vivement la tête

- Qu'est ce que...

- A ton avis ? Je t'avais prévenu. La clémence, ici, ne se renouvelle pas.

- Vous n'avez pas le droit !

- Tiens donc ? il se trouve qu'au contraire c'est mon droit le plus strict !

- Non, murmura Harry

- Je ne te donne pas le choix, Harry. C'est ça ou ma ceinture. Mais tu n'y échapperas pas.

- Pas ça, murmura t il

- Très bien, dit Rogue en se levant tout en dégageant sa ceinture des passants, va dans ta chambre.

Dans un état second, Harry obéit. Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit, la tête enfouie dans son oreiller.
Rogue entra à son tour. Il observa Harry tout en enroulant la ceinture autour de sa main.
Contrairement à ce que pensait probablement le jeune homme, il n'éprouvait aucun plaisir à faire ce qu'il s'apprêtait à faire.
Mais Harry devait bien comprendre que ses actions avaient des conséquences, aussi désagréables soient elles, et qu'il ne pouvait pas toujours s'en sortir grâce à son statut de survivant.
Il s'approcha d'Harry, hésita à lui ordonner de se lever et de prendre appui sur le mur, ou encore d'ôter son T-shirt.
Puis il se dit que cette première expérience serait suffisamment pénible pour l'adolescent sans en rajouter.

Sans attendre davantage, il débuta la correction.
Il sentit très vite Harry se raidir et l'entendit étouffer des gémissements de douleur dans son oreiller. Au bout de plusieurs minutes, il devina, par le mouvement des épaules du jeune homme, que ce dernier pleurait. Il poursuivit la punition une ou deux minutes supplémentaire avant de rattacher sa ceinture.

- J'espère que cette leçon te suffira. Tu es privé de repas aujourd'hui. Je te conseille fortement de réfléchir et de méditer sur tout ça.

Harry ne répondit pas. Mais, à sa façon de crisper les poings sur l'oreiller, Rogue devina qu'il entendait très bien ce qu'on lui disait.

- Harry, il ne tient qu'à toi que ta vie soit agréable. Je suis un père exigeant et sévère, je ne le nie pas, mais avec un peu de bonne volonté de ta part, tout peut très bien se passer entre nous.

Sur sa tirade, Rogue sortit des appartements d'Harry pour redescendre au salon.
Dès qu'il entendit la porte de son salon se refermer sur son père adoptif, Harry relâcha la pression et éclata en sanglots.

Rogue alla déjeuner seul, Dementia ne rentrant jamais dans la journée.
Une fois son repas achevé, il alla s'enfermer dans son laboratoire et n'en ressorti qu'à l'heure du dîner.

Comme à son habitude, Dementia arriva en retard. Il avait définitivement raté quelque chose dans l'éducation de cette gamine. Il avait commencé à s'en douter quand elle s'était mariée, le jour même de ses 17 ans, sans qu'il n'ait rien vu venir.

Avec son flegme habituel, Demi s'assit et attaqua son repas : poisson bouilli et légumes vapeurs. Rogue leva les yeux au ciel. En général les femmes se mettaient au régime en prévision des beaux jours ; sa fille, elle, faisait rimer régime avec instance de divorce... soit deux fois par an...

- Harry est malade ? demanda t elle en versant du citron sur son poisson

- Pourquoi mets tu autant de citron ?

- Ca brûle les graisses...

- C'est ça... et puis ça s'attaquera aux os....

- Pfff... alors il est malade ?

- Non, répondit il su un ton à décourager quiconque de continuer la conversation

Quiconque... sauf sa fille évidemment... Chaque jour, Severus se demandait s'il avait bien fait de la faire élever loin de lui et de ne pas la faire entrer à Poudlard. Ne la voir qu'une fois par semaine, pour lui apporter des présents ou l'emmener faire des courses n'avait pas contribué à consolider son autorité.
Culpabilité et autorité paternelle n'allaient absolument pas ensemble...

- Où est il ? insista t elle

- Qui ça ?

- Grindelwald !

- Dans sa chambre.

- Sérieux ? Grindelwald ?

Rogue soupira

- Harry !

- Non moi c'est Demi... D'ailleurs, il est où Harry ?

Devant l'absurdité de la conversation, Rogue craqua et éclata d'un rire nerveux.
Dementia le fixa, un sourcil légèrement arqué. Il se pinça l'arrête du nez, retrouvant son sérieux aussi vite qu'il l'avait perdu.

- Harry est dans sa chambre.

- Ca s'est mal passé ?

- Dementia, soupira Rogue, tu me fatigues...

- Et je n'ai même pas encore commencé à parler de Marc et de la conversation que tu dois avoir avec lui... marmonna la jeune femme

Rogue se leva brusquement.

- Pas que ta vie ne m'intéresse pas, bien au contraire, mais j'ai une potion importante à terminer...

Il s'éloigna vers son laboratoire mais ne pu qu'entendre le menteur ! sonore de Dementia suivi du ricanement de l'elfe personnel de celle-ci.
Il leva les yeux au ciel. Même les elfes s'y mettaient à présent.
La jeune femme termina tranquillement son repas, puis, connaissant son père comme s'il l'avait faite, elle prépara un club sandwich au jambon et un verre de lait.
Elle monta à l'étage et alla directement taper à la porte d'Harry.
Elle n'obtint aucune réponse. Elle hésita un court instant entre aller enquiquiner son père pour avoir le fin mot de l'histoire et entrer chez Harry.

Une fraction de seconde plus tard, elle poussa la porte...
Elle avisa aussitôt la cane sur la table basse ainsi que l'état de la pièce.

- Ah d'accord, murmura t elle

Elle posa l'assiette et le verre et alla taper à la porte de la chambre. Elle entra sans attendre de réponse.
Un instant, elle crut la pièce vide et resta déconcertée. Puis elle remarqua la silhouette d'Harry, prostré contre le mur, secoué de sanglots silencieux.
Son cœur fondit instantanément.

Elle alla s'asseoir au bord du lit, à coté de l'endroit où se tenait Harry.

- Eh ! dit elle doucement, tu as combattu un troll des montagne dans ton salon ?

Harry sursauta et releva la tête vers elle. Ses yeux, rougis et gonflés, témoignaient du nombre d'heures qu'il avait passé à sangloter.

- Non, murmura t il

- Alors qu'est ce qu'il s'est passé ?

Harry haussa les épaules et eut une grimace de douleur

- Tu n'as pas envie d'en parler ?

- Pas vraiment, soupira t il

- Bien. Ce n'est pas grave. Tu as faim ?

Harry hocha la tête.

- Alors viens dans le salon, je t'ai apporté un sandwich.

Harry hésita une seconde, se rappelant très bien être privé de repas. Mais la faim était trop tenace. Il grimaça en se levant.
Dementia pressa doucement son épaule dans un geste de réconfort.

- ça va aller ?

- ça fait mal, murmura Harry

- ça va passer...

En s'asseyant sur le canapé, Harry jeta un regard effrayé sur la canne. Dementia haussa un sourcil interrogateur et il secoua la tête.

- Non, sa ceinture.

Elle lui sourit tendrement et poussa l'assiette et le verre vers lui

- Mange.

Puis elle se dirigea vers la porte. Aussitôt Harry se raidit.

- Où tu vas ?

- Je vais chercher de quoi travailler et je reviens si tu veux.

Harry hocha la tête. Dementia s'absenta juste le temps de récupérer quelques dossiers puis elle s'installa sur le canapé à coté d'Harry.
Elle étudia ses notes une bonne heure avant que le jeune homme ne finisse par s'endormir, la tête sur ses genoux.
Demi posa les dossiers et resta un moment à caresser distraitement les cheveux de l'adolescent.
Au bout d'un quart d'heure, elle se dégagea doucement et, prenant la cane, elle sortit discrètement de la chambre et prit la direction du laboratoire.

***

Dementia hésitait devant la porte menant au laboratoire paternel.
Devait elle lui faire avaler sa cane immédiatement ?
A la réflexion, non. Elle attendrait d'abord qu'il ait parlé à Marc. Un peu d'esprit pratique n'avait jamais tué personne.
Elle se contenta donc d'entrer dans le laboratoire et, sans un mot, posa la cane en travers des parchemins de son père.
Il haussa un sourcil dans sa direction.

- C'était mesquin, ça !

- Mesquin ? grimaça t il

- Oui, mesquin. Tu n'as jamais utilisé ce truc là de toute ta vie...

Il haussa les épaules, le regard noir.

- Ecoute maman... oh, pardon, avec ton attitude j'ai failli vous confondre...

Rogue lui lança un regard venimeux.

- Qui parlait de mesquinerie ?

Dementia fit une moue boudeuse, étudiée pour paraître nonchalante, et le silence retomba. Rogue se replongeant dans sa potion. Bien qu'il préférât avaler un seau de veracrasse moisis plutôt que de l'avouer à quiconque, la comparaison de sa fille lui faisait mal.
Et puis elle était horripilante, elle ne disait rien, ne faisait rien d'autre que de jouer avec une mèche de cheveux et pourtant elle arrivait à le faire se sentir minable.

- Et si je me teignais en blonde ?

- Et tu te feras adopter par les Malefoy parce que tu ne remettras pas les pieds ici... grogna t il

- T'as déjà dit ça quand j'ai épousé Marc... ou alors quand j'ai épousé Jason ? je sais plus...

Il ne prit pas la peine de répondre. Il parlait de toute façon dans le vent avec elle. Il se demandait bien de qui elle pouvait tirer... Il n'était pas comme ça, et pour autant qu'il s'en souvienne, sa mère ne l'était pas non plus.

Il lui jeta un coup d'œil discret. Le menton posé dans sa main, l'air songeur et profondément ennuyé, elle attendait.
Distraitement elle commença à jouer avec le pot de poudre d'écorce de saule.
Fronçant les sourcils d'un air interrogatif, elle tendit la main pour en vider le contenu dans le chaudron bouillonnant.
Rapide comme l'éclair et bénissant intérieurement ses réflexes de mangemort, Rogue saisit le poignet de sa fille avant que l'irréparable ne se produise.

Dementia haussa les sourcils.

- Quoi ?

- Ne touche plus à rien Démi, soupira Rogue

Dementia croisa les bras et se réfugia dans un silence buté, produisant à intervalle régulier des soupirs mélodramatiques.
Au bout de quelques minutes, Severus était prêt à la payer, la renvoyer en France, l'étriper ou tout simplement à céder...

- Dans quel état est il ?

- Dans l'état où tu l'as laissé.

Rogue leva les yeux au ciel. Pour a peine quatre minutes et demi de correction... on n'allait quand même pas l'envoyer à Azkaban pour ça...
Dementia a qui l'expression paternelle n'avait pas échappé, fronça les sourcils.

- Je veux dire moralement

Ah. Sur ce coup là, effectivement, il était mal barré. Non parce que sa fille aurait pu faire comme lui, des études de potions, quoi que à la réflexion, il ne valait peut être mieux pas... ou alors des études de botanique. Elle adorait les fleurs...
Mais non, tout aurait été beaucoup plus simple. Non, à la place, et sans aucune considération pour la santé mentale paternelle, elle avait choisit de faire des études de psychomage.
Bien sur, frivole et papillon comme elle l'était, et aussi parce qu'elle s'était mariée à 17 ans, elle n'avait pas rendu sa thèse et n'avait donc pas son diplôme.
Elle avait trouvé un poste de Mme détresse à sorcière hebdo et avait finit par se retrouver rédactrice en chef, laissant éclater son coté sophistiqué, superficiel et bêcheuse qu'elle adorait accentuer pour rendre chèvre tout son entourage. Et à coté de cela, elle avait juré de le rendre fou avec de la psychologie digne des trois balais.

Il hésita un instant. Devait il poursuivre cette conversation ? Ou se taire et prendre le risque qu'elle réalise soudain qu'il n'avait toujours pas accepté de parler à Marc ? Pas qu'il ait quelque chose contre son futur ex gendre.
Marc était sympathique, intelligent, cultivé, il n'avait jamais trompé sa fille, ne l'avait jamais battue, n'avait probablement jamais élevé la voix contre elle (ce qui prouvait bien que ce garçon était un saint), bon il était cracmol, mais on ne pouvait pas tout avoir. Le premier mari de sa fille était un moldu... le prochain serait peut être un sorcier...
Non ce qui le dérangeait c'était de devoir convaincre ce garçon de l'inutilité de son refus de divorcer, puisque Dementia finissait toujours par obtenir ce qu'elle voulait.
Non, définitivement, la discussion promettait d'être pénible. Il se résigna donc à détourner l'attention de sa fille grâce à sa seconde option.

- Bon, et comment est il moralement ?

- Effondré ? Terrorisé ? un cas classique... Sa famille ne l'aimait pas et le négligeait... on lui offre un père sur un plateau et il est encore plus malheureux qu'avant...

- Je ne l'ai pas non plus massacré Dementia, n'exagère pas

- Disons que tu n'as pas contribué à rétablir son équilibre émotionnel...

Et allez ! Psychologie ! Par Merlin, qu'est ce qu'il avait fait pour mériter ça ?
Dementia avait reposé son menton sur ses mains croisées et elle le regardait en silence.

- Tu sais, reprit elle, ce n'est pas tant que tu l'ai puni qui me gène...

- Ah...

- Ne crois pas pour autant que je t'approuve...

- Loin de moi cette idée, riposta t il sarcastique

- Non ce qui me gène, c'est de un la privation de nourriture, soit dit en passant je l'ai obligé à avaler un sandwich, et de deux le fait que tu n'aies même pas prit la peine d'aller le voir pour discuter avec lui...

- Discuter de quoi, Merlin ! s'emporta Rogue, et quel sandwich !?

Dementia s'arrêta net de parler et croisa les bras d'un air buté.

- Si tu cries, je refuse de poursuivre cette discussion !

- Merci Merlin

Le silence retomba. Mais Rogue ne se faisait aucune illusion. Et il avait bien raison.

- Cela dit, quand tu as accepté de t'occuper de ce garçon, je suppose que ton but n'était pas de le rendre le plus malheureux possible...

Il la regarda. Elle lui sourit d'un air satisfait. Il leva les yeux au ciel. C'était comme ça depuis qu'elle avait comprit que son petit sourire en coin pouvait lui obtenir tout ce qu'elle voulait... soit depuis qu'elle avait trois ans et demi.
Il la regarda à nouveau.

- Si je vais le voir, tu fais disparaître ce sourire exaspérant de ton visage ?

- Au moins jusqu'à la fin de la semaine !

C'était mieux que rien.

- Puis-je au moins terminer cette potion ?

- Mais je t'en prie

- Tu comptes rester assise ici à me regarder ?

- Je te dérange, demanda t elle d'une toute petite voix, on ne s'est pas vu pendant 10 mois, je pensais que tu aurais envie de passer un peu de temps avec moi...

Rogue releva vivement la tête. Elle allait lui faire le coup des larmes ? Il n'arrivait jamais à savoir si elle était réellement malheureuse ou si elle jouait la comédie dans ses cas là.

- Oui bien sur que j'ai envie de te voir, reste si tu veux, mais ne touche à rien, par pitié...

- ça va... répondit elle vexée, à t'entendre je ne fais que des catastrophes...

- Je paye encore pour la réfection du laboratoire de Beauxbatons !

Dementia se mit à rire et Severus daigna sourire.
Il travailla en silence pendant une bonne heure, tandis que Dementia étudiait une brochure et prenait des notes sur un parchemin.
Il jeta un coup d'œil discret sur la brochure. Son cœur manqua un battement. Il s'agissait de la brochure du service examen de Sainte-Mangouste. Dementia envisageait donc de reprendre sa thèse et de présenter son examen.
Elle avait 18 ans lorsqu'elle avait abandonné et depuis il n'avait de cesse d'espérer qu'elle ouvrirait les yeux et qu'elle passerait son diplôme.
Libre à elle ensuite de rester rédactrice en chef ou d'entrer à Sainte-Mangouste. Mais ce diplôme en poche, il n'aurait plus de soucis à se faire pour son avenir.

Au bout de dix minutes de silence supplémentaire, Dementia commença à taper avec ses ongles parfaitement manucurés sur le plan de travail du laboratoire.
Encore 10 minutes et Rogue craqua.

- Dementia !

- Oui ?

- J'en ai encore pour 15 minutes et je monte voir Harry

- D'accord, répondit elle en cessant immédiatement son travail de sape sur les nerfs de son père.

Il soupira, sa fille était vraiment mais alors vraiment insupportable. Il se demandait bien où elle avait apprit à faire tout cela.
Il n'était pas comme ça, n'en déplaise aux mauvaises langues.
Sa mère non plus. Elle ne demandait qu'une fois, si on répondait non, elle frappait... elle n'était pas un brin manipulatrice.
Mais Dementia faisait de la manipulation et de la culpabilisation une discipline olympique.

15 minutes plus tard, comme promis, il reboucha la dernière fiole de potion et, remettant le rangement à plus tard, il se dirigea vers la chambre d'Harry, Dementia sur ses talons.
Il s'arrêta au milieu des escaliers et se tourna vers elle.

- Qu'est ce que tu fais ?

- Je viens avec toi.

- Dementia...

- Promis je ne dirais rien ! Mais il sera moins sur la défensive si je suis présente...

Rogue ne répondit pas et reprit son ascension. Elle était horripilante quand elle avait raison.
Arrivé devant la porte d'Harry, elle trottina pour passer devant lui et tapa à la porte.

- Harry ? C'est Demi. Papa... aie, protesta t elle en prenant une claque de son père sur le haut de la tête, je veux dire père veut te parler un instant, on peut entrer ?

Pas de réponse

- Il doit encore dormir, expliqua Dementia en ouvrant la porte.

Mais Harry n'était plus sur le canapé. Elle jeta un coup d'œil dans la salle de bain. Personne.
Rogue et elle échangèrent un regard. Pris d'un soupçon, Rogue ouvrit l'armoire. L'éclair de feu d'Harry avait disparut, ainsi que sa cape d'invisibilité.

- Papa ! appela Dementia, qui était entré dans la chambre de l'adolescent.

Il la rejoint et regarda, interrogateur son air inquiet.

- Qu'y a-t-il ?

Au moment même où il posait la question, il posa les yeux sur ce qui avait affolé sa fille.
La fenêtre de la chambre d'Harry était grande ouverte.
Dementia se pencha par la fenêtre.

- Il faudrait vraiment revoir la sécurité du manoir !

Rogue lui jeta un regard froid

- Personne ne peut y entrer, signala t il

- Oui mais on en sort comme on veut.

Severus grimaça. Il essayait de rester calme mais il sentait la colère monter en lui. Comment avait il osé ? Et comment pouvait il être aussi stupide ? S'enfuir ainsi, avec le Seigneur des Ténèbres dehors ! Et tout ça pour quoi ? Pour quelques coups de ceinture ?

Quand il allait lui remettre la main dessus, ce satané gamin allait comprendre le sens du mot correction !

- Bon, on fait quoi, demanda Demi, le tirant de ses pensées

- Toi ? Rien. Tu en as assez fait comme ça !

- Quoi, protesta t elle indignée, c'est la meilleure ! Tu oserais prétendre que c'est de ma faute ?

Severus grogna mais ne répondit pas. Il gagna sa chambre, Demi sur ses talons.
Il lui claqua la porte au nez et se changea rapidement.
Il sortit de la pièce et lança à la jeune femme

- Il a du aller se plaindre chez Black ou chez Molly, je vais le chercher !

- je viens avec toi !

- Non

- Tu as confondu ça avec une question, riposta t elle

- Très bien ! mais je te préviens, il est inutile de m'exhorter à la clémence !

- Si on commençait par le retrouver avant de prévoir de le tuer ? répliqua Démi sarcastiquement.

Rogue leva les yeux au ciel et sortit dans le jardin afin de transplaner chez les Weasley.



***


Sirius faisait les cents pas dans son salon. Il fallait combien d'heures à cet espèce de débris d'elfe de maison pour préparer un café ?
Ce n'était quand même pas une demande extravagante, si ? Un simple café ?
Et il ne voyait pas pourquoi Kreatur avait marmonné : « manquait plus que ça ». Etait ce une allusion à peine voilée sur son humeur un peu massacrante ?
Il avait quand même de quoi être de mauvaise humeur, non ?
Son filleul ! Le fils de James ! Obligé de donner du « père » à Servilus !
C'était le bouquet. Si jamais cet espèce de rat d'égout avait le malheur de faire quoi que ce soit à Harry, il le démembrerait !
Dès que Dumbledore aurait le dos tourné !
N'était il pas censé être un horrible assassin ?

- Kreatur ! hurla t il soudain, mon café !

Aussitôt, le portrait de sa mère se mit à vociférer. Allons bon, il l'avait oublié celle la !
A peine Kreatur, qui d'ailleurs réagissait très vite lorsqu'il l'avait décidé, avait il réussit à refermer les lourds rideaux sur le portrait de l'honorable Mme Black, que des coups à faire trembler les murs furent tapés à la porte.
Pendant que sa mère se remettait à hurler, Sirius, soupirant, alla ouvrir.



***

 

- Comment ça, il n'est pas là ? tu te moque de moi Black ?

- J'ai l'air, répliqua Sirius sur le même ton

Dementia échangea un regard avec Kreattur. Ca faisait bien 10 minutes que les deux vieux ennemis répétaient inlassablement les mêmes phrases.

- Bon. Se décida t elle à intervenir, ce n'est pas en vous sautant à la gorge qu'on va retrouver Harry !

- Si tu avais commencé par te mêler de tes affaires, toi, hurla Rogue

- Et toi, riposta Dementia, si tu n'avais pas commencé par te conduire comme un... un...

- Sinistre crétin ? proposa Sirius

- J'avais en tête un vocabulaire nettement plus imagé, marmonna la jeune femme, mais oui, c'est l'idée générale...

- Et bien voila, tu gagnes du temps cette fois ci, tu as déjà trouvé ton futur ex mari, siffla Rogue

A sa grande surprise, et son immense indignation, au lieu de protestations véhémentes, il vit Sirius afficher un sourire amusé et Dementia s'empourprer en détournant le regard.
Il ne manquait plus que ça !
Tournant sèchement les talons, il sortit en claquant violement la porte.

- Il a une imagination débordante, souffla Demi, tendis que Kreattur se précipitait vers le portrait

- Oui, acquiesça Sirius

- Je devrais peut être le suivre...

Sans oser se regarder dans les yeux, ils partirent brusquement dans des directions opposées.
Dementia rattrapa son père.

- Il est inquiet pour Harry voila tout

Rogue se contenta de grogner.

- J'ai une idée, souffla la jeune femme

- Dis toujours

- Hedwige est restée au manoir. Elle le trouvera où qu'il soit.

- Et tu crois qu'il suffit de le lui demander pour que ce sale gosse revienne ?

Dementia leva les yeux au ciel. Qu'est ce qu'il pouvait être borné quand il l'avait décidé !

- Avec un peu de bonne volonté... avança t elle

- Si tu attends que je passe l'éponge...

Dementia soupira. Cette idée ne l'avait même pas effleurée. Elle savait très bien que son père avait raison. Pour une fois.

- On fait quoi dans ce cas ?

Rogue réfléchis un instant.

- On rentre ! Je contacte Dumbledore !

Demi haussa les épaules. Elle se demandait comment elle allait tirer Harry du guêpier dans lequel il s'était fourré.
Son père allait le mettre en pièce.
Elle n'avait aucune chance de convaincre son père et d'éviter à Harry une punition que, il fallait bien l'avouer, il n'avait pas vraiment volé.

Peut être le professeur Dumbledore parviendrait il à calmer Severus. Il trouvait toujours les mots pour l'apaiser. Et puis, lui serait sans aucun doute capable de localiser Harry en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire tisane purificatrice.

A peine arrivé au manoir, Rogue jeta une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre et y plongea la tête en criant : « bureau d'Albus Dumbledore ! »

- Severus ? demanda le vieil homme en levant la tête

- J'ai un problème Albus, Harry a disparut

- Que s'est il passé, Severus

- Nous avons eu une altercation et je l'ai puni. Il s'est sauvé Albus

Albus se leva et lissa sa barbe d'un air songeur.

- Etes vous allé chez Sirius ?

- il n'y est pas, ni chez les Weasley.

- Miss Granger ?

- Elle passe l'été chez les Weasley.

- Bien, ne vous inquiétez pas Severus, je vais le retrouver et je vous le ramène. Restez chez vous, et dites de ma part à Dementia que je l'attends le 1er Septembre.

Severus acquiesça et éteint le feu d'un geste.
Il alla s'asseoir dans son fauteuil. Comme à son habitude, Demi vint s'asseoir à ses cotés, sur le bras du fauteuil. Il passa machinalement un bras autour d'elle.

- Il va le retrouver

- Hmmm. Dis donc, qu'est ce qu'il a voulut dire par j'attends Dementia le 1er Septembre ?

- Oh.

- Alors ?

Dementia soupira. De toute façon, il le saurait tôt ou tard.

- Bon, je vais passer ma thèse. Ne jubile pas ! Dumbledore me laisse vivre à Poudlard et utiliser la bibliothèque. Et en échange, j'aiderais Mme Pince.

Severus sourit.

- Quel sera le thème de ta thèse ?

- Je ne suis pas encore sure. Quelque chose en rapport avec les adolescents... peut être l'impact d'une éducation trop sévère sur un état émotionnel déjà fragilisé...

- Je suis mort de rire...

Dementia ne put s'empêcher d'éclater de rire sous le regard noir de son père.
Elle finit par se lever en époussetant sa robe

- Bon, je vais travailler dans la bibliothèque... N'oublie pas de prévenir Sirius quand Dumbledore aura retrouvé Harry !

- Black, grogna Severus

Dementia se contenta de lever les yeux au ciel et claqua la porte de la bibliothèque tandis que Rogue s'abîmait dans la contemplation du feu.

 

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