chapitre 23

- Harry ? Tu viens manger ? demanda Hermione d'un air soucieux.

- Pas faim, répondit distraitement l'adolescent sans lever les yeux de son exemplaire de l'Histoire de Poudlard.

Hermione fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour protester mais la main de Ron, sur son bras, l'en empêcha.

- Laisse-le. On lui ramènera des fruits.

- Il ne peut pas se nourrir exclusivement de fruits !

- Ça ira pour l'instant. Allez viens, allons manger.

Le rouquin poussa son amie vers la porte et adressa un clin d'œil à Harry qui lui sourit faiblement avec reconnaissance. Dès que ses amis furent sortis, laissant la salle commune déserte, il referma le livre avec un soupir soulagé. Il espérait qu'Hermione ne lui pose jamais de questions sur ses lectures, car, mis à part les révisions des BUSEs, il n'avait ouvert de livres que pour se donner contenance. Il aurait été bien en peine d'en citer la moindre ligne.
Il n'avait envie de parler à personne. Sauf peut être Demi mais sa porte restait hermétiquement close depuis la mort de Sirius la semaine précédente.

Harry avait résolu de passer tranquillement ses BUSEs, ce qui avait l'avantage non négligeable de garder son esprit occupé, et de ne chercher à voir sa sœur qu'une fois les examens terminés.
Très honnêtement, il devait avouer que les examens n'étaient qu'une excuse. Il appréhendait la confrontation avec Dementia, il tremblait d'entendre ses reproches, qu'il savait justifiés. Mais il n'avait plus trop d'excuse pour repousser cette entrevue, ayant passé la dernière épreuve la veille.

C'était le moment ou jamais. Rogue était sans nul doute à la grande salle, les couloirs devaient être déserts. Et personne ne serait témoin de son humiliation si sa sœur le jetait dehors.
Il enfila un pull trop grand, datant de l'époque des Dursley, et sortant de la salle commune, dévala les escaliers jusqu'aux cachots.
Arrivé devant le portrait gardant les appartements de son père, il prononça avec difficulté le mot de passe. Le gardien de la porte ne fit pas de commentaire quant à la prononciation et ouvrit le passage.

Harry alla directement taper à la porte de Dementia. Il n'obtint aucune réponse.

- Demi, c'est Harry. S'il te plaît! Il faut qu'on parle !

Devant l'absence de réponse, il finit par s'asseoir devant la porte, continuant à taper inlassablement.

Au bout d'une demi-heure, craignant que son père ne revienne, il se résigna, les larmes aux yeux, à remonter à sa salle commune sous le regard navré du maître des potions qui secoua la tête dans son portrait.

 

***

 

- Dementia ne se joint pas à nous ? s'enquit Albus d'un air inquiet.

- Non, soupira Severus. Elle refuse de parler à quiconque. Elle ne met pas le nez hors de sa chambre. Je pense qu'Alima doit faire apparaître à manger dans la pièce mais elle n'est toujours pas autorisée à voir sa maîtresse.

- La perte qu'elle a subit est immense. Autant, si ce n'est plus, qu'Harry.

- Comment ai-je pu ne rien voir !

- Ils étaient très discrets. Je crois savoir qu'ils avaient prévu de vous parler bientôt.

Rogue émit un grognement avant de jeter un regard noir à la place restée vide à la table des Gryffondors.

- J'ai envisagé de l'obliger à venir à table. Ce n'est pas bon qu'il s'isole ainsi. D'un autre côté...

- Vous vous êtes isolé bien plus longtemps que ça à la mort de votre amie Lily. De même lorsque vous avez réalisé que les sentiments de Bellatrix étaient feints.

Severus jeta un regard chargé de reproche à son mentor. Avait-il réellement besoin de lui rappeler ceci ? Lui rappeler que la seule femme dont il était tombé amoureux dans sa vie s'était joué de lui ? Et que sa seule amie, sa « petite sœur » de cœur, avait été tuée par sa faute ?
Albus lui fit un sourire triste avant de se replonger dans sa part de tarte au citron.

Severus retint de justesse un énième soupir agacé. Un an et demi plus tôt, il n'aurait jamais imaginé que le métier de père puisse être plus angoissant qu'une réunion de mangemort. Harry était un étudiant insolent et désespérant en potion, comme tant d'autres, et sa fille était mariée, fantasque, imprévisible et aux abonnées absentes.
Aujourd'hui les deux avaient le cœur brisé et il s'inquiétait pour leur santé autant que pour leur moral.
Il allait devoir mettre les pieds dans le plat... Il ne pouvait pas laisser ses enfants dépérir. Il allait commencer par entrer dans la chambre de Dementia et à la sortir de son antre par le fond de son pantalon à 125 gallions.
Harry avait cours et il n'était pas seul. Il pouvait attendre quelques heures.

Fort de sa décision, le maître des potions se leva et prit la direction des cachots.

 

***

 

- Elle dormait peut être, hasarda Hermione. Quand mon oncle est mort, ma tante a dormi pendant des jours et des jours.

- Tu crois, demanda Harry.

- Je ne vois pas Dementia refuser de parler, ajouta Ron, si elle était fâchée et qu'elle ne voulait plus te voir, elle t'aurait hurlé dessus pour te mettre au courant. Elle a sûrement besoin de réaliser, d'être seule pour pleurer. Dans quelques jours elle viendra sûrement te trouver d'elle-même.

Hermione lui lança un regard admiratif, impressionnée de voir à quel point le rouquin avait pu mûrir en une année.

- Oui, Ron a raison, ajouta-t-elle, les vacances commencent dans quelques jours. Dès que vous serez rentrés chez vous, la situation se débloquera.

Harry hocha la tête dans se départir de son air abattu.

- Oh non, gémit Hermione, faisant sursauter les deux garçons. Je ne vais pas tenir le coup si ça recommence !

- Hermione ? Tenta Ron.

- Qu'est qu'il y a ? Renchérit Harry d'un air inquiet.

- J'ai encore avoué que Ron avait raison !

Il y eut un moment de flottement puis le rire nerveux d'Harry retentit. Ron commença à sourire, et amusé lança à Hermione :

- Ça t'énerve hein Mione ?

- Ne m'appelle pas Mione, Ronald !

- Ne m'appelle pas Ronald, on dirait ma mère !

Harry n'y tint plus et éclata de rire. Ron et Hermione échangèrent un regard complice : mission accomplie. Même si la légèreté d'esprit d'Harry ne durerait pas, c'était tout de même une petite victoire.

Ils chahutèrent quelques instants puis Harry reprit l'histoire de Poudlard et retourna s'installer dans le fauteuil devant la cheminée. Il restait une bonne demi-heure avant le prochain cours et il voulait être sur que personne ne vienne le déranger.
S'appliquant à paraître plongé dans sa lecture, il ne vit pas le regard inquiet et dépité qu'échangèrent ses amis.

 

***

 

Severus regarda d'un air plus que contrarié l'élève de Serpentard qui avait été prit par Rusard en train de jeter un sort à une première année de Poufsouffle, tout en écoutant d'une oreille distraite le récit du déroulement des faits, que le vieux concierge se plaisait à détailler.
Il jeta un coup d'œil à sa montre et soupira : il n'aurait pas le temps d'aller voir Dementia avant la reprise des cours.
Il toisa d'un air sévère l'adolescent de treize ans et lui ordonna de se rendre en cours après lui avoir ôté 20 points. En entendant la réponse insolente qui fut marmonnée dans son dos, Rogue se dit qu'il ne pourrait pas non plus parler à sa fille le soir même.

- Retenue dans mon bureau ce soir à 19h Monsieur Torrent !

Sans attendre la réaction de l'adolescent, il tourna les talons dans un tourbillonnement de cape et prit la direction de la salle de potion.

Contrarié, il ouvrit la porte d'un geste sec, faisant sursauter les élèves. Voyant Harry se raidir, il lui pressa l'épaule d'un geste réconfortant avant d'annoncer aux élèves :

- Aujourd'hui potion de régénérescence. Vous serez en binôme. J'ai fait les binômes, précisa-t-il aussitôt, faisant cesser les négociations qui avaient débutées sitôt l'annonce faite et provoquant des soupirs.

Les élèves échangèrent des regards résignés. La quasi-totalité des professeurs leurs avaient fait des cours "spécial veille de vacances".
Ainsi le professeur Flitwick leur avait apprit un sort de séchage de serviettes de bain, ainsi qu'un sort de maquillage pour les jeunes filles. Le professeur MacGonagall leur avait montré comment transformer de simple coquillage en bijoux ou en outils, en les rendant aussi dur que l'acier ou aussi brillant que le nacre.
Il n'y avait guère qu'Ombrage qui leur avait donné comme à son habitude, bien que d'une voix plus éteinte qu'auparavant, de relire le dernier chapitre du livre de défense et Rogue, bien entendu, qui leur faisait suivre le programme jusqu'au bout.
Les binômes mélangeaient les maisons, ainsi Parvati hérita de Pansy, Seamus de Goyle, Dean de Crabbe, Hermione de Milicent Bullstrode et Ron de Malefoy.
Harry se retrouva, avec un certain soulagement, associé à Blaise Zabini.
Zabini avait un très bon niveau en potion et avait l'avantage supplémentaire de ne pas réellement participer à la guerre des maisons. Il était certes sang pur et fier de l'être mais n'en faisait pas étalage. Il accueillit Harry à sa table d'un simple hochement de tête et lui proposa de s'occuper des phases les plus délicates de la préparation tandis que le Gryffondor se chargerait des phases plus faciles. Ils travaillèrent en silence, sans la moindre dispute, contrairement à leurs camarades. Zabini ne parlait que pour rectifier les actions d'Harry, sans jamais l'agresser ni l'humilier. Juste de laconiques : « émince plus fin, Potter » ou « tourne un peu plus lentement...voilà, c'est bon. »
Le cours se déroula plus ou moins dans le calme, les disputes entre les binômes se déroulant à mi-voix pour ne pas s'attirer les foudres du professeur.
Quand la cloche retentit, Harry eut un sourire en voyant leur potion parfaitement préparée. Zabini inscrivit leurs noms sur une étiquette et se leva pour aller déposer la fiole sur le bureau de Rogue.

Les élèves prirent le chemin du parc, leur second et dernier cours de la journée étant soin aux créatures magiques. Les Serpentards se regroupèrent et ralentirent l'allure, mettant un point d'honneur à arriver le plus tard possible au cours du demi-géant, qu'ils n'avaient jamais considéré comme un professeur.
Au contraire les gryffondors allongèrent le pas en discutant avec animation.

- Heureusement que les notes ne comptent plus dans la moyenne, ragea Hermione, ma potion était tout juste passable ! C'est le mieux que j'ai pu faire avec cette idiote de Bullstrode qui a coupé les racines en deux parce qu'elle avait la flemme de les émincer finement et qui les a jeté dans le chaudron avant que ne je puisse l'en empêcher !

- Ah te plains pas, rouspéta Ron, moi je me suis coltiné Malefoy ! Il n'a pas arrêté de me provoquer sur ma famille tout en m'empêchant de faire la moindre chose. Et quand il s'est trompé, il a dit à Rogue que j'avais volontairement jeté un mauvais ingrédient dans le chaudron. Heureusement que Neville a fait sauter son chaudron a ce moment là, parce que sinon mon compte était bon !

- Il ne l'a pas cru une seconde, jugea bon de préciser Harry. Sinon tu l'aurais sentit passer, ce n'est pas le chaudron de Neville qui lui aurait fait oublier ça !

- Et Neville n'a pas fait sauter son chaudron, Ron, tu exagères, il l'a fait siffler c'est tout !

- Vu comme Rogue s'est empressé de réparer les dégâts, ce n'était qu'une question de seconde ! Et toi vieux ? Ça s'est passé comment avec Zabini ?

- Bien. Il m'a guidé et il s'est chargé des parties difficiles. On n'a pas parlé sauf pour la potion.

- Oui pour un Serpentard, il est correct, conclut Ron.

Ils étaient arrivés devant l'enclos où Hagrid donnait cours. Hermione, Ron et Harry échangèrent un regard inquiet, connaissant la tendance d'Hagrid de prendre de dangereuses créatures pour d'innocentes peluches, mais leur inquiétude était sans fondement.

- Bonjour les enfants, commença le garde chasse sans attendre les Serpentards qui se renfrognèrent, pour ce dernier cours de l'année j'ai pensé que nous pouvions étudier les Ethonan. Quelqu'un peut me dire ce que c'est, avant que nous allions les voir ? Oui Hermione ?

- Les Ethonan sont une race de chevaux ailés. Ils sont plus courants en Grande Bretagne que leurs cousins, les Abraxans que l'on trouve plutôt en Europe de l'Est. Ils sont réputés pour être très fidèles, très affectueux et adorent le contact des humains.

- C'est parfait. 10 points pour Gryffondor. Allons les voir.

Les élèves lui emboîtèrent le pas, ravis, se demandant s'ils pourraient monter sur les magnifiques montures.

 

***

 

Severus regarda l'heure pour la cinquième fois de la soirée. Peut-être aurait-il dû déroger à ses principes et demander à Rusard de surveiller la retenue de Nelson Torrent mais il n'aimait pas s'en remettre au vieux concierge. Il gardait toujours les élèves soit trop longtemps, ne les laissant partir qu'après minuit, soit trop peu, les relâchant au bout d'une heure à peine parce qu'il en avait marre de les surveiller. Severus préférait donc de loin s'occuper de ses retenues lui-même. Encore une heure, décida-t-il en jetant un regard acéré vers l'adolescent qui récurait les chaudrons.
Quand l'horloge sonna 22h, nul n'aurait pu dire qui, de l'élève ou du professeur, était le plus soulagé que la retenue soit finie. Severus chassa l'adolescent d'un vague geste de la main et prit enfin le chemin des cachots.
Il n'était qu'à mi-chemin quand il vit Dumbledore arriver dans le sens inverse. Il eut une envie puérile de faire demi-tour et de se cacher dans un recoin en espérant que son supérieur ne l'ait pas vu.

- Ah Severus, s'exclama le vieil homme.

Trop tard. Il leva discrètement les yeux au ciel en voyant Albus hâter le pas vers lui comme s'il ne l'avait pas vu depuis des semaines.

- Alors Severus ? Une nouvelle retenue à surveiller ?

- Que voulez-vous Albus ?

- Avez-vous parlé à Harry ? Soupira le directeur.

- Pas encore, Albus. Je pensais avoir une conversation avec Dementia d'abord. Contrairement à elle, Harry est entouré et soutenu. Je pense qu'il sera plus à même d'accepter une conversation lorsque nous serons rentrés au manoir pour les vacances d'été.

- Bien bien... Faites comme vous le sentez... suivez votre instinct, il est en général assez sûr. Mais je pense que vous ne devriez pas tarder à parler avec Harry...

- Bonne nuit Albus.

Il contourna le directeur et accéléra le pas vers ses appartements, ne laissant pas le temps à Albus de dire quoi que ce soit. Ce vieux fou était si habitué à manipuler tout le monde qu'il ne pouvait s'empêcher de tenter de contrôler tous les aspects de la vie de ses subordonnés.

Il ne tarda pas à passer la porte de ses appartements. Il jeta un coup d'œil sceptique sur la porte, toujours fermée, de Dementia et après une hésitation, il traversa le salon et alla frapper quelques coups. Pas de réponses. Il n'insista pas. Rien d'étonnant, Demi avait toujours été une vraie marmotte.
Il retraversa le salon dans l'autre sens, prenant un traité de potion sur son bureau au passage, et s'engouffra dans sa chambre, bien décidé à faire le pied de grue dès la première heure le lendemain matin devant la chambre de la jeune femme jusqu'à ce qu'elle se décide à sortir de la pièce pour se rendre aux toilettes.

 

***

 

- Je vais me coucher !

- Il n'est que 21h ! protesta Hermione.

- J'ai sommeil, répondit sobrement Harry avant de monter quatre à quatre l'escalier menant à son dortoir.

Hermione le suivit du regard, les sourcils froncés.

- Ron...

- Je sais.

Elle tourna son regard noir vers lui et il esquissa un sourire penaud.

- Je suis inquiet aussi.

Hermione lui retourna son sourire.

- Il n'arrive pas à remonter la pente...

- C'est encore un peu tôt, Mione, il a perdu son père... ou presque.

- Il a toujours son père... techniquement...

- Franchement Hermione, entre Rogue et Sirius...

- Oui bon d'accord... mais je ne sais pas comment aider Harry, je ne suis même pas sûre qu'on puisse l'aider... mais peut être que le professeur Rogue pourrait l'aider... je ne sais pas... Je ne sais plus...et en plus j'ai froid, déclara Hermione en se penchant pour saisir un plaid au couleur de sa maison.

Au moment où elle voulut attraper la couverture, elle rencontra la main de Ron qui avait eu la même idée qu'elle et qui avait tendu la main pour attraper le même plaid dans l'intention de le lui donner.

Ils lâchèrent tous deux l'étoffe en s'empourprant. Hermione détourna les yeux. Ron se ressaisit et prit le plaid avant de le déplier et de le lui tendre.
- Merci, murmura la jeune fille en s'enroulant dans la couverture.

- De rien. Je... Je devrais peut-être monter rejoindre Harry. Je n'aime pas le laisser seul, même si on ne parle pas.

- Oui tu as raison, et moi j'ai un livre à finir...

Les deux adolescents se marmonnèrent un « bonne nuit » sans toutefois oser se regarder et s'enfuirent chacun de leur coté sans demander leur reste.

 

***

 

Harry ouvrit les yeux et la première chose qu'il constata fut l'absence de lumière. Il attrapa ses lunettes et sa montre et regarda l'heure : 5h. Il grimaça. Il ne s'était jamais réveillé aussi tôt un samedi matin, pas même chez les Dursley. Il n'y avait pas le moindre bruit dans la tour, hormis les ronflements étouffés de Seamus.
Il tenta de refermer les yeux, de se rendormir, en vain.
Il finit par se lever et alla prendre une douche rapide avant de passer un jean et un T-shirt. Il descendit rapidement les escaliers et sortit de la salle commune.
Il était bien trop tôt pour que le petit déjeuner soit servi à la grande salle aussi prit-il immédiatement la direction des cachots.
Il rasa les murs, espérant ne pas croiser Rusard ou Ombrage, les élèves n'étant pas censés se trouver hors des dortoirs avant 6h30. Il donna rapidement le mot de passe au portrait après avoir réveillé son occupant qui le fusilla du regard.
Il tapa à la porte de sa sœur, doucement, pour ne pas risquer de réveiller son père qui dormait de l'autre coté du salon.

- Demi, chuchota-t-il, tu dors ?

Aucune réponse.

- Demi ? Je suis désolé, gémit-il, la gorge serrée. Je suis tellement désolé. Je te demande pardon. Demi, s'il te plait...

La porte resta hermétiquement close malgré ses supplications. Sentant les larmes sur le point de couler et sachant que s'il se mettait à pleurer il ne pourrait que réveiller son père, il tourna les talons et sortit précipitamment des quartiers paternels.

Il n'avait aucune envie de retourner dans la tour mais rester dans le château multipliait les risques de se faire prendre et de s'attirer de nouveaux ennuis.
Avec un soupir, Harry se glissa par l'entrebâillement de la grande porte et se retrouva dans le parc. Il se dirigea vers la cabane de Hagrid, sachant que le demi-géant, même s'il devait le réveiller serait enchanté de le voir.
En arrivant à proximité de la cabane, il vit de la lumière à travers la fenêtre. Soulagé malgré tout de ne pas avoir à réveiller son ami, il tapa à la porte.
Celle-ci s'ouvrit aussitôt et Hagrid haussa les sourcils avec surprise.

- Harry ? Qu'est ce que tu fais dehors en pleine nuit ? Entre vite, tu vas geler ! Les nuits sont encore fraiches !

Il s'effaça pour laisser entrer l'adolescent qui se disait que le garde chasse était le roi de l'euphémisme. « Fraiche » ? Glaciale aurait été un mot plus approprié.

- Le professeur Rogue sait que tu te promènes dehors en pleine nuit ? demanda Hagrid d'un air inquiet.

- Je viens de me lever, assura Harry, et je suis venu directement ici, je n'arrivais plus à dormir.

- Bon, dans ce cas... grommela le géant, allez, tu veux boire quelque chose ? J'ai du thé, de la bierreaubeurre et je peux faire du chocolat.

- Du chocolat ?

- Vendu !

Hagrid sortit d'un placard un paquet de gâteaux et le posa sur la table.

- Je n'ai pas encore eu le temps de faire une fournée mais j'ai acheté ceux là. Je les aime bien mais je ne connais pas la recette. Ça ne vaut pas une fournée maison, cela dit.

- Pas grave, s'empressa de le rassurer Harry, cachant son soulagement de ne pas devoir subir la cuisine de son ami, ça m'ira très bien, merci Hagrid.

Hagrid posa une grande tasse de chocolat chaud devant lui et l'adolescent commença à déjeuner en silence. Au bout d'un quart d'heure, le garde chasse, qui voyait bien à quel point le jeune homme était abattu, tenta une approche.

- Tu... hem... tu vas à Pré-au-lard aujourd'hui ? Il y a bien une dernière sortie de prévue ?

- Oui, il y en a une, mais je ne sais pas si je vais y aller.

- Pourquoi pas ? Tu devrais aller faire une provision de friandises avant la fin de l'année, je ne pense pas que le professeur Rogue te laissera y retourner pour ça. Je t'en enverrai pendant l'été mais...

- Vous n'êtes pas obligé Hagrid...

- Ah mais j'en ai envie, Harry. Et je vais à Pré-au-lard cette après midi. On pourrait aller boire une bierreaubeurre avec Ron et Hermione. Vers 15h ?

- Si vous voulez. Ok.

Hagrid n'insista pas. La réponse d'Harry lui signifiait que l'adolescent sortirait du château. Cela lui suffisait.

- Quelle heure est-il ? demanda Harry. J'ai oublié ma montre dans le dortoir.

- Il est... 7h10. Tu ne veux pas essayer de dormir un peu ?

- Non merci. J'ai prit un livre sur le quidditch. Je vais aller m'installer au bord du lac pour lire.

- Bien...c'est bien... On se voit à Pré-au-lard à 15h, alors ? J'ai certaines choses à faire avant.

- 15h. Ça marche ! Merci pour le petit déjeuner Hagrid !

Hagrid lui sourit en réponse et Harry sortit dans le parc. Le soleil s'était levé, et, s'il faisait encore frais, l'air s'était réchauffé. On pouvait compter sur une belle journée ensoleillée.
Harry se dirigea vers le lac et s'installa dans un coin isolé. Un tentacule soupçonneux sortit brièvement de l'eau et Harry craignit un instant que Iris, comme s'appelait apparemment la femelle calamar d'après certains elfes de maison, n'aie la rancune tenace et ne le vire des abords du lac. Mais la créature se contenta de se laisser dériver vers le centre du lac. Appuyé contre le tronc d'un arbre massif, Harry s'absorba dans la lecture de son livre pendant près d'une heure.
Il finit toutefois par refermer l'ouvrage et resta perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur un point invisible du lac, pensant et repensant aux actions qu'il aurait pu faire ou ne pas faire pour que Sirius soit encore parmi eux.
Au bout d'un long moment, il entendit des pas sur l'herbe. Il jeta un coup d'œil discret dans la direction du bruit et vit Ron et Hermione approcher. Ron avait en main la carte du maraudeur. Il pointa sa baguette sur la carte et murmura quelques mots avant de la ranger dans sa poche.
Hermione arriva la première près de lui. Elle s'assit à ses cotés sans rien dire. Ron lui, s'installa sur le rocher derrière eux, à droite de l'arbre contre lequel était adossé Harry. Au bout de quelques secondes de silence, l'adolescent passa un bras autour des épaules d'Hermione et se décala légèrement pour sentir la jambe de Ron contre son dos.
Ils restèrent silencieux. Harry de nouveau perdu dans ses pensées, Ron et Hermione lui apportant leur présence réconfortante et silencieuse.

Aux alentours de 9h30, Hermione demanda d'une voix douce.

- On va à Pré-au-lard ? C'est la dernière sortie. Je voudrais faire le plein pour l'été.

- Oui, acquiesça Harry après un moment de silence, allons-y. Et Hagrid nous attendra à 15h aux trois balais pour boire un verre.

Ron se leva et tendit la main à Harry qui s'en saisit pour se relever et relever Hermione avec lui. Il ne fit pas attention au rougissement d'Hermione lorsque celle-ci, emportée par l'élan, se rattrapa au bras de Ron pour ne pas tomber. Il ne vit pas d'avantage l'air gêné et empoté qu'afficha son meilleur ami.

Discutant de tout et de rien, mais à voix basse, comme pour ne pas briser la quiétude des lieux, le trio prit la direction du village.

 

***


Severus abaissa son journal et jeta un coup d'œil agacé vers la porte de la chambre de Demi. Cette gamine avait toujours eu une vessie d'une taille microscopique et là, alors qu'il voulait lui parler, elle passait plusieurs heures sans se faufiler au petit coin ?

Il reprit sa lecture en se traitant mentalement de lâche. Cela faisait plus de trois heures qu'il était assis dans un fauteuil, en face de la porte de Demi et qu'il attendait. Il se trouvait plein d'excellentes excuses pour ne pas se lever et aller assener quelques coups bien sentis dans le cadre de bois en ordonnant à son obstinée de fille de sortir immédiatement si elle ne voulait pas qu'il défonce la porte, ou pire, qu'il envoie chercher Isabelle !
La vérité était qu'il reculait le moment de se trouver face à la jeune femme. S'il n'avait pas terrorisé Harry pour une broutille, peut être que l'adolescent serait venu le trouver et que tout ceci aurait pu être évité.
Et puis que pouvait-il bien lui dire. Il n'avait jamais aimé Black. Ce type était un vrai poison ! Il pouvait faire l'effort de compatir au chagrin d'Harry sans trop de difficulté. Mais comment pouvait il faire semblant d'être désolé que ce... ce... ce pervers ne soit plus là pour mettre ses sales pattes d'échappé d'Azkaban sur sa petite fille ? Il avait 20 ans de plus qu'elle bon sang ! Ou presque ! Qu'est ce qu'il lui était passé dans la caboche ?
Il eut une grimace en imaginant très bien ce qui avait dû lui passer par la tête... Bellatrix était peut être folle mais elle avait un corps magnifique et Dementia avait hérité de sa mère sur ce sujet là. Elle avait également les traits aristocratiques de Narcissa et ses yeux noirs à lui, seuls de ses traits qu'il appréciait.
D'accord... sa fille était belle...elle attirait le regard des hommes... mais ils pouvaient tout aussi bien l'admirer de loin non ?

Il caressa un instant l'idée de lui faire boire une forte potion de sommeil et de l'enfermer dans une chape de glace, loin des esprits mal tournés des jeunes premiers sur le retour !

Il se secoua, chassant ces pensées de son esprit, sachant pertinemment que s'il n'en laissait échapper qu'une, Demi le mettrait en pièce.

Il se leva et d'un pas décidé traversa le salon. Avant que son courage ne faiblisse, il tapa fermement à la porte.
Pas de réponse.
Il frappa une seconde fois, plus fort.
Toujours rien.
Fronçant les sourcils, il frappa à nouveau, encore plus fort, manquant de meurtrir sa main.

- Dementia Narcissa Rogue ! Je t'ordonne d'ouvrir cette porte, tu entends ? Je ne plaisante pas ! Je te préviens si tu n'as pas ouvert d'ici deux minutes, je la fais sauter, et tu passeras le reste de l'année sans porte !

Seul le silence lui répondit.
Il sortit sa baguette, maintenant furieux, quand un toussotement derrière lui l'interrompit.
Il se retourna vers l'origine du bruit, et avisa le maître des potions peint qui avait un air gêné qu'il ne lui connaissait pas.

- Qui a-t-il Paracelse ?

- Et bien, cela ne me regarde en rien et je me serais bien gardé d'intervenir mais...

- Mais... insista Rogue, agacé.

- Mais, continua le portrait en désignant la porte de la chambre, ce n'est pas qu'elle refuse de répondre... c'est qu'elle n'est pas là...

- Quoi ? S'énerva Severus. Vous me voyez attendre depuis des heures et c'est maintenant que vous m'informez qu'elle est sortie ? Il y a longtemps ?

- Je dirais qu'elle est partie depuis environ trente-quatre heures... Elle a prit une cape...

Severus inspira profondément et se pinça l'arrête du nez pour ne pas exploser et lancer un sort funeste sur le tableau.

- Donc vous êtes en train de me dire que ma fille a quitté les lieux avant-hier soir aux alentours de 19h et qu'elle n'a pas reparu depuis.

- Je n'ai pas vu son elfe non plus, rajouta le portrait avant de passer brusquement dans son autre tableau, de l'autre coté du passage.

Rogue n'insista pas. Sans plus aucune hésitation, il leva sa baguette et lança un alohomora sur la porte de la chambre. Celle-ci, privée des protections supplémentaires que lui avait appliquées Dementia, s'ouvrit immédiatement.

Severus embrassa du regard la spacieuse pièce parfaitement rangée. Le lit était fait. Aucun vêtement ne traînait sur le fauteuil ou le dossier de la chaise de bureau. Mais ce fut l'absence de produits de beauté sur le bureau qui attira l'œil du Serpentard. Dementia avait toujours eu tendance à entreposer des crèmes, parfum et autres fioles au milieu des parchemins et livres.

Il s'approcha du meuble et ouvrit les différents tiroirs, sachant d'avance qu'il les trouverait vides.

Il avisa des morceaux de papiers au sol et se pencha pour les ramasser. A l'évidence, il s'agissait de morceaux de lettre qui avaient dû rater la corbeille à papier, à présent vide.
Son cœur rata un battement quand il reconnu l'écriture fine de Bellatrix.

- Rejoindre... Isa...protéger...sur la conscience...intelligente...

Il eut un froncement de sourcil. Saleté de bonne femme se dit-il, s'il pouvait la tenir au bout de sa baguette...
Il avisa un bloc note moldu sur le bureau au milieu de livres visiblement empruntés à la bibliothèque. De toute évidence, Demi avait écrit sous l'emprise du chagrin ou de la colère, son stylo moldu avait presque transpercé le papier et les mots étaient visibles par endroits, imprimé dans la trame.
Il s'approcha de la fenêtre et tenta de déchiffrer les quelques mots qui apparaissaient. Il arriva sans peine à lire la date. Il fut étonné de voir que la lettre remontait à plusieurs semaines, bien avant le fiasco du ministère.
Il fut tenté de reposer le bloc sans chercher plus loin, rien de ce qui était déchiffrable ici ne pourrait lui indiquer où était sa fille.
Mais la curiosité l'emporta. Il plissa les yeux, regrettant que la totalité de la lettre ne se soit pas imprimé dans le bloc.

- Tante Nar...

Ainsi, malgré ses mises en garde, cette insupportable gamine avait gardé contact avec les Malefoy. Il n'en était même pas étonné.

- M'est égal... plus rien à perdre... France... Quitter l'Angleterre...mourrais si je le perds...

Il soupira. Dementia semblait bien plus éprise de Black qu'il ne l'aurait imaginé. Ainsi elle prévoyait de quitter le pays. Pensait-elle réellement pouvoir empêcher l'animagus de se battre ? Le convaincre de fuir ?
Il secoua la tête, tout cela n'avait plus d'importance à présent. Mais cela lui donnait une petite idée de la destination de sa fille. Elle venait de perdre son fiancé (il grimaça à cette idée), Bellatrix avait apparemment menacé Isabelle et la jeune fille semblait prévoir son retour en France depuis un certain temps.
Il semblait évident qu'elle soit retournée dans le giron maternel. À la fois pour prévenir sa mère adoptive du danger qu'elle courait et pour trouver du réconfort devant la perte qui la frappait.
Il songea qu'elle aurait pu prendre la peine de lui laisser un mot, à défaut de le prévenir de vive voix.
Il se dirigea d'un pas assuré vers la cheminée, bien décidé à avoir la conversation prévue avec sa progéniture, quand bien même il devrait le faire par cheminée interposée.

Il prit une poignée de poudre de cheminette et s'agenouilla devant l'âtre pour rallumer le feu éteint depuis longtemps.
Son regard fut soudain attiré par un morceau de parchemin racorni. Il tendit le bras et dégagea le papier des cendres. Ce faisant il en dégagea un autre. Il put voir d'autres morceaux, mais ceux-ci était trop brûlés pour pouvoir y déceler quoi que ce soit.
Cela ne fut pas utile. Son regard se posa sur les deux morceaux intacts et aussitôt il blêmit alors que les mots ‘rendez-vous' et ‘bon choix', tracés de l'écriture aristocratique de Bellatrix lui sautèrent aux yeux.

- Oh Merlin... Merlin...non...

 

***

 

Demi ouvrit un œil agacé et se releva légèrement de l'immense lit à baldaquin où elle s'était enfouie sous une dizaine de couvertures.
Les coups se firent entendre de nouveaux à la porte.
Elle chercha des yeux quelque chose d'assez lourd à lancer contre le panneau de bois afin de signifier son mécontentement à être dérangée mais elle dû se rendre à l'évidence : elle avait déjà tout jeté.

- Quoi ? aboya-t-elle.

- Dementia ? laisse moi entrer...

La voix de sa mère. Encore. Apparemment les quinze premières fois ne lui avait pas suffit.

- Fiche le camp !

- Dementia...

- Va nager avec les strangulots !

Elle entendit parfaitement le soupir mi-résigné, mi-exaspéré de sa mère. Sa mère... Les photos de son procès ne lui rendaient pas justice. Elle était belle. D'une beauté froide, pas comme Isa qui personnifiait la maman gâteau aussi bien que Mme Weasley, mais d'une beauté plus animée que Narcissa.
Narcissa était lisse... sans aucun défaut. Bellatrix avait un visage un peu trop émacié et des yeux un peu trop grands, mais elle était belle.
Et diabolique aussi ! Mais ça c'était une autre histoire.

- Dementia...chérie...

- Ne m'appelle pas chérie !

Autre soupir.

- Dementia...

- Va-t-en ! Tu n'as pas le fiancé de quelqu'un d'autre à aller tuer ? Je ne veux pas te parler ! Et en plus j'ai froid !

Dementia entendit un coup contre la porte et comprit que sa mère avait donné un coup pour évacuer sa frustration. Il lui sembla vaguement qu'elle ne devait pas énerver la mangemort car quelqu'un en souffrirait. Elle secoua la tête pour chasser cette idée et replongea sous ses couvertures.

- Je vais te faire porter une autre couverture... entendit-elle vaguement avant de se rendormir.

 

***

 

- Quoi encore !

- Dementia c'est Rodolphus. Ouvre cette porte.

- Va faire une bise aux détraqueurs de ma part !

- Tu inquiètes ta mère !

- Tant mieux !

Que croyait-il ? Qu'il lui suffisait de prendre une grosse voix ? Ou de la faire culpabiliser ? Son père avait essayé avant lui ! Son père... Elle ne l'avait pas vu depuis... Elle secoua la tête pour s'éclaircir les idées...en vain. Elle ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois qu'elle avait vu son père. Il avait refusé de la revoir quand elle s'était enfuie avec Jason. Et ensuite... elle avait divorcé... et... il y avait eu Marc... mais il n'avait pas assisté au mariage. Ou peut être que si mais il avait râlé... Elle ne savait plus. Et puis Marc était mort... Jason aussi... comment étaient-ils morts ? Elle était si fatiguée...

- Laisse-moi tranquille ! Cria-t-elle.

Rodolphus n'insista pas.

Sans surprise, moins d'une demi-heure plus tard, ce fut Narcissa qui se présenta devant sa porte.
Dementia fut moins sèche avec elle mais ne lui ouvrit pas la porte pour autant, l'accusant d'être envoyée par Bellatrix, ce qui était vrai.
Après le départ de la blonde aristocrate, le silence retomba enfin sur la chambre.
Dementia fit signe à Alima de la rejoindre, et, pelotonnée contre la petite elfe, elle se rendormit une fois de plus.

 

***

 

- Que veux-tu Bellatrix ? demanda distraitement Voldemort, plongé dans la lecture d'un parchemin.

- Je me demandais...

- Oui ?

- Cela vous déplait-il que Dementia n'assiste à aucune réunion ?

- Ta fille ne fait pas partie de mes soldats, Bellatrix. Narcissa n'assiste pas non plus aux réunions.

- Oui mais...peut-être...

- Je n'ai pas l'intention de lui ordonner de sortir de cette chambre.

- Oh ?

- L'essentiel est fait. Elle nous a rejoint. C'est une décision capitale qu'elle a su prendre en femme accomplie. Tu peux être fière de ta fille. Elle se mêlera à nous dès qu'elle se sentira prête. Je n'interviendrai pas. Cela ne me serait d'aucune utilité pour le moment.

- Bien Maître.

- Cela dit, je ne m'opposerais pas non plus à ta décision si tu choisis de faire exploser cette porte une bonne fois pour toute.

Bellatrix s'inclina devant son maître et se retira. Le message était clair. Voldemort n'était pas intéressé par la situation et la laissait agir à sa guise, en d'autre terme, se débrouiller avec sa fille.
Soupirant, la mangemort prit la direction des appartements de sa sœur, qui résidait au manoir de Little Hangleton depuis l'attaque.

 

***

 

Demi se réveilla et constata aussitôt que le soir tombait. Alima s'était levée, et conformément aux souhaits de sa maitresse, elle n'avait ouvert les lourdes tentures de velours verts que lorsque la lumière naturelle avait été suffisamment tamisée. Pas qu'un soleil éclatant puisse la déranger, le manoir était plongé en permanence dans une sorte de brume due aux nombreux sortilèges de magie noire qui en protégeaient l'accès.

Demi se leva prudemment. Ses jambes étaient engourdies et son corps affaiblie par plusieurs jours de jeûne. Alima arrivait en général à lui faire manger et boire un peu de salade et quelques verres d'eau mais son estomac se révulsait dès qu'elle tentait des plats plus consistants.

Sa tête lui semblait lourde, comme si elle portait un casque de plomb. Depuis combien de temps était-elle là ? Elle ne savait plus... et à vrai dire, elle se fichait bien de le savoir.

 

***

 

- Elle a envoyé balader Rodolphus.

- Elle a dû lui adresser trois mots depuis qu'elle est née, tu espérais qu'elle l'accueille à bras ouverts ?

- Ne soit pas moqueuse Cissy !

Lucius leva discrètement les yeux au ciel en entendant sa belle sœur se plaindre. Et Demi refuse de me parler, et elle refuse de me voir, et elle ne sort pas de sa chambre... Bon sang, cette petite avait perdu son fiancé depuis seulement quelques semaines. Ne pouvait-elle pas la laisser en paix ?
Il admirait Narcissa d'écouter patiemment les récriminations de sa sœur sans montrer le moindre agacement.

- Le pire, c'est qu'elle refuse même de me voir, répéta encore une fois Bellatrix. Elle refuse même de m'ouvrir la porte. Si seulement je l'avais élevée ! Si Severus ne l'avait pas envoyée Salazar sais où !

- Oh pour l'amour de Merlin Bella ! S'énerva soudain la belle blonde, faisant sursauter son ainée et s'attirant un coup d'œil admiratif de son époux. Où l'aurais-tu élevée ? Tu aurais monté une pouponnière à Azkaban ? Severus n'a éloigné Dementia qu'après ton incarcération. Il était seul et si jeune, qu'aurait-il pu bien faire avec une gamine de cet âge ?

- Il aurait pu te la confier !

- Je m'en sortais à peine avec Draco et Lucius passait ses journées et ses nuits au ministère pour t'éviter le baiser du détraqueur ! Et puis le problème n'est pas là et tu le sais parfaitement alors cesse de te conduire en petite fille gâtée, père n'est plus là pour céder à tes caprices !

Le choc rendit Bellatrix muette, tandis qu'elle regardait son impassible, naïve et effacée petite sœur se transformer en harpie. Dans son fauteuil, Lucius aurait volontiers applaudit son épouse des deux mains, s'il n'avait craint de se prendre un Doloris de plein fouet.

- Le problème ne vient pas de son éducation. Demi ne t'en veux ni pour ton absence, ni pour ton engagement. Même si je l'avais élevée, dans la même situation, elle t'en voudrait tout autant...

- Éclaire-moi, grogna Bella.

- Flute ! s'exclama la blonde, ce qui représentait le pire juron qu'elle se permettait de prononcer. TU. AS. TUÉ. SON. FIANCÉ. Articula-t-elle comme si elle s'adressait à une retardée.

- Ce traitre...

- Bella, cesse de faire semblant de ne pas comprendre. Elle l'aimait. Elle voulait l'épouser. Et tu l'as tué ! Et tu te demandes encore pourquoi elle refuse de te voir ?

Bellatrix rumina ces paroles quelques instants.

- Ce n'est même pas lui que je visais !

Narcissa se tourna brusquement vers elle.

- Pardon ?

- Je visais cette idiote de sang mêlée qu'à engendrée Andromeda ! Et il a voulu jouer au héros évidemment ! Un parfait Gryffondor ! Il s'est prit l'avada que je destinais à cette petite garce.

- C'était un accident ? demanda Narcissa, sans s'arrêter au fait que sa sœur avait cherché à tuer leur nièce.

- On peut dire ça oui. Et puis Merlin, c'était une bataille ! Un combat ! Il n'aurait pas hésité lui !

Narcissa ne releva pas mais elle était sûre que Sirius se serait contenté d'un Stupefix ou d'un Incarcerem. Elle échangea un regard avec Lucius qui hocha imperceptiblement la tête.

- Bon. Va faire ce que tu as à faire ou je ne sais quoi. Je vais essayer de parler de nouveau avec Demi, soupira-t-elle.

 

***

 

Dementia jeta un regard noir à la porte de sa chambre avant de replonger à l'abri de ses couvertures, ignorant volontairement les coups frappés. Elle en avait plus que marre de hurler à tout un chacun de ficher le camp. Elle avait décidé de leur opposer dès à présent un parfait silence.
Les coups s'intensifièrent et elle redressa légèrement la tête, les sourcils froncés, incapable de se rendormir, se mordant la langue pour ne pas céder et tenir la promesse qu'elle s'était faite à elle-même.
Au bout de quelques minutes, les coups cessèrent. Elle esquissa un sourire satisfait et replongea la tête dans l'oreiller.

Quelques secondes plus tard, elle sursautait violement tandis que sa porte explosait littéralement sous un Bombarda lancé sans aucune hésitation par son visiteur.
Elle se redressa en position assise, fusillant du regard l'intrus, qui, sans paraître le moins impressionné du monde, s'approcha pour lui arracher ses couvertures qu'il lança à l'autre bout de la pièce.
Bien que vêtue d'un pantalon noir et d'un épais pull over rouge foncé appartenant à Sirius, Demi poussa un cri outré et croisa les bras sur sa poitrine d'un geste protecteur.

- Tu es fou ? J'aurais pu être toute nue !

- Oh ça suffit cette comédie, gronda l'homme. Tu as mis mon bureau à sac pendant des années en te baladant en petite culotte dans tout le manoir. Alors baisse d'un ton si tu ne veux pas que ma canne rencontre une partie de ton anatomie d'une manière qui ne te plaira définitivement pas !

Dementia en resta la bouche ouverte pendant quelques secondes avant d'éclater en sanglots. Lucius soupira et s'assit au bord du lit, attirant la jeune femme contre lui.

- Allons bon, ce ne sont quand même pas mes menaces en l'air qui te font cet effet là ?

Dementia émit un bruit à mi-chemin entre le sanglot et le rire étranglé.
Lucius caressa ses longs cheveux noirs en s'adossant à la tête de lit.

- Si ta mère nous trouve dans cette position, je ne donne pas cher de ma peau, murmura-t-il.

Aussitôt, il sentit sa nièce se tendre.

- Demi...

- Je ne veux pas parler d'elle, se braqua aussitôt la jeune femme.

- Et pourtant tu es ici...

- Oui parce que... euh... parce que ...

Lucius haussa un sourcil mi-interrogateur, mi-moqueur et Dementia prit aussitôt un air penaud.

- Ben je sais plus, admit-elle.

- Demi, c'était un accident.

La jeune femme se détacha de lui brusquement et le dévisagea.

- Dans le feu de la bataille, expliqua patiemment le mangemort. Ce n'était pas lui qu'elle visait. Elle a été aussi surprise que possible. Il a poussé quelqu'un de la trajectoire du sort. Elle n'aurait jamais jeté un sort mortel sur lui, même si elle le détestait.

- Qu'est ce qui aurait pu l'en empêcher ?

- Toi.

Lucius se leva élégamment et répara la porte d'un mouvement souple de la baguette.

- Tu ne peux pas t'enterrer dans cette chambre comme dans un tombeau. Tu fais du mal à ta mère. Tu te fais du mal. Elle n'a jamais voulu te faire souffrir Demi.

Il vérifia que la porte était solidement remise en place et avant de sortir il se tourna une dernière fois vers elle :

- Penses-y...

 

***

 

Rodolphus et Bellatrix regagnaient leur chambre après une réunion informelle un peu tardive. Passant devant la chambre de sa fille, Bellatrix hésita.
Rodolphus s'arrêta en constatant que son épouse ne le suivait plus.

- Trésor ?

- Je crois que je vais refaire une tentative, marmonna Bella. Part devant, je te rejoins plus tard.

Rodolphus haussa les épaules et continua sa route sans un mot.
Bellatrix frappa à la porte comme elle le faisait inlassablement depuis deux jours.

- Dementia ?

Sans surprise, elle n'obtient aucune réponse. Elle frappa à nouveau, se disant qu'elle n'insisterait pas trop longtemps, afin d'éviter de braquer la jeune femme plus qu'elle ne l'était déjà.

- Chérie ? C'est maman.

Brillant Bella, se dit-elle. Comme si elle ne t'avait pas reconnu !
Elle eut un soupir découragé en tapant une dernière fois.

Cette fois, elle entendit un bruit à l'intérieur.
La poignée de la porte tourna et le battant s'entrouvrit, révélant le visage pâle et amaigrit de Dementia.

- Entre...

 

 

Commentaires (7)

1. stormtrooper2 03/02/2010

coucou,

hou là Séverus découvre que Démi est allée rejoindre sa mère chez voldemort et qu'il n'a pas eu le temps de lui parler
il va s'en vouloir pour ça et j'espère que sa mauvaise humeur ne va pas se reporter sur Harry

quand à Harry il déprime ça c'est sur et je ne croit pas qu'il soit prêt à se confier à qui que ce soit
il aimerait parler à sa soeur car il se sent coupable pour la mort de Sirius et d('autant plus qu'il savait qu'il sortait avec Démi et qu'il voulait se marier avec elle

j'ai trop hâte de lire la suite

à bientôt

2. Mary (maloupitou) 03/02/2010

Non, elle va pas la faire entrer quand même !!!! Oh c'est Demi, elle est intelligente elle va pas tomber là dedans ! Encore écouter Lucius et Narcissa ça passe mais redonner une chance à sa criminelle de mère ???

Bon super chapitre comme d'habitude, l'attente va être longuejusqu'au prochain chapitre ....

Bisous

3. marie-claire 03/02/2010

Ce chapitre est triste. Surtout pour Démi. Ah, la fin de ton chapitre me met dans tous mes états.
Je me demande aussi comment va réagir Severus surtout j'ai peur que Dumbledore fasse de Démi son nouvel espion.

4. brigitte 04/02/2010

ben alors ca tu ferais de bellatrix quelqu'un de presque humain mais je ne trouve pas que de laisser Demi dans cet endroit soit quand même une bonne chose rentre la vite a poudlard parce que d'une part son frère en a bien besoin et ensuite quoi qu'il en dise son père aussi

bizzzzzzzz

5. roguinou-hermione 04/02/2010

j'ai encore adorer se chapitre
harry serrais mieux si il pouvais enfin parler a sa soeur
c'était qu'un accident
en tous cas hâte de lire la suite =)
bisouux

6. RogueMaster 11/02/2010

Coucou ! Voilà un chapitre fort intéressant !! Je suis désolée de ne pas avoir laissé de commentaire plus tôt, je dois avouer que j'ai déjà lu ce chapitre il y a plusieurs jours mais je n'avais pas le temps sur le coup de laisser un message (tu sais c'est genre je suis au boulot je vais faire un tour sur le site de mon auteur de potterfic préféré discrètement et comme je suis pas censé être sur internet je me sauve dès que j'ai lu la dernière ligne mdr). Bref ! C'est pas ça qui t'intéresse le plus mais surtout ce que j'ai pensé du chapitre.

Comme toujours - et sans créativité - j'ai adoré ! J'ai beaucoup aimé que tu t'attardes un peu plus sur Harry et ce qu'il ressent ^^ ! J'aime beaucoup Demi et je trouve que tout ton personnage est excellent mais Harry reste mon "pti chouchou" ^^. Le pauvre culpabilise un maximum pour la mort de Sirius et on peut comprendre pourquoi même s'il n'est pas pour autant responsable. Il pense que Demi est en colère après lui mais c'est évident que non lol ^^. Quant-à la disparition de Demi de sa chambre ça je m'en doutait un petit peu lol ! C'est tout à fait son genre !!! Demi a l'air d'être maintenant dans une sacré situation et je me demande sincèrement comment tu vas faire pour arranger tout ça mdr !

Encore un excellent chapitre ! Vivement la suite, tu es bien plus ponctuelle que moi !!!

Bisous

7. Elisha 05/09/2010

Génial se chapitre Sélène!
Très bien écrit, comme toujours!
J'aime beaucoup la relation entre les Malefoy et Démi... =)
Au prochain chap'! ;-)

selene= merci merci! a mercredi

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