chapitre 02

Un quart d'heure avant l'heure du repas, Rogue descendit au salon, un livre à la main.
Il eut un mouvement de surprise en voyant Harry, assis sur un des fauteuils, fixant les flammes d'un air absent.

- Je ne pensais pas vivre assez vieux pour te voir être en avance, dit-il d'un ton moqueur.

Harry eut un léger sursaut mais ne répondit pas, détournant le regard. (Rogue eut toutefois le temps d'y lire un peu de peur.

« Parfait, pensa t il, ses menaces avaient eu l'impact désiré. La peur était un excellent aide mémoire. »

Kookie entra dans le salon, l'air épanoui. Le petit elfe de maison adorait les vacances durant lesquelles il avait plein de choses à faire. Il mit la table en un clin d'œil. Harry remarqua que celle-ci était dressée pour trois personnes mais il n'osa pas poser de question.
Rogue s'installa dans le second fauteuil et ouvrit son livre.
23h sonnèrent. Rogue continua à lire.
A 23h30, alors qu'Harry se faisait la réflexion qu'il était bien la peine de lui ordonner d'être au salon à 23h tapantes, Rogue ferma son livre d'un geste sec et se leva.

- Passons à table, dit il sévèrement

Harry déglutit avec difficulté en entendant le ton de Rogue. Se pouvait il qu'il ait capté ses pensées ?

- Dépêches-toi Harry ! Nous avons perdu suffisamment de temps !

Harry fronça les sourcils.

- Comme si c'était moi qui avait lu pendant trois quart d'heure, marmonna t il

Rogue leva les yeux sur lui.

- Je te demande pardon ?

Harry ne répondit pas. Rogue frappa violemment du plat de la main sur la table.

- J'attends une réponse ! Je ne tolèrerais pas l'insolence !

- Je n'ai pas été insolent ! s'énerva Harry, oubliant toute prudence, vous êtes injuste !

Rogue se leva lentement.

- Monte immédiatement dans ta chambre.

- Comme c'est pratique, cracha Harry

Rogue sembla un instant sur le point de se mettre à hurler, mais il reprit immédiatement contenance. Il se rassit pour entamer son repas.

- Tu vas te rendre dans ta chambre et méditer sur la raison qui va te conduire à recevoir une bonne correction.

Harry devint livide. Toute sa colère retomba immédiatement pour faire place à la peur.

- Quoi ?

- Tu m'as parfaitement compris

- Mais vous n'avez pas le droit !

- Oh, mais si. Je suis ton père, j'ai tous les droits ! Et je peux t'assurer qu'après ça, tu y réfléchiras à deux fois avant de me parler sur ce ton ! et maintenant monte !

Harry obéit, terrorisé. Il monta les escaliers et s'assit sur la dernière marche, incapable d'aller plus loin.
Il fondit en larmes. Il paniquait complètement.
Bien qu'il ait servi de punching ball à Dudley et sa bande pendant des années, il n'avait jamais reçu de réelle correction, de la part d'un adulte ayant autorité sur lui, contre qui il ne pouvait pas se défendre. La perspective d'en recevoir une de Rogue le terrifiait.

Il savait qu'il devait aller dans sa chambre, il savait qu'il aggravait son cas en restant assis ainsi sur les marches d'escalier, mais il ne pouvait pas rejoindre sa chambre en sachant ce qui l'y attendrait.

- Sirius, murmura t il

Si seulement il pouvait joindre son parrain...

Il entendit soudain la voix de Rogue. Celui-ci remerciait Kookie pour le repas et lui demandait de lui servir le café d'ici une vingtaine de minutes, ayant une chose à faire avant.

Harry se leva d'un bond, tremblant de peur. C'était lui la « chose à faire ».
Complètement paniqué, il ouvrit la porte de la chambre de gauche et s'engouffra à l'intérieur.

Ce n'est qu'une fois la porte refermée sur lui qu'il mesura la portée de son geste.
Il avait délibérément désobéit et il était dans la pièce interdite.

- Il va me massacrer, murmura t il

Quoi qu'il fasse, il aggraverait son cas. Et de toute façon, il ne pouvait plus faire marche arrière, il entendait déjà Rogue monter les escaliers. Il allait être fou furieux.
Quelques instants plus tard, la voix magiquement amplifiée de Rogue lui parvient.

- Harry, ton attitude est puérile. Tu viens d'aggraver ta punition ! Tu as cinq minutes pour revenir dans ta chambre. Si tu m'obliges à fouiller chaque pièce de ce manoir pour te remettre la main dessus, crois moi, tu le regretteras

Harry avala péniblement sa salive. Il savait qu'il aurait du obéir mais il ne pouvait pas.
Il réalisa que s'il restait planté comme ça, en face de la porte, Rogue n'aurait aucun mal à le trouver.
Il ouvrit la porte de gauche sans regarder autour de lui et resta bouche bée.
Il avait l'impression d'être entré dans l'océan. Tout, des meubles à la décoration en passant par la lumière, rappelait le fond des eaux.

Il s'assit entre le lit et le mur, se dissimulant derrière les coraux.
Il resta ainsi plus d'une heure, s'étonnant de ne pas avoir été découvert. Rogue n'avait pas pénétré dans la pièce et aucun elfe de maison ne semblait avoir été chargé de le retrouver.

A cet instant il entendit la porte s'ouvrir et son cœur rata un battement lui faisant frôler la crise cardiaque
- Je suis mort, se dit il en retenant son souffle

La porte séparant le salon de la chambre s'ouvrit à son tour.
Harry ferma les yeux, se mordant les lèvres.

- Sors d'ici, ordonna une voix...féminine ?

Il ouvrit prudemment les yeux et tenta de distinguer la personne se tenant devant lui à travers les ramures de corail.
Il entraperçu à peine une jeune femme brune qui ne devait pas avoir plus de vingt ans.

- Tu dois être Harry ? C'est bien ça ? Sors de là ! Qui t'as autorisé à entrer ici ?

Harry se leva lentement, faisant face à une jeune femme sophistiquée, manucurée, pas un seul cheveu de travers, qui réattaqua aussitôt les hostilités.

- J'attends des explications ! Allez ! Parle !

A cet instant, on frappa à la porte et la voix de Rogue s'éleva.

- Tu es là ?

- J'arrive ! cria t elle

Elle jeta un regard à Harry. Il avait très nettement pali.

- Tu as dix secondes pour me convaincre

- Il va me battre, souffla Harry d'une voix éteinte, épuisé et découragé.

- Et alors, répliqua la jeune femme en croisa les bras.

Gêné, se sentant ridicule, Harry baissa les yeux, au bord des larmes. La jeune femme le regarda quelques instants, puis, levant les yeux au ciel, elle retourna dans son salon pour ouvrir la porte.
Harry se laissa tomber sur le lit, essayant vainement de calmer ses tremblements.
Il tendit l'oreille en entendant la porte s'ouvrir.

- Si tu es venu me dire que Marc veut me parler, c'est inutile ! Je ne veux pas le voir !

- Je cherche Harry

- Pourquoi ? Tu l'as perdu ?

- Je ne le chercherais pas sinon

- Pas vu ! C'est tout ?

- Le repas était à 23h...

- J'avais un rendez vous.

Rogue grogna mais ne fit aucun commentaire.

- Je peux aller prendre une douche à présent ?

- Je t'en prie. Je vais aller boire un café puis je reprendrais mes recherches.

Harry n'en revenait pas, elle l'avait couvert !
Son soulagement fut de courte durée. Il faudrait bien qu'il affronte Rogue à un moment ou un autre. Il sentit un sanglot lui serrer la poitrine. Il avait eu trop de bouleversement en trop peu de jours.
De plus, il était déconcerté. Tout avait bien commencé entre le professeur et lui. Comment la situation avait elle pu dégénérer à ce point pour une simple remarque ?
Les larmes roulèrent de plus belle sur ses joues.
La jeune femme revint dans la chambre et s'assit face à Harry, sur le tabouret de sa coiffeuse, les jambes parfaitement croisées.

- Tu as un sursis. Le temps de me convaincre de t'aider, ou de te livrer.

Harry lui raconta tout en détail, depuis son arrivée au manoir. Il n'omit rien, pas même le ton qu'il avait employé lorsqu'il s'était énervé.
Elle l'écouta attentivement, sans l'interrompre. Puis elle soupira légèrement.

- Je crois que tout est de ma faute... C'est moi qu'il attendait, mais j'avais un rendez vous et je n'ai pas jugé utile de prévenir. Tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment.

- Quand je dis que les ennuis me trouvent tous seuls, marmonna Harry

- Oui, mais en désobéissant, tu t'es enferré. Même s'il admet avoir été injuste au départ, il ne tolérera pas ta désobéissance et il te punira pour cela. Mais je veux bien essayer de le calmer d'abord, d'atténuer ta punition.

Harry hocha la tête, le souffle court. La peur revenait rapidement. La jeune femme se leva et lui ébouriffa les cheveux en lui souriant.

- Allez, ne fais pas cette tête et détend toi. Ce n'est pas un monstre. Et même si je n'arrive pas à t'éviter une correction, ce n'est qu'un mauvais moment à passer. D'après ce que je sais tu as connu pire. Alors calme toi.

Elle se dirigea vers la porte

- Tu peux attendre ici si tu veux, ou dans mon salon. Il ne rentre jamais ici, quelque soit les circonstances.

- Attendez ! l'arrêta Harry alors qu'elle allait sortir, je ne sais toujours pas qui vous êtes

- Je suis Démi. Je suis ta grande sœur, lança t elle avant de sortir.
Harry se blotti sur le lit de Demi. Il était abasourdit. Rogue avait une fille. Et vu son âge, il avait du l'avoir très jeune, peut être même avant de quitter Poudlard.
Il repensa à la jeune femme. Elle lui rappelait quelqu'un, mais il ne savait pas qui. En tout cas, elle avait la chance de ne pas avoir le nez de Rogue !

Elle avait ses cheveux noirs et ses yeux mais le reste devait lui venir de sa mère. Qui était elle ? L'avait il déjà vue ? Même en photo ? Cela expliquerait la fugace impression de déjà vu qu'il ressentait en la voyant.

Harry soupira, il se sentait vraiment épuisé et il était toujours aussi angoissé à l'idée de se retrouver face à Rogue.
Il se demandait ce qu'allait bien pouvoir faire Démi pour calmer le professeur.

 

***

 

Démi descendit au salon. Rogue était installé dans son fauteuil, l'air contrarié, une tasse fumante entre les mains.
La jeune femme s'assit sur le bras du fauteuil et lui prit sans cérémonie la tasse des mains avant d'y tremper les lèvres.

- Erk, grimaça t elle, c'est du sucre au café ?

- Personne ne t'oblige à le boire

- Encore heureux ! Déjà que je suis au régime !

- Quoi ? Rétorqua Rogue avec un sourire en coin, tu as pris 120 grammes depuis Noël et tu n'arrive pas à les perdre ?

- Plutôt 85 kg dont j'ai du mal à me débarrasser...

- Marc...

- Marc !

Kookie apparu à leur coté et tendit une tasse fumante, contenant un liquide entre le jaunâtre et le verdâtre, à Démi.

- Qu'est ce que c'est que cette horreur ? demanda Rogue

- Une tisane purifiante

Rogue leva les yeux au ciel mais s'abstient de tout commentaire.
Ils restèrent silencieux ainsi quelques minutes avant que Démi ne trouble le calme qui venait de s'installer.

- As-tu au moins conscience d'être en tort ?

Rogue lui jeta un regard noir.

- Où est il ?

- Dans ma chambre...

- Et il est encore en vie, s'étonna t il en haussant un sourcil

- J'ai eu pitié de lui, rétorqua t elle en haussant les épaules

Le silence retomba quelques instants

- Je suis désolée de ne pas t'avoir prévenu de mon absence.

- C'est faux

- Bon ok, admit elle après une seconde de réflexion, je ne suis absolument pas désolée. N'empêche que tu es en tort.

- Il a été insolent

- C'est un adolescent...

- Tu as quoi ? Un quart d'heure de plus que lui ?

- Presque 4 ans, répliqua t elle vexée, arrête d'essayer de te rajeunir !

Rogue termina son café et se leva. Il tendit la main à Démi pour l'inviter à le suivre.

- Fais le sortir de ta chambre

- Non.

- Non ?

- Non. Tu es injuste ! Tu étais furieux contre moi et tu t'en es pris à lui parce qu'il était là.

- Il m'a désobéit !

- Et il a eu tort. Je suis la première à l'admettre. Mais il a paniqué. Tu ne pourrais pas faire l'effort d'être plus... je sais pas moi... pas humain, ne demandons pas l'impossible, mais tolérant ?

Rogue lui jeta un regard oblique.

- J'ai déjà joué la carte du père tolérant et compréhensif. Quand on voit ce que ça a donné...

Démi leva les yeux au ciel en lui tirant la langue.

- Ecoute, punis le pour avoir désobéi si passer l'éponge te perturbe à ce point... Mais ne le frappe pas.

- Tu vas me harceler jusqu'à ce que je cède ?

- Y'a de fortes chances... il est vraiment terrorisé.

- Très bien, Madame Johnson, tu gagnes.

Ils montèrent à l'étage. Tout en précisant qu'il s'agissait d'un cas extraordinaire et qu'il ne devait en aucun cas s'y habituer, Démi laissa son père entrer dans son salon privé.
Elle lui désigna un canapé et lui ordonna d'attendre là, sans bouger, sans fouiller, sans rien toucher, le temps qu'elle parle à Harry.
Tout en se demandant vaguement à qui était ce manoir et qui était le maître dans cette demeure, Rogue s'installa dans le fauteuil, dédaignant le canapé, pour bien montrer qu'il était seul maître de ses actes.

Démi entra dans la chambre et referma la porte derrière elle.
En attendant la poignée tourner, le cœur d'Harry manqua un battement. Démi lui fit signe de se taire et jeta un sort de silence sur la pièce.

- Bien, j'ai parlé à père.

- Alors ? demanda Harry d'une toute petite voix

- Il ne va pas te frapper. Tu seras punis pour avoir désobéi, mais pas de cette façon là.

Harry sembla respirer aussitôt plus librement et retrouver des couleurs.

- Merci, souffla t il

Démi lui sourit distraitement en sortant divers produits des tiroirs de sa commode.

- Bien... dehors maintenant.

Il se dirigea vers la porte et posa la main sur la poignée. Aussitôt il se figea, incapable d'ouvrir, incapable de faire le moindre mouvement... Rogue attendait derrière la porte.
Il jeta un regard suppliant vers Démi. Celle-ci soupira, exaspérée, et, ouvrant la porte, elle sortit la première.

- Bon, réglons ça de suite, que je puisse faire en sorte de rester jolie, ce qui prend du temps, vu mes gènes. Père, quelle est la punition d'Harry ?

- Je lui donnerais un travail scolaire, probablement de potion, répondit Rogue, sans relever la remarque acide sur les gènes.

- Tu te sens mieux, demanda t elle d'un ton plus doux à Harry, qui hocha la tête. Parfait, reprit elle, son ton redevenant coupant, fichez le camp à présent.

Les deux sorciers obéirent. Une fois dans le couloir, Rogue, sans un mot, sans même un regard pour Harry, s'engouffra dans sa chambre et claqua la porte.
Harry alla jusqu'à sa propre porte. La main sur la poignée, il hésita. Il jeta un regard sur la porte de Rogue.
Il hésita encore.

- Tu es un gryffondor, se rappela t il

Il alla se planter devant la porte de Rogue et, avant de perdre tout son courage, il frappa.
Il entendit les pas de Rogue se rapprocher et la porte s'ouvrit sur le maître des potions. Celui-ci haussa un sourcil interrogateur en voyant Harry.

- Pardon, souffla le jeune homme dans un murmure à peine audible, en se mordant les lèvres.

Rogue le fixa un moment sans rien dire, puis, conscient du courage qu'il avait fallut à Harry pour venir taper à sa porte et prononcer ce simple mot, il s'écarta et l'invita à entrer s'un geste de la main.

- Assied toi, dit il calmement

Harry obéit en avalant sa salive avec difficulté, ce dont Rogue s'aperçu.

- Tu veux parler de ce qui s'est passé ? demanda t il

Harry hocha la tête mais il semblait incapable d'entamer lui-même cette conversation.

- Bien, attaqua Rogue, je crois qu'on peut dire que les choses ont un peu dégénérées entre nous ce soir.

- C'est ma faute, souffla Harry

- Ah. Et pourquoi ça ?

- Je me suis énervé. Quand je ne comprends pas un truc, j'ai tendance à devenir agressif.

- J'ai vu ça oui. Mais d'un autre coté, je me suis emporté un peu vite, pour une réflexion plus ironique qu'insolente. Et que tu me répondes puis que tu me désobéisses n'a rien arrangé. J'aurais souhaité que tu rencontres Démi dans d'autres circonstances.

- Quel âge a-t-elle ? demanda Harry, heureux de changer de sujet

- 18 ans, répondit Rogue, qui n'était pas dupe et n'avait aucune intention de se laisser distraire, tu pourras faire plus amplement connaissance avec elle demain, après ta punition.

Harry pâlit brusquement.

- Je t'ai dit que je ne t'infligerais pas de correction pour cette fois, le rassura Rogue. Je tiens toujours mes promesses, mais ne t'attend pas à ce que cette clémence se renouvelle. Cela finira par arriver un jour ou l'autre. Cela peut te sembler cruel, mais c'est une punition efficace et rapide, qui permet de passer immédiatement à autre chose.

Harry hocha la tête, pas du tout convaincu, la gorge serrée. Il n'avait pas d'autre choix que d'accepter la situation.
Rogue l'observa un moment. Il savait que son fils allait avoir besoin de temps pour assimiler ce fait.

- Va te coucher, Harry, il est très tard et le petit déjeuner est à 8h demain matin.

- Oui, bonne nuit père

- Bonne nuit Harry

Harry retourna dans sa chambre, perturbé et effrayé. Il se connaissait, il était incapable de garder son calme et de tenir sa langue... Il se demandait combien de temps il tiendrait avant de s'attirer des ennuis... et aussi à quel point fâcher Rogue pouvait se révéler douloureux... il tremblait rien que d'y penser.

Il s'allongea sur son lit. Il devait écrire à Ron et à Hermione. Tout leur dire... leur expliquer...
Et plus que tout, il devait écrire à Sirius... Il avait besoin de lui, de ses conseils... Plus que de lui écrire, il avait besoin de le voir. Coûte que coûte.
Personne ne l'empêcherait de voir son parrain, décida t il avant de se laisser aller contre les oreillers.

Epuisé par les derniers évènements, il s'endormit comme une masse sitôt la tête posée sur l'oreiller.

 

***



Harry se réveilla en sursaut. Il jeta un coup d'œil à l'horloge de sa chambre : 7h48. Il referma les yeux... et les rouvrit aussitôt. 12 minutes ! Il n'avait que 12 minutes devant lui !
Ayant prit une douche la veille au soir, il se contenta d'une toilette de chat et s'habilla rapidement.

Il descendit en courant et pénétra dans le salon, le souffle court, à l'instant même où l'imposante horloge du hall sonnait 8h.
Seul Rogue était déjà attablé. Il leva les yeux sur Harry et fronça les sourcils.

- Qu'est ce que c'est que cette tenue ? demanda t il sévèrement

Harry regarda ses vêtements : un jean et un t-shirt, vieux et trop grands ayant appartenus à Dudley.

- Je n'ai rien d'autre, murmura t il

- Quoi ? claqua la voix de Rogue, plus surprit que furieux.

Après que Harry lui eut expliqué que ses moldus ne lui avait jamais rien donné qui n'ait déjà été usé jusqu'à la corde par leur propre fils, Rogue l'autorisa à s'asseoir et à se servir.

- Cet après midi, nous irons t'acheter des vêtements moldus convenables, décida t il

- Je n'ai pas d'argent moldu, souffla Harry

- Ne t'inquiète pas pour ça, ce n'est pas à toi de payer tes vêtements.

- Merci, murmura Harry en se servant du jus de citrouille.

Il jeta nerveusement un coup d'œil à l'horloge : 8h15 puis à la place libre au bout de la table. Où était donc Démi ? L'obligation de ponctualité ne s'appliquait elle qu'à lui ?
Les regards furieux de Rogue sur la chaise inoccupée lui confirmèrent que cette règle valait pour tous.
A 8h20 précise, la jeune femme entra dans le salon, visiblement aussi furieuse que son géniteur.

- Je vis un drame affreux, gémit elle en se laissant tomber sur une chaise sans saluer qui que ce soit

- Laisse moi deviner, lâcha Rogue sarcastiquement, tu t'es cassé un ongle ?

- Non, grogna Démi en s'appropriant le jus de citrouille de Harry, Marc est revenu sur sa décision : il refuse le divorce.

- Ah. Ce sont des choses qui arrivent, répondit son père, philosophe

- Cet infâme petit crapaud ! s'emporta la jeune femme, quand je pense que je lui ai donné les meilleures années de ma vie !

- Tu n'es mariée que depuis neuf mois, soupira Rogue

Sa fille se contenta de lui jeter un regard noir. Rogue leva les yeux au ciel en s'adressant à Harry.

- Remarque que le premier n'avait tenu que 6 mois...

- Oui ben comme quoi tout augmente et pas que le prix des chaudrons, grogna Démi en rendant son verre vide à Harry.

Celui-ci se mordit les lèvres pour s'empêcher d'éclater de rire.
Sa sœur perdit soudain toute agressivité.

- Père ?

- Non ! répondit Rogue du tac au tac

Démi se leva aussitôt et passa ses bras autour du cou de son père

- papa... papa... fit elle soudain câline

- Je n'ai pas le temps, répondit il d'un ton sec, je dois faire une évaluation complète d'Harry en potion, ce qui, à mon sens, sera une punition pour moi autant que pour lui.

- Oui mais...

- Et cet après midi je dois l'accompagner du coté moldu

Démi fronça les sourcils

- Je ne peux pas lui parler ! Je ne veux pas lui parler ! Si je l'ai en face de moi, le ton va monter et un avada est si vite parti !

- Démi, avertit Rogue d'une voix sourde

- Et puis, continua t elle en se rasseyant à sa place, je suis trop occupée ! La publication est dans deux jours. Deux jours ! et rien n'est prêt !

Rogue ne répondit rien. Harry, curieux, prit son courage à deux mains et demanda

- Quelle publication ?

- Oh ! s'exclama Démi en se redressant sur sa chaise. LA publication !

- ça ne l'intéresse pas, intervint Rogue sévèrement

- bien sur que si puisqu'il demande !

- parce qu'il ne savait pas dans quoi il s'embarquait, rétorqua t il

- ben je suis la rédactrice en chef de fashion sorcière mag', poursuivit elle sans lui accorder plus d'attention

- Démi, gronda Rogue sur un ton d'avertissement

- Et deux fois par an, nous publions les tendances de la mode pour la saison à venir, continua t elle

- Démi, insista Rogue

- On publie en juillet pour automne/hiver et en janvier pour printemps/été...

- Dementia ! hurla Rogue, les faisant sursauter tous les deux. Bien, reprit il sous le regard noir de sa fille, je vais à mon laboratoire. Rejoins moi dès que tu te seras tiré des griffes de cette harpie, signifia t il a Harry qui s'empressa d'acquiescer.

Rogue jeta sa serviette sur la table et sortit d'un pas vif.

- A quelle heure iras tu parler à Marc ? lui cria Démi alors qu'il s'éloignait

Il ne prit pas la peine de lui répondre. Boudeuse, la jeune femme grignota pensivement une tartine soutirée à l'assiette d'Harry en cherchant un moyen de convaincre sa tête de mule de père de parler à sa tête de mule d'ex futur ex mari.

- Dementia ? demanda la voix moqueuse d'Harry, la sortant de ses pensées.

Elle lui fit une grimace éloquente

- A chaque fois que je m'en plains, il me rappelle qu'il était encore à Poudlard à ma naissance et que par conséquent il n'a pas été consulté sur le choix de mon prénom. Il ajoute que lui m'aurais prénommé Cassandre et que je n'ai qu'à m'en prendre à mon idiote de mère pour qui la démence n'a plus aucun secret, fin de citation.

Harry se retint de rire, ne voulant pas vexer sa sœur, figure infiniment plus sympathique dans ce manoir que le maître des lieux.

- c'est qui ta mère ?

Il aurait pu jurer voir Démi se raidir imperceptiblement mais aussitôt elle lui adressa un chaleureux sourire.

- Laisse tomber. Tu ne connais pas... moi non plus d'ailleurs.... Bon, poursuivie t elle en se levant, je vais me changer et je file au bureau... tu devrais le rejoindre au labo. Bonne chance. Tu as toute ma compassion, je suis nulle en potion !

Harry eut un sourire crispé. Il se souvenait parfaitement que Rogue avait décidé de le punir et il se demandait ce qui l'attendait.

- quand je dis que j'attire les ennuis, marmonna t il en retournant dans le hall.

Il ouvrit la porte menant au labo, descendit les marches et tapa à la seconde porte.

- entre

Il poussa la porte et se retrouva dans la réplique exacte des cachots de Rogue à Poudlard.
Rogue lui jeta un regard rapide en triant ses bocaux.

- tu préfères commencer par la théorie ou par la pratique ?

Harry jeta un regard désespéré à la table de travail où étaient posés cote à cote une pile de parchemins et un chaudron. Voila qui s'appelait avoir à choisir entre le dragon et le sombral.
Ne recevant aucune réponse, Rogue releva les yeux de ses bocaux pour regarder Harry. L'air accablé qu'affichait le garçon l'amusa et l'agaça en même temps.

- je me doute que tu préféreras travailler la défense contre les forces du mal, mais je veux savoir où tu en es réellement en potion. C'est une épreuve de buse après tout.

- Comment ça réellement, demanda Harry

- Et bien quand tu te concentres et quand Miss Granger n'est pas là pour te souffler les réponses.

Harry rougit mais n'osa pas répliquer.

- bien, reprit Rogue, tu as ici la marche à suivre et les ingrédients et ici un questionnaire de 50 questions. Je reviens dans trois heures. Tu devras avoir terminé.

Sur ce, il tourna les talons et laissa Harry seul dans le laboratoire. Il soupira et ouvrit le questionnaire. Il se rappela un des nombreux conseils d'Hermione.

- Ne perd pas de temps. Saute les questions où tu n'es pas capable de donner immédiatement la réponse. Une fois que tu as répondu à toutes les questions que tu connaissais, tu reprends du début et tu essais de répondre aux autres.

- Bon, se dit il, essayons la technique d'Hermione

Une demi heure plus tard, il avait répondu à 10 questions.
Instituant une variante à la technique d'Hermione, il laissa le questionnaire de coté et, s'approchant du chaudron, il décida d'attaquer la potion.

Au bout de deux heures, il commença à paniquer. Au lieu de la couleur jaune poussin indiqué dans la recette, sa potion avait une couleur oscillant entre le vert sale et le jaune pas propre.

Rogue allait le tuer. Il avait répondu à 10 questions sur 50 et il avait raté sa potion. La totale.

Il commença à se sentir furieux. Il détestait les potions. Ce n'est pas parce que Rogue avait subitement décidé de l'adopter qu'il allait s'y intéresser.
Il s'assit sur un banc, bien décidé à ne plus rien toucher jusqu'au retour du fou furieux qui lui servait dorénavant de père.
Une demi heure plus tard, Rogue, réglé comme un coucou suisse, entra dans le laboratoire. Il fronça les sourcils en voyant Harry assit sans rien faire.

- tu as terminé ?

Harry détourna les yeux sans répondre. Rogue fronça davantage les sourcils.
Il jeta un regard à la potion et leva les yeux au ciel. Pour être ratée, elle était ratée ! C'était pourtant une des potions les plus simples qu'il avait trouvé.

Sans un mot il s'assit sur un coin de la table et entreprit de feuilleter la pile de parchemins. Incrédule, il recommença du début à deux reprises. Ce satané gamin n'avait pas répondu au quart des questions !

Il leva un regard noir sur Harry

- tu te moques de moi ?

L'adolescent fit non de la tête, sans desserrer les dents

- la plupart des questions sont de première année, reprit Rogue sévèrement, tu as intérêt à te reprendre car tu ne mettras pas le nez dehors tant que tu n'auras pas correctement rempli ce parchemin !

- Quoi ? explosa Harry, sortant de son mutisme, vous êtes malade ? Je ne vais pas passer mon été à faire des potions ! Je suis nul en potion et ça m'est parfaitement égal. Je n'ai pas l'intention de travailler dans ce domaine ! ce n'est pas parce que je vis avec vous que je vais être comme vous ! Je n'ai aucune intention de devenir sinistre, aigri et graisseux !

Rogue, les bras croisés, le regardait.

- Tu as fini ? bien, poursuivit il sans attendre de réponse, monte dans ta chambre. Je vais te laisser le temps de te calmer, puis je monterais te voir. Hors de ma vue.

Harry sortit du laboratoire en claquant la porte de toutes ses forces. Il fit de même avec toutes les portes qui eurent le malheur de croiser sa route.

 

 

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