Chapitre 02

Sirius trébucha en passant la cheminée. Il se rattrapa in extremis sous le regard amusé du directeur.

- Ce gosse déteint sur moi, se moqua-t-il.

Il épousseta rapidement sa robe et tendit sa baguette au garde qui venait l’enregistrer. Il attendit que ce dernier soit reparti vers son bureau pour se tourner vers Dumbledore.

- Alors, expliquez-moi de quoi il retourne.

- Je crains de ne pas en savoir bien davantage que vous, mon jeune ami.

- Dites toujours.

- Et bien avant toute chose, je suis au regret de vous informer que les craintes que nous avions sont bien fondées. Narcissa Malefoy est décédée.

Sirius soupira. Enfant, il avait été relativement proche de Narcissa. La benjamine des Black n’avait commencé à devenir infréquentable, réellement infréquentable, que lorsqu’elle avait été fiancée à Lucius Malefoy, juste après la fuite de sa sœur ainée avec Ted Tonks. Entre son fiancé et Bellatrix, qui lui remplissait la tête de son soi-disant « devoir » de sang-pur, elle n’avait pas tardé à se forger une carapace aussi froide que la glace.
Sirius n’était pas sûr qu’elle ait vraiment adhéré aux idées de sa famille, mais, sans Andromeda, elle n’avait jamais eu le courage de se rebeller.

- C’était à prévoir, continua Dumbledore. Narcissa voyait d’un œil de plus en plus noir l’endoctrinement de Draco par son époux et elle a dû, à un moment ou un autre, vouloir soustraire son fils à l’avenir qui s’ouvrait devant lui.

- Oui, ça n’a pas dû plaire à Voldemort.

- De toute évidence.

- Vous ne pensez pas que Lucius ait agit lui-même ?

- Non, son interrogatoire nous a confirmé qu’il n’avait jamais pris une vie lui-même.

Sirius eut un reniflement méprisant. Son cousin par alliance avait donc été un lâche même dans ses plus profondes convictions.
L’homme avait sans doute pensé que sa fortune le dispensait de se salir les mains.
Il se sentait écœuré, cet homme - et il avait du mal à lui accorder ce titre - n’avait jamais été capable de s’impliquer personnellement dans quoi que ce soit. Cela l’avait déjà sauvé d’Azkaban lors de la première guerre et sur ce point là, et sur ce point là uniquement, il comprenait Bellatrix et le profond mépris qu’elle avait toujours ressenti pour son beau frère. Elle qui s’était jetée à corps perdu dans les combats voyait d’un très mauvais œil qu’un autre des serviteurs de son maitre reste toujours en retrait et regarde les autres se battre à sa place.
Sirius n’avait certes pas choisi le même chemin que sa cousine mais il savait qu’elle et lui étaient faits du même bois. Aucun d’eux n’hésitait à s’impliquer totalement et sans concession pour défendre leurs convictions.

La cheminée N°4 s’alluma et une voix désincarnée annonça l’arrivée de visiteur. Andromeda sortit la première et rattrapa sa fille qui s’était pris les pieds dans sa robe en la suivant de trop près.
Sirius retint un sourire. Il se demandait encore comment la jeune femme avait pu réussir à devenir auror. Sa légendaire maladresse ne l’y avait certainement pas aidé. Il ignora la petite voix dans sa tête qui lui rappelait que lui-même avait failli faire une entrée peu reluisante quelques minutes plus tôt.

Il regarda celle qui avait été sa cousine préférée s’avancer vers eux. Elle était pâle et amaigrie et ses yeux rougis témoignaient de son chagrin.
Son époux, Ted Tonks, celui pour qui elle avait bravé sa famille et tourné le dos à toute son éducation, avait péri seulement deux semaines avant la grande bataille - c’est ainsi que tous appelait le combat du ministère où Harry en avait terminé avec Voldemort. Ted avait été mis en pièce par Greyback à tel point que seule sa signature magique avait permis de l’identifier.
Sirius était désolé de retrouver Andromeda dans de telles circonstances. Il l’avait vu brièvement pour la dernière fois à 16 ans, lorsqu’il avait fui le fanatisme de sa mère et la violence de son père. Tonks avait alors 3 ans. Il se rappelait avoir joué un moment avec la petite fille qu’elle était alors. Andromeda lui avait dit qu’elle et son mari avaient décidés de partir s’installer quelques temps en Italie. Les temps étaient trop dangereux et elle se méfiait de sa sœur comme d’une dragoncelle mal soignée.
Les Tonks n’étaient revenus en Angleterre qu’après que Voldemort eut disparu en tentant de tuer Harry. Sirius était incarcéré à Azkaban et Andromeda avait été anéantie en pensant que son cousin avait finalement rallié le camp de leur famille.
Depuis sa fuite, il n’avait pas eu l’occasion de revoir sa cousine.

Il s’avança de quelques pas et la serra dans ses bras.

- Andy, murmura-t-il, reprenant le surnom qu’il lui donnait enfant, je suis désolé pour Ted.

- C’est moi qui suis désolée, Sirius, sanglota-t-elle. Ted m’a toujours dit que cette histoire était troublante et qu’il ne croyait pas à ta culpabilité, mais j’étais aveuglée par ma colère, j’ai cru qu’ils t’avaient eu et je n’ai pas cherché plus loin que ce qui était imprimé dans la gazette. Comment ai-je pu être aussi stupide ?

Il la serra plus fort, lui murmurant qu’il ne lui en voulait pas. Après tout, toutes les preuves étaient contre lui et Dumbledore lui-même avait cru à sa culpabilité.
Il finit par s’écarter d’elle et serra plus brièvement Tonks dans ses bras.

- Je suis désolé pour ton père, lui chuchota-t-il à l’oreille. Ça va ?  Tu tiens le coup ?

- Ça va, répondit-elle sur le même ton. C’est pour maman que je m’inquiète. Comment va Harry ? demanda-t-elle plus fort.

- Il va très bien, répondit Sirius, répondant aussitôt à son besoin de changer de sujet. Quand je suis parti, il était en train d’exposer à Tessa les vingt bonnes raisons pour lesquelles elle ne devrait pas travailler cet après midi et aller plutôt au nouveau magasin de confiserie qui vient d’ouvrir dans le Londres moldu.

Tonks éclata de rire et Andromeda ne put retenir un sourire amusé.

- Tant mieux, sourit Dumbledore qui était resté silencieux jusque là, il est plus que temps que ce jeune homme vive pleinement son adolescence.

- Ah tout le monde est là, parfait, fit une voix enjouée derrière eux.

- Eh ! Ministre ! S’exclama Sirius en s’avançant vers Kingsley pour lui serrer la main. Tu vas enfin nous expliquer de quoi il retourne.

- Misère Sirius, protesta Kingsley, laisse moi le temps de saluer ces dames et notre Directeur sans peur et sans reproche !

- Je suis en train de rater le combat opposant ma femme à mon filleul pour le contrôle de la boite à biscuit ! Et si Harry arrive à convaincre Tessa de l’emmener à sa fameuse confiserie, j’aimerais rentrer avant qu’ils aient tout englouti !

Kingsley étouffa un rire en secouant la tête d’un air amusé.

- Je me demande bien où ta femme arrive à mettre tout ce qu’elle mange ! C’est un vrai lutin de Cornouaille et elle mange comme une meute de loup-garou !

- C’est un mystère insondable, répondit Sirius.

Kingsley lui asséna une grande claque dans le dos avant de s’avancer vers Dumbledore à qui il se contenta de serrer la main. Puis il se tourna vers Andromeda, que lui présenta aussitôt Tonks. Il lui présenta bien entendu ses plus sincères condoléances pour la perte de son époux  mais ne s’attarda pas sur le sujet, respectant la pudeur de la digne sorcière qui lui faisait face.

- Bien, dit-il, nous allons pouvoir commencer. Allons dans la salle d’audience.

Il prit le chemin des ascenseurs et une fois que tout le monde fut monté dans la cabine, il appuya sur le bouton du 1er niveau.

- Nous n’allons pas à la salle d’audience du magenmagot ? S’étonna Sirius.

- Non, répondit Kingsley, c’est une affaire familiale, nous n’allons pas réunir un tribunal pénal. J’ai déjà eu une réunion avec les membres du magenmagot, d’ailleurs en parlant de ça, Albus, nous attendons votre retour à sa direction avec impatience.

- Je serai ravi de reprendre mes fonctions, assura le directeur.

Kingsley lui répondit d’un signe de tête avant de reprendre pour Sirius.

- Le magenmagot a déjà pris une décision pour le cas où une meilleure solution ne pouvait être trouvée. Je ne t’aurais pas mêlé à ça, mais la loi impose qu’au moins trois membres de la famille soit réunis pour entériner toute décision concernant un mineur dans un cadre autre que pénal.

- Ne t’en fais pas pour ça. Il n’y aura donc que nous ?

- Nous, deux membres représentant le magenmagot et mon sous-secrétaire d’état.

- On connaît ? grimaça Sirius, se souvenant que l’ancienne personne ayant occupé ce poste n’était autre que Dolores Ombrage.

- Oui, tu connais. C’est Percy Weasley. J’avais proposé ce poste à Arthur mais il tenait à rester dans son service. Je l’y ai donc promu directeur du service de relations avec les moldus. Depuis que Percy s’est réconcilié avec ses parents, il est beaucoup plus vivable et il a toujours été d’une organisation sans faille. Il était donc parfait pour ce poste.

Sirius hocha la tête, satisfait. Percy s’était conduit comme un petit con, d’après lui, mais il n’en restait pas moins un brave gosse. Il avait un tas de choses à apprendre mais il ferait certainement du bon boulot avec Kingsley comme mentor.

Ils arrivèrent enfin dans une salle de dimensions réduites, attenante au bureau du ministre. Les autres membres étaient déjà présents et, après quelques salutations, tout le monde prit place autour d’une table en forme de U renversé.

- Bien, commença Kingsley en ouvrant un épais dossier posé devant lui. Je vous remercie à tous d’être présent pour délibérer du cas de Draco Lucius Malefoy, 15 ans.

Il se tourna vers Andromeda, un pli soucieux entre les sourcils.

- Avant de passer à l’affaire qui nous intéresse, je voudrais m’assurer que vous n’avez pas changé d’avis concernant les fortunes respectives de vos beaux frères.

- Non, répondit Andromeda, je ne veux rien venant de ces familles.

- Il y a certains anciens objets de famille intéressants et de plus le ministère n’a aucun droit sur ces fortunes, elles ne pourront donc pas être utilisées pour quelque association que ce soit.

- Pourrais-tu t’occuper de cela, Sirius ?

- Moi, s’étonna l’animagus à la demande de sa cousine.

- En effet, intervint Kingsley, si Mme Tonks refuse l’héritage, tu deviens automatiquement le dépositaire des fortunes des familles Lestrange et Malefoy.

- Ils sont morts ?

- Non, nous allons venir au cas de Monsieur Malefoy mais les Lestrange ont été condamnés et ont reçu le baiser du détraqueur.

- Il y a sans doute beaucoup de familles qui auraient besoin de cet argent, beaucoup de commerçants aussi qui doivent reconstruire leurs boutiques.

- Toi seul peut décider de comment distribuer cet argent, si toutefois tu acceptes cet héritage.

- Très bien je m’en chargerai. Explique-nous donc le cas de Malefoy.

- Bien que nous sachions parfaitement que Lucius Malefoy est coupable de complicité avec les mangemorts, de malversations financières, de corruption, de non dénonciation de crime et j’en passe, nous n’avons pu prouver que le délit de non-dénonciation de crime. Le fait qu’il n’ait jamais ôté une vie lui-même nous a conduits à lui éviter le baiser du détraqueur. La gravité des crimes qu’il a dissimulés nous a permis de prendre des mesures plus sévères que la normale. Nous n’avons pas pu le condamner à plus de cinq ans de prison mais tous ses biens ont été confisqués et mis à part une somme substantielle déposée sur un compte bloqué de Gringott et qui reviendra à son fils lorsqu’il aura 21 ans, sa fortune a été mise à disposition d’héritier suivant l’article 425b du code de succession.

- 21 ans ? Pourquoi pas 17 ans ?

- Je vais y venir. Le cas de Draco Malefoy nous préoccupe. En effet malgré toutes les victimes de guerre, il n’existe toujours pas d’orphelinat sorcier. J’ai bien l’intention d’y remédier mais cela prendra du temps. En général, les enfants sorciers sans famille sont confiés à des orphelinats moldus mais dans le cas de Draco, je préfère éviter cette solution. Avec l’éducation qu’il a reçue, dans la haine des moldus et des sorciers nés de moldus, je ne peux pas prendre ce risque.

Les membres du magenmagot hochèrent vigoureusement la tête et Sirius se fit la réflexion que ce point là avait dû être longuement débattu.
Il comprenait cela dit les interrogations de Kingsley. Mettre un fils de mangemort dans un orphelinat moldu, surtout Draco Malefoy d’après ce qu’il avait compris en écoutant parler Harry et ses amis, c’était comme lâcher un kneasel sur un nid de boursouf.
Le gamin passerait sûrement sa rage d’être séparé de son père et d’être dépossédé d’une grande partie de sa fortune sur des enfants moldus innocents qui seraient incapables de se défendre.

- Bien sûr, reprit Kingsley, tous nos soucis seraient terminés si un membre de la famille le prenait chez lui. Andromeda ? Vous êtes sa tante et par la même, sa plus proche parente. Accepteriez-vous de prendre en charge cet adolescent ?

- Non.

Tout le monde sursauta à la réponse qui avait fusé sans même qu’Andromeda ne réfléchisse à la question.

- Maman ! protesta Tonks.

- Non, reprit Andromeda d’une voix moins sèche. J’en suis désolée, mais c’est au dessus de mes forces. Lucius a tué mon mari et je ne peux pas m’occuper de son fils, c’est trop me demander.

- Maman, Kingsley vient de te dire que Lucius n’avait jamais tué personne.

- C’est du pareil au même, il a envoyé Fenrir Greyback sur les traces de ton père. Il l’a tué aussi sûrement que s’il lui avait lui-même lancé un Avada. Je ne peux pas me lever tous les matins en sachant que j’abrite sous mon toit la progéniture de ce monstre, que je dois l’élever et lui procurer ce dont il a besoin alors que mon Ted est mort !

- Bien, reprit Kingsley en lui faisant un sourire bienveillant, nous prenons note de votre refus. Sirius, je ne te le demande pas, car tu viens d’obtenir la garde d’Harry et nous savons tous les deux à quel point ces deux garçons ne s’entendent pas.

Sirius hocha la tête. Si une autre solution pouvait être trouvée, ce dont il ne doutait pas, il était évident qu’il préférait rester en dehors de tout ça.
Kingsley consulta ses notes et demanda à Percy d’aller voir si Severus Rogue était arrivé. Il expliqua à l’assemblé que le professeur Rogue avait demandé à être reçu concernant la garde de Draco.
Sirius se raidit en voyant son ennemi de toujours entrer dans la pièce mais tint sa langue.
Severus salua les personnes présentes d’un hochement de tête, ignorant délibérément la présence de l’animagus.
Un des membres du magenmagot lui demanda de préciser la raison de sa venue à cette audience concernant une famille dont il ne faisait pas partie. L’ancien mangemort ignora le ton clairement hostile de l’homme et se concentra sur Kingsley, qui avait toujours fait preuve de neutralité à son égard.

- Je souhaiterais faire une demande de garde pour Draco Malefoy.

Il ignora les mouvements de surprise qui agitèrent la salle. Kingsley agita les papiers du dossier et, ne trouvant visiblement pas ce qu’il cherchait, releva la tête vers le professeur de potion.

- À quel titre ? 

- Je suis son parrain.

Sirius se sentit soulagé. Il n’aimait pas Rogue. Soit. Mais voilà la solution. Draco irait vivre avec son parrain comme lui-même avait récupéré Harry et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dumbledore avait toujours fait confiance à Rogue après tout. Et il devait admettre que l’homme les avait toujours informés sans relâche des détails des plans de Voldemort. Son maître avait plus souvent qu’à son tour passé sa rage sur lui à coup de doloris quand ses plans échouaient. Bien heureusement il n’avait jamais soupçonné la trahison de son maître des potions sans quoi l’homme ne serait plus là pour réclamer la garde de son filleul.

Il remarqua que Kingsley, les sourcils froncés, feuilletait à nouveau le dossier posé devant lui. Il fit signe à Percy Weasley de s’approcher et lui chuchota quelques mots à l’oreille avant d’inviter Rogue à s’asseoir et de leur demander à tous de patienter.
Quelques minutes plus tard, Percy, essoufflé d’avoir manifestement couru, revint dans la salle et murmura à son tour quelques mots à l’oreille de Kingsley qui secoua la tête d’un air mécontent.

- Je suis désolé, Severus, mais je vais devoir refuser ta requête.

- Pour quel motif ? Demanda Severus.

- Il semblerait que Lucius Malefoy ne t’ai jamais désigné comme parrain de manière officielle.

- C’est évident, répliqua Severus, ma position d’espion, bien qu’il ait cru que je travaille pour son camp et non pour le camp adverse, exigeait que je ne sois pas attaché de manière officielle à la famille Malefoy. Dans l’esprit de Lucius, si je tombais, je n’entacherais pas son nom.

Kingsley eut un soupir.

- Severus, je suis désolé. Mais sans lien direct avec l’enfant, je ne peux pas t’accorder sa garde.

Sirius fronça les sourcils. C’était stupide. Tout ça parce que cet imbécile égocentrique de Lucius n’avait pas enregistré le parrain de son fils de manière officielle…

- Tu n’as pas un moyen d’enregistrer Serv…euh…je veux dire Rogue officiellement ?

- Non. La loi est formelle. Il faudra sans doute se pencher dessus mais pour l’heure, le problème reste entier.

- Alors si Draco ne peut pas aller vivre avec Rogue, où va-t-il aller !

- Et bien, cela nous ramène à ta question précédente : pourquoi 21 ans ? Nous avons, avec le magenmagot, réfléchi à la situation et nous avons écarté l’idée de l’orphelinat moldu. Bien trop risqué avec l’éducation qu’a reçu ce garçon. Nous manquons cruellement de structures adéquates mais les pays de l’Est sont bien plus avancés que nous en la matière. Notamment en Allemagne. Nous avons donc décidé de placer Draco Malefoy au « Center der Wiedereingliederung junger Straftäter Zauberer », ce qui signifie littéralement centre de redressement des jeunes sorciers délinquants. Il s’agit d’un centre pour jeunes entre 14 et 21 ans, une structure destinée à les remettre dans le droit chemin pour tenter de leur éviter Azkaban. Leur règlement intérieur est fait de telle façon que les jeunes sont obligés d’y rester jusqu’à leurs 21 ans. Et bien entendu, les pensionnaires de ce centre sont inscrits d’office à Drumstang.

Sirius dut se pincer pour être sûr d’avoir bien entendu. Non seulement le gamin allait être incarcéré alors qu’il n’avait rien fait mais en plus, il allait être retiré de l’influence positive de Dumbledore pour être placé dans une école qui se vantait de former ses élèves à la magie noire, soit disant pour « leur permettre de mieux l’appréhender et la combattre ».
Autant envoyer le gosse à Azkaban partager la cellule de son père dès à présent.
D’autant qu’il avait déjà entendu parler de ce genre de centre. Les adolescents étaient livrés à eux-mêmes. Des rackets et des trafics en tout genre fleurissaient dans ses murs sans que les responsables ne se sentent concernés.
Ce n’était vraiment pas le genre d’endroit qui aidait les jeunes à reprendre le droit chemin mais plutôt une simple antichambre avant Azkaban.

De toute évidence, Rogue partageait son point de vue, car il se récria aussitôt :

- Vous avez tous perdu l’esprit ! Draco n’est pas un criminel ! Mais il le deviendra assurément dans un endroit où il faut être plus vicieux que les autres pour survivre.

- J’ai bien conscience que ce n’est pas une solution idéale, soupira Kingsley, mais nous n’avons pas trop de choix.

Sirius se pinça l’arête du nez. Il releva brusquement la tête en entendant la voix d’Andromeda.

- Je trouve cette solution parfaite.

- Andy, protesta l’animagus tandis qu’un « maman ! » indigné retentissait au même moment.

- Rendez-vous à l’évidence, insista Andromeda, c’est le fils de Lucius. Il a été fait sur le même modèle que son père. Notre devoir est de protéger la société du genre d’homme qu’on l’a formé à devenir !

- Si l’éducation faisait tout, toi et moi nous serions des mangemorts à l’heure qu’il est, siffla Sirius.

- Nous nous sommes rebellés bien plus jeune, Sirius. Nous avions cette révolte en nous. Pas Draco ! Il a suivi avec enthousiasme les directives de son père, il s’est vanté à plusieurs reprises de souhaiter la mort des moldus et des enfants de moldus. N’est-ce pas Nymphie ?

Tonks soupira. Harry lui avait raconté à Noël les paroles de Draco en seconde année lorsque le Basilic avait attaqué : « les prochains seront les sang-de-bourbe » et comment le faux-Maugrey, en 4ème année, avait changé en fouine l’adolescent qui s’apprêtait à lui jeter un sort dans le dos. Bien entendu elle avait raconté ces anecdotes à sa mère, comme elle lui racontait tout ce qui la concernait. Elle ne s’était pas attendue à ce que ces histoires soient ressorties dans ces circonstances précises mais elle fut bien obligée de confirmer les paroles d’Andromeda.

- Vous ne pouvez pas faire ça, insista Rogue. Kingsley, tu vas détruire cet enfant en l’envoyant là-bas.

- Je suis d’accord avec Rogue, soupira Sirius.

Tous les regards se tournèrent instantanément vers lui.

- Ne faites pas cette tête-là, c’est autant un choc pour moi que pour vous, ironisa-t-il.

Rogue retint de justesse une réflexion acerbe. Si le cabot était d’accord avec lui, il y avait une chance que Draco soit sauvé et il n’allait pas tout faire échouer à cause de leur vieille rivalité.

- Je pense que nous avons une chance de sauver ce gosse. Mais ce n’est certainement pas en l’envoyant dans cet endroit sordide que l’on pourra y arriver, bien au contraire.

Il soupira en se passant une main devant les yeux.

- Sirius, intervint Andromeda, tu n’as tout de même pas l’intention de faire ce que je crois que tu t’apprêtes à faire, dis-moi ?

- Si, affirma l’animagus. Tout comme j’aurais pris soin de ta fille si quelque chose t’étais arrivé. Comme je prendrais soin d’elle aujourd’hui s’il le fallait, quel que soit son âge. C’est la famille Andy. Ce n’est qu’un gosse qu’il faut remettre dans le droit chemin. Je ne laisserai pas mon petit cousin tourner aussi mal que son père et détruire une vie comme Lucius a détruit la vie de Narcissa.

Andromeda eut un air sceptique mais elle savait parfaitement que rien ne pouvait faire changer Sirius d’avis.

- Sirius, tu sais que ce ne sera pas tâche aisée, ne put elle s’empêcher de préciser. Élever un adolescent difficile n’est pas de tout repos. Tu ne pourras te permettre aucune faiblesse si tu ne veux pas le perdre. Ce n’est pas Harry.

Rogue laissa échapper un soupir exaspéré qui lui valut le regard noir de l’assemblée. Il haussa les épaules.

- Je suis conscient des qualités de Monsieur Potter, mais ce n’est pas exactement un ange de vertu pour qu’on le cite ainsi en exemple. Je veux bien croire qu’il ne donnera pas vraiment de fil à retordre à son parrain mais j’aimerais que l’on évite si possible de jeter la pierre à Draco sans même le connaître.

Sirius fronça les sourcils.

- D’après ce que je sais, tu as toujours été d’une indulgence éhontée envers ce gosse. Tu es aussi coupable que Lucius concernant son attitude générale. Mais je continue à penser que, fermement repris en main, il peut devenir quelqu’un de bien.

Rogue ne répondit pas, ne voulant pas envenimer la situation en engageant une polémique avec l’animagus. Il se promit de garder l’œil ouvert et de surveiller ce que ce crétin de Black entendait par « se montrer ferme ». L’ancien maraudeur aurait peut-être tous les droits sur Draco de par la loi, mais ce n’était pas pour autant qu’il le laisserait traiter son filleul, n’en déplaise au ministère, comme un criminel sous surveillance. Pour le moment le plus important était qu’il lui évite le centre de redressement allemand.

- Bien, sourit Kingsley, visiblement soulagé, Draco sera donc confié à la garde de Sirius et pourra continuer à fréquenter Poudlard.

Il sortit quelques liasses de documents qu’il fit signer à Sirius. Cela prit un certain temps au vu du nombre de parchemins étalés sur la table. Sur le dernier de ceux-ci, Sirius apposa une goutte de sang qui fut aussitôt absorbée par le parchemin doré qui brilla un instant. Lorsque la lumière sembla entrer de nouveau dans le document, la signature de Sirius s’étalait en lettres d’or là où le sang avait été déposé.

Grâce à cette signature magique, Sirius était dès à présent le tuteur légal de Draco Malefoy et avait sur lui tous les droits que conférait la paternité.

- Nous statuerons sur le cas de ce jeune homme au terme de ses études à Poudlard. Nous verrons alors s’il convient de débloquer le compte de Gringott ou de le maintenir hors de sa portée jusqu’à ses 21 ans révolus.

Sirius hocha la tête. Sa fortune personnelle, déjà considérable, allait être augmentée dans les prochains jours des fortunes des Lestrange et de la plus grosse partie de la fortune des Malefoy. Il avait plus que ce qui fallait pour élever Harry et Draco et leur fournir tout ce dont ils auraient besoin, et ce bien au-delà de leur majorité. D’autant plus qu’Harry, avec la fortune de ses parents, pourrait être autonome dès ses 17 ans s’il le souhaitait.
Il comptait bien verser une somme substantielle sur le compte de Nymphadora mais il attendrait d’en avoir parlé avec la principale intéressée, loin des oreilles de sa mère.
Sur sa demande, l’un des membres du magenmagot lui donna la liste des associations existantes qui étaient susceptibles de recevoir des dons. Il étudierait cela dans les jours à venir afin de décider à qui il allait verser des subventions.

- Bien tout est en ordre, déclara enfin Kingsley en se levant. Percy, voulez-vous bien allez chercher Draco Malefoy et dites lui de prendre toutes ses affaires avec lui.

- Bien monsieur le ministre, répondit aussitôt Percy en s’inclinant légèrement avant de partir précipitamment.

Kingsley leva les yeux au ciel avant de jeter un coup d’œil navré à Sirius en secouant la tête. L’animagus ricana. Certaines choses ne changeraient jamais.

Au bout de quelques minutes, Percy revint, suivi de Draco qui ployait sous le poids de deux gros sacs tout en trainant derrière lui sa malle qui semblait pleine à craquer.
Kingsley jeta un regard désapprobateur à Percy mais ne fit pas de commentaires. Il se tourna vers Draco qui le regardait avec une assurance qui n’allait pas jusqu’à atteindre ses yeux, qui reflétaient plutôt son inquiétude quant à ce qu’il allait advenir de lui.

- Nous avons pris une décision te concernant, annonça Kingsley sans attendre. Tu vas aller vivre avec ton cousin, Sirius, qui a accepté de te prendre en charge à compter d’aujourd’hui.

- Je ne vais pas en Allemagne ? demanda l’adolescent d’une voix neutre, ne laissant paraître ni la déception ni un quelconque soulagement.

- Non, comme je te l’ai dit, tu vas aller vivre avec la famille de ton cousin.

Sans plus de discours, Kingsley annonça qu’il avait fort à faire et salua tout le monde avant de prendre congé, suivi de Percy. Andromeda ne tarda pas à partir à son tour, disant simplement à Sirius qu’elle espérait pour le bien de tous qu’il n’avait pas commis une erreur. Tonks, elle, se rendit dans les profondeurs du ministère, rejoignant son bureau d’auror où elle espérait dénicher son mentor, Alastor Maugrey.
Dumbledore regagna Poudlard, non sans avoir assuré à l’adolescent qu’il allait immédiatement faire le nécessaire pour que ses résultats aux BUSEs lui arrivent au square Grimaud en même temps que ceux d’Harry Potter.

Draco ne répondit rien, se contentant d’un hochement de tête froid qui fit froncer les sourcils à Sirius. L’adolescent ne pouvait s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu qu’il aille dans ce centre en Allemagne. Vivre en compagnie de Saint Potter qui devait certainement être traité en prince par Sirius et sa femme ne lui disait rien qui vaille.

Rogue fut le dernier à partir. Il tenta de croiser le regard de l’adolescent mais celui garda les yeux obstinément baissés. Il se contenta donc de lui dire de ne pas hésiter à lui écrire s’il avait besoin de quoi que ce soit, s’attirant un regard noir de Sirius. Draco ne répondit pas plus à Rogue qu’il n’avait répondu à Dumbledore, au grand déplaisir de Sirius qui y vit la preuve de l’éducation déplorable qu’avait reçu le garçon. Pas qu’il se formalise qu’il ignore Rogue en soi, mais l’homme avait toujours été considéré comme le parrain du jeune homme et le mépris qu’il affichait ne lui plaisait absolument pas.

Sirius ordonna à l’adolescent de se rendre jusqu’à l’aire de Transplanage. Il saisit le plus gros des deux sacs et le hissa sur son épaule sans un mot, laissant Draco gérer ses deux autres bagages.
Ils ne tardèrent pas à arriver jusqu’à la zone de transplanage et durent faire la queue quelques minutes. Quand vint enfin leur tour, Sirius s’avança au centre du cercle dépourvu de sort anti-transplanage et posa une main sur l’épaule de l’adolescent. Draco soupira et ferma les yeux, juste avant de sentir la sensation familière d’écrasement.
Il les rouvrit pour découvrir une rue déserte et, devant lui, une haute maison de ville, munie d’une porte noire.
Avec un nouveau soupir imperceptible, il suivit Sirius jusqu’à sa nouvelle maison.

Commentaires (10)

1. brigitte 29/06/2012

et voila mon petit blondinet d' amour
non mais tu ne comptais tout de même pas me l'envoyer la bas chez des barbares lui qui est si mignon (mauvais caractère certes mais si mignon quand même )
j ai hâte de voir la réaction de harry j'espère qu'il sera assez intelligent pour comprendre que dans cette guerre toute les victimes ne sont pas mortes et puis de toute façon se sera bien pour tous les deux d'avoir enfin une famille digne de se nom et d avoir un frére

bisous

2. carole 29/06/2012

J'espere que les chose se passeront bien entre Drago et Harry
Pourvu qu'il ne soit pas trop emmerdant avec Harry, et que Sirius tienne bien la situation

3. selene-fictions (site web) 29/06/2012

Mais non, y'aurais plus eu d'histoire si je l'avais envoyé là bas voyons!!
Pour la réaction d'Harry, chapitre suivant ^^

4. Miss Peggy 30/06/2012

coucou,

Alors j'adore le chapitre, plein d'éléments se mettent en place.
Yes Severus est de la partie, mais les termes de reprise en main de la part de Sirius me fait craindre le pire, j'espère qu'il ne sera pas injuste.

à la semaine prochaine,

5. mikori snape 30/06/2012

Je préfère largement la réaction de Sirius Black à celle d'Andromeda que je trouve stupide et nul . Je souhaite bonne chance pour mon petit drago ( oui je suis fan de lui ) . Bonne continuation .

6. stormtrooper2 01/07/2012

coucou,
Même si je t'ai mis un message sur ffnet, et bienje t'en met unici aussi.
Moi je pense que Harry ne sera pas ravi du tout de l'arrivé de Draco dans sa nouvelle famille. Il le verra certainement comme un intrus lui qui n'a jamais connu l'amour et la sécurité d'un foyer normal. C'est l'attitude de Siriuis qui va le rassurer. Ce dernier vra se montrer rassurant sur ses sentiments envers son filleul, sa place au sein de la famille mais aussi sur celle de Draco. Je ne souhaite pas qu'il soit trop sévère avec le blond mais je pense qu'il va se montrer trop rigoureux et que c'est sa femme qui va temporiser les choses.
À bientôt

7. carole 04/07/2012

Sélene a tu eu des nouvelle de Roguemaster car j ai hate de lire la suite de sa fiction.

8. selene-fictions (site web) 05/07/2012

Non pas encore. Mais elle pensais pouvoir se remettre a écrire cet été, donc en lui laissant le temps d'écrire un chapitre, peut être des nouvelles à la fin du mois... J'essaierais de la contacter.

9. Claire 06/07/2012

Coucou!
Comme d'habitude, super chapitre! Ça devient lassant de se répéter ^^
Je plaisante, évidemment! Sirius a eu une réaction intelligente! Après on peut pas trop en vouloir à Androméda, elle a beaucoup souffert, et c'est pas simple d'être objectif!
Et, je suis ravie que Séverus soit là! le verra t'on souvent?

10. selene-fictions (site web) 07/07/2012

Claire => Coucou

on verra severus a plusieurs reprises mais pas avant quelques chapitres, on le verra dès que les jeunes vont retourner a Poudlard.
Je suis d'accord avec toi pour Andromeda.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site