chapitre 06

Severus Rogue donna le mot de passe à l'entrée de l'unité lui permettant de passer la porte. La sentinelle en poste identifia ensuite sa signature magique avant de désactiver la barrière de protection à cet endroit précis, lui permettant ainsi de pénétrer le complexe.
Il était près de 4h du matin. Il avait terminé plusieurs potions avant d'informer Lucius qu'il partait dans les montagnes de l'Oural à la recherche de plantes rares.
Habitué, Lucius n'avait même pas daigné lever les yeux des parchemins qu'il étudiait pour lui souhaiter bonne recherche d'un ton absent. Ils savaient tous les deux que si le maître avait besoin de lui, il lui suffirait d'activer la marque.

Tout le monde dormait probablement à cette heure-ci et ce n'était pas pour lui déplaire. Il était fatigué et la dernière chose dont il avait besoin était de faire un rapport long et fastidieux à Potter.

Bien qu'il refusât catégoriquement de l'admettre, son respect pour le " trio d'or " et nombre de ses anciens élèves n'avait cessé de grandir au fil de ces dix dernières années. Ils avaient enfin compris le sens des mots plans et préparation.
Ils ne fonctionnaient plus sur impulsions et Ronald Weasley avait démontré à plusieurs reprises que ses talents de stratège ne se limitaient pas qu'aux échecs.

Il n'avait pas été surpris du mariage de Weasley avec Hermione Granger. Ces deux là se tournaient autour depuis leur seconde année à Poudlard.
Il n'avait pas davantage été surpris de celui de Potter avec la cadette des Weasley. Il avait toujours été évident à ses yeux que la rouquine était déterminée à se faire passer la bague au doigt par le survivant depuis la première fois où elle l'avait rencontré.

Par contre, Draco, lui, l'avait plus que surpris.
En premier lieu, il n'aurait jamais imaginé que le jeune Malefoy possédait en lui suffisamment de courage pour tourner le dos à son maître, son père et toute son
education… et plus encore qu'il rejoindrait la résistance.
Ensuite il n'aurait pas cru que Draco renierait tout l'enseignement de son père au point d'avoir conclu un mariage sorcier sans possibilité de divorce avec une moldue.

Il devait avouer que Katarina était assez phénoménale dans son genre.
Elle avait suffisamment de causticité pour tenir tête à l'ancien prince de Serpentard, se prenait pour une véritable princesse guerrière et n'était pas désagréable à regarder, il devait bien l'avouer.
Il espérait sincèrement que l'unité avait trouvé la jeune femme avant qu'il ne soit trop tard.
Et que Miss Granger se souvenait du contre sort du Sectumsempra.
Et que les autres blessures de la jeune femme n'aient pas été mortelles.
C'était une équation à beaucoup d'inconnues mais il n'avait pu faire plus. Le reste était dans les mains de Merlin.

Il se glissa furtivement le long du couloir du rez-de-chaussée où étaient logés les membres de l'unité, jusqu'à la dernière porte, sa chambre.
Il n'y avait séjourné qu'une nuit, depuis que l'unité avait annexé ce lycée, ou plutôt quelques heures, mais le fait de savoir qu'il existait quelque part dans le monde, une pièce qui lui appartenait, où il était en sécurité et où personne n'envahissait son espace personnel était rassurant.

Moins d'une minute plus tard, toutes les illusions de Rogue s'effondrèrent comme un château de carte.
Il y avait un intrus dans son lit. Ruminant des menaces plus ou moins explicites de représailles sanglantes sur la seule personne à posséder un double de toutes les pièces, à savoir Potter, il contourna rapidement le lit dans la ferme intention de secouer le malotru avant de le jeter dehors sans ménagement.
Son geste se suspendit de lui-même quand ses yeux tombèrent sur le visage de " l'intrus ".

Katarina.

Ah…

Ce fut tout ce qui vint à Severus dans un premier temps, avant qu'un flot de questions n'envahisse son esprit.
Songeur, il suspendit sa cape derrière la porte et s'installa dans le fauteuil à droite de son lit.
Les légers bruits qu'il avait faits depuis son arrivée finirent par tirer la jeune femme du sommeil. Il ne doutait pas une seconde qu'elle se serait réveillée à la seconde où il avait posé la main sur la poignée de la porte si elle s'était trouvée dans un lieu moins sécurisé.

Avant que Katarina ne rassemble ses pensées et ne réalise qu'elle n'était plus seule, il prit la parole d'une voix sarcastique.

- Dois-je m'attendre à être provoqué en duel par monsieur Malefoy aux premières heures du jour ?

La jeune femme sursauta et se tourna brusquement vers lui. Même sans les traces brillantes que les larmes séchées avaient laissé sur sa peau inhabituellement pâle, ses yeux rougis l'auraient immédiatement renseigné sur son état d'esprit.

- Que faites-vous dans mes quartiers ? demanda-t-il sobrement, s'efforçant, une fois n'est pas coutume, de bannir toute trace d'accusation ou de sarcasme de sa voix.

- Je ne pensais pas que vous reviendriez si tôt, répondit-elle d'un ton qu'elle tenta de rendre ferme sans y parvenir tout à fait.

Ce n'était pas ce qu'il avait demandé. Aussi haussa-t-il un sourcil impérieux, la voyant avec étonnement détourner le regard pour toute réponse.
Pendant toutes ces heures aux mains de Lucius, elle l'avait défié de la langue et du regard, sans jamais baisser les yeux, avec un courage confinant au suicide et là, une question, somme toute relativement anodine, avait raison d'elle.
Il hésita un instant à insister mais se ravisa en la voyant repousser les draps et se débattre pour sortir du lit.

- Katarina, soupira-t-il.

Elle ne répondit pas et donna un violent coup de rein pour se mettre en position assise. Mais elle avait trop présumé d'elle-même. Une violente douleur lui vrilla la hanche et elle retomba en arrière avec un gémissement plaintif.
Avisant le stylo injecteur sur la table de nuit, un ingénieux système que lui avait montré un jour Hermione Granger, il le saisit, vérifia qu'il comportait une capsule de produit et le tendit d'une main à la jeune femme tandis qu'il l'immobilisait de l'autre.

- Katarina, ne soyez pas ridicule, vous n'allez réussir qu'à vous faire mal davantage. Je vous promets de ne pas vous questionner ce soir, mais je suppose que si vous avez trouvé refuge dans mes appartements c'est que vous n'avez pas trouvé de solution plus satisfaisante. Il est près de 5h du matin. Je passerais le reste de la nuit dans ce fauteuil.

Le ton était si catégorique et la douleur si vive, que Kit n'osa pas protester. Sans un mot elle s'injecta une dose de l'analgésique et ne tarda pas à replonger dans un sommeil agité.
Severus s'installa dans le fauteuil, sachant d'avance qu'il ne fermerait pas l'œil de la nuit. Il était étonné de la capacité de la jeune femme à comprendre les subtilités et les obligations que lui imposaient son rôle d'espion, au point de parvenir à dormir en sa présence alors que quelques semaines plus tôt il avait été témoin des tortures que lui avait infligées Lucius, sans lever le petit doigt pour l'aider.
Il savait qu'elle n'aurait pas voulu qu'il jette sa couverture aux orties, mais de là à lui pardonner… Il y avait un pas qu'il n'était pas sûr qu'elle franchisse.
Et pourtant…il semblait bien qu'elle ne lui tienne pas rigueur de son absence de réaction.

Quelques heures plus tard, Katarina émergea de nouveau.

- Vous n'avez pas dormi? demanda-t-elle d'une voix enrouée par le sommeil

- Qu'est ce que vous prenez ? demanda-t-il à son tour en brandissant le stylo injecteur sans répondre à la question de la jeune femme.

- De l'Anexsia. Pour ne plus avoir mal à la hanche et à l'épaule. Hermione dit que c'est à vie.

- Je suis navré.

- Vous ne devriez pas Severus, protesta Katarina, vous m'avez sauvé la vie.

Severus ouvrit la bouche pour protester mais la referma devant le regard éloquent que lui lança la jeune femme. Il jeta un coup d'œil à l'horloge. Il était 7h.

- Monsieur Potter arrive-t-il toujours à son bureau à 6h30?

Katarina hocha la tête. Il y avait des années que Harry dormait peu et mal. Les visions qu'il percevait de Voldemort se faisaient de plus en plus violentes et si Harry avait suffisamment progressé en occlumencie pour se protéger lorsqu'il était conscient, il n'avait jamais pu atteindre, au grand dam de Severus, un niveau suffisant pour se protéger également durant son sommeil.
Voldemort dormait rarement, quelques heures tout au plus. Harry avait donc fini par calquer ses horaires de sommeil sur ceux du mage.

Severus conseilla à Katarina de dormir encore quelques heures, ce qui lui attira un regard noir auquel il répondit du haussement de sourcil avec lequel il accueillait toutes les protestations des élèves du temps de Poudlard, puis il prit le chemin du bureau de Potter pour y faire son rapport.

Il n'avait pas grand-chose à lui apprendre, mis à part le retour en Angleterre des Mangemorts responsables de l'enlèvement de Katarina.

- Puisqu'on parle de Katarina, reprit Severus, il semblerait qu'elle se remette plutôt bien de sa mésaventure.

- Vous l'avez vue ?

- En effet.

- Kit ne se lève jamais avant 8h30 en ce moment, s'étonna Harry.

- Elle n'est pas levée, confirma Severus, s'attirant un regard interrogatif du responsable de l'unité. Il semblerait, continua-t-il, que Monsieur Malefoy ait poussé son épouse à fuir la chambre conjugale. Katarina savait où trouver un passe et que ma chambre était vide. Elle ne s'attendait certes pas à ce que je revienne cette nuit. Et je n'ai pas eu le cœur de la mettre à la porte. Elle semble aussi combattive qu'avant.

- Trop peut-être, soupira Harry. Elle a été gravement blessée et son état nécessite du repos. Hermione pense qu'elle pourra fortement diminuer les doses d'Anexsia si elle ménage sa hanche et son épaule le plus longtemps possible.

- Je suis curieux de savoir pourquoi cette dispute entre Draco et elle a eu lieu. Son épouse étant blessée, je me serais attendu à ce qu'il fasse preuve de patience...

- Je pensais également qu'il avait bien pris la nouvelle dans l'ensemble. De toute évidence je me trompais…

- Eclairez-moi, Potter.

- Katarina a fait une grave hémorragie interne et, pour la sauver, Hermione et David ont été obligés de lui enlever les ovaires et l'utérus…

Severus ne répondit pas. Ainsi Katarina avait été réellement gravement blessée. Elle était passée bien plus proche de la mort qu'il ne s'en était douté. Et il comprenait à présent la nature de la discorde entre les deux époux. Draco Malefoy avait beau dire, il restait attaché à certaines traditions, et la continuité du nom en était une.

- Si cette dispute avec Malefoy est sérieuse, continua Harry, j'ai bien peur que Katarina n'évacue sa peine en devenant incontrôlable.

- Vous exagérez Potter, répliqua sèchement Rogue, Katarina aime se battre, c'est un fait. Elle est avide de vengeance, je la comprends. Et elle n'est pas animée par tous les scrupules qui vous empoisonnent l'existence. Ce n'est pas pour autant que vous deviez l'étiqueter folle ou dangereuse. Laissez-lui du temps.

- Je n'ai pas dit qu'elle était folle. Et je ne prétends pas qu'elle soit dangereuse pour qui que ce soit d'autre que les vampires et les lycans. Mais il est crucial qu'elle se repose.

Harry se leva, signifiant ainsi à son ancien professeur que l'entretien était terminé. Severus se leva à son tour et se dirigea vers la porte.

- Elle vous respecte Severus, lança Harry, essayez de la convaincre qu'il faut qu'elle se ménage. Je vais voir à la faire installer ailleurs.

- C'est inutile pour l'instant. Je dormirais sur un lit de camp. N'ébruitez pas pour le moment qu'elle et son mari sont en froid. Ses détracteurs n'en seraient que trop contents. Et si jamais cette situation devenait définitive, je pense que ce serait à Monsieur Malefoy de trouver un autre lieu où loger.

Harry hocha la tête et Severus reprit le chemin de sa chambre.

A peine arrivé, il ouvrit les volets d'un mouvement sec de sa baguette, inondant la pièce de soleil. Katarina ferma vivement les yeux et tira la couverture sur sa tête en maugréant quelque chose qui ressemblait vaguement à : tous les mêmes ces serpents.
Sans relever, Severus ouvrit un coffre et fouilla à l'intérieur. Il vit du coin de l'œil Katarina qui essayait tant bien que mal de se hisser sur un coude pour voir ce qu'il fabriquait, mais un regard noir suffit pour qu'elle se laisse retomber sur le lit d'un air innocent.

Une boîte en bois dans une main, un plateau moldu conçu pour les petits déjeuners au lit dans l'autre, il vint s'asseoir au pied du lit.

- Asseyez-vous, ordonna-t-il sans faire un geste pour aider la jeune femme qui lui lança un regard reconnaissant pour ne pas la traiter en invalide.

Il posa le plateau au-dessus de ses jambes et la boîte en bois sur le plateau.

- Miss Granger ou plutôt Madame Weasley à présent, exige que vous vous reposiez. Vous n'allez donc pas quitter ce lit avant nouvel ordre.

- Mais… commença à protester Katarina

- Taisez-vous, ordonna Rogue en levant une main impérieuse, nous sortirons marcher une fois par jour et vous pourrez aller prendre deux douches par jour.

- Je vais m'ennuyer à mourir, gémit Katarina

- Cela ne durera qu'un temps. Si vous vous obstinez à vouloir vous entraîner, vous finirez dans un fauteuil roulant, mentit-il.

Cette menace eut l'effet escompté et Kit jura sur tout ce qu'elle avait de plus cher au monde (à savoir son épée et sa hache) qu'elle allait être bien sage, raisonnable et inactive, quitte à en mourir d'ennui.
Rogue leva les yeux au ciel.

- Nous allons trouver de quoi vous distraire.

- Quoi donc?

Il ouvrit la boîte en bois et en sortit des pions en bois sculptés, qui gigotaient dans tous les sens, sous les yeux médusés de la jeune femme

- Savez-vous jouer aux échecs?

OoO

- Echec…

- Vous allez finir par vous transformer en perroquet à force de répéter ça, grogna la jeune femme en cherchant comment sauver son jeu.

- Mat en trois coups, ajouta Severus d'une voix moqueuse, récoltant un regard furieux.

- Allez-y, enfoncez le clou !

Il eut un sourire amusé. Cela faisait près de quinze jours qu'il apprenait à Katarina à jouer aux échecs.
La jeune femme avait refusé de réintégrer sa chambre même après qu'Harry eut proposé que Draco déménage dans celle de Blaise et Lee.
Officiellement, Kit avait donc prit place dans la chambre de Luna et de la colocataire de celle ci, une ancienne élève de poufsouffle.
En réalité, elle n'avait pas quitté la chambre de Severus. L'espion avait métamorphosé le lit deux places en deux lits une place séparés par un paravent, et cela leur convenait parfaitement.

- Echec...

- Pardon? Non…protesta Katarina

Severus haussa un sourcil et reporta son attention sur le plateau de jeu.

- Ah… en effet… mon erreur est impardonnable… Echec et mat…

Le sourire de Katarina s'évanouit et elle se renfrogna, jetant un regard noir sur l'échiquier en croisant les bras.

- Vous êtes sur ?

- J'en ai peur.

- Ok, j'en ai marre !

- Vous vous améliorez, assura le sorcier, vous avez tenu dix minutes supplémentaires…

La jeune femme fit passer son regard sombre du plateau à lui tandis qu'il rangeait patiemment les pièces de bois sculptés.

- Voulez-vous aller marcher un peu?

La jeune femme retrouva instantanément le sourire.

- Pas longtemps, la prévint-il, sachant pertinemment qu'elle réussirait à doubler le temps de promenade qu'il avait prévu, tout comme elle l'avait fait tous les jours depuis trois semaines.

Il était certain qu'elle reprenait vite du poil de la bête. Elle devait certes s'injecter régulièrement des doses d'Anexsia pour continuer à utiliser sa hanche et son épaule blessées, mais au niveau du moral, elle allait très bien.
La seule chose qui lui pesait encore était l'inaction. Severus se promit d'en parler à Granger. Il interrompit ses pensées, surpris. Depuis quand les désirs de qui que ce soit rentraient-ils en compte? Il dut bien se résoudre à admettre qu'il s'attachait à la jeune femme. Un peu trop vite… Un peu trop tout court...
L'intérêt qu'il lui portait dépassait le cadre de la surveillance et de l'apprentissage des échecs…
Il grimaça lorsque la question qui lui traversa l'esprit le ramena à son adolescence : Et Katarina, que pensait-elle de lui?

- Je suis prête, résonna la voix enjouée derrière lui.

Il sourit à la jeune femme qui passa aussitôt son bras sous le sien. Il se convainquit qu'il ne fallait y voir là que la nécessité de la jeune femme d'être soutenue. Rien de plus.

- On va au gymnase? demanda Kit d'une voix cajoleuse.

- Certainement pas, trancha-t-il, c'est trop loin et trop en pente et les protections anti-transplanage ne me permettent pas de vous ramener ici en cas de fatigue.

- Je ne suis pas fatiguée, protesta-t-elle, indignée.

- Nous n'avons pas encore quitté le couloir, soupira-t-il.

OoO

Presque une heure plus tard, Severus réussit enfin à ramener une Katarina épuisée dans leur chambre. La jeune femme avait encore réussi à prolonger la promenade jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus poser un pied devant l'autre et il avait dû se résoudre à la porter sur les derniers mètres.
Il entra en bougonnant dans la chambre et se pencha pour déposer la jeune femme sur son lit. Ce faisant il perdit l'équilibre et tomba à moitié sur Katarina, évitant de l'écraser de justesse en faisant porter tout son poids sur sa main gauche. Il eut une absence de quelques secondes, son visage à moins de deux centimètres de celui de la jeune femme. Kit inspira rapidement avant de se mordre la lèvre inférieure.
Severus ne put résister à la tentation, il franchit la distance qui les séparait et effleura ses lèvres. Il se releva immédiatement, se maudissant intérieurement. Qu'est ce qu'il lui avait pris ? L'amitié que lui accordait la jeune femme n'était elle pas précieuse ? Pourquoi venait-il de tout détruire ? Sans doute allait-elle fuir la chambre, et lui, dès qu'elle serait capable de reposer un pied par terre !

- Je suis désolé, s'entendit-il murmurer d'une voix rauque

- Pourquoi ? demanda la jeune femme.

Elle n'avait pas l'air furieux, mais sincèrement étonnée par ses excuses.

- C'était inapproprié et ... je suis vraiment désolé.

- Moi aussi.

- De quoi êtes-vous donc désolée ? Vous n'avez rien fait.

- Justement, soupira la jeune femme. Je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit, vous vous êtes éloigné trop vite de moi. Bien trop vite.

Severus se tourna si brusquement vers elle qu'elle fut sure d'entendre son cou craquer. A voir ses yeux écarquillés, bien loin de son habituel masque de froideur, elle comprit qu'il ne s'était pas du tout attendu à cette réaction.

- Quoi, marmonna-t-elle, aucune gamine n'a jamais craqué sur vous ?

- Non, je n'ai jamais provoqué ce genre de sentiment chez mes étudiantes, Merlin merci... Mais vous n'êtes pas une gamine...

- Alors pourquoi êtes-vous désolé ?

- Parce que… enfin Katarina, vous avez 26 ans et j’en ai 47. Je me moque pour ma part du qu’en-dira-t-on et si j’avais dix ans de moins… Mais ce n’est pas juste pour vous…Le mythe du vieil homme qui rajeunit au contact d’une jeune femme n’est pas réaliste. Je suis usé Katarina, et vraiment pas l’homme qu’il faut à une jeune femme pleine de vie telle que vous.

- Severus… je me moque du qu’en-dira-t-on au moins autant que vous. La plupart des sorciers d’Europe me connaissent comme la moldue complètement fondue qui a épousé un mangemort ! Ils disent tous que j’ai commis une grossière erreur et sur ce point là je suis d’accord avec eux. La seule chose c’est qu’ils pensent que je n’aurais pas dû épouser un mangemort et je pense personnellement que je n’ai juste pas choisi le bon…

Severus leva les yeux vers elle et elle sourit d'un air espiègle. Il n'était pas sûr de ce qui était en train de lui arriver. Une seule chose était sûre, s'il était en train de rêver, il ne voulait surtout pas se réveiller.
Katarina tendit une main et il avança machinalement d'un pas pour la prendre.

- Vous l'avez dit, Severus, je ne suis pas une gamine... et je sais parfaitement ce que je veux. La seule inconnue qui demeure c'est : et vous ? Que voulez-vous ?

Severus eut un instant d'hésitation. Un instant seulement. Katarina venait d'être parfaitement claire et il avait déjà laissé partir Lily. Il ne commettrait pas deux fois la même erreur. Il se pencha vers la jeune femme et murmura :

- La même chose que vous.

Il posa ses lèvres sur les siennes et cette fois, ne se recula pas.

OoO

.

L'annonce de la liaison de Severus et Katarina faillit bien réussir à atteindre le but de Voldemort et coûter la vie à Harry Potter.
Sa distraite épouse lui avait assené la nouvelle sans la moindre précaution alors qu'il était en train de boire une grande gorgée de coca et les deux actions simultanées avaient bien failli causer sa mort par étranglement.
Il lui avait fallu de longues minutes pour cesser de tousser. Ginny, pas impressionnée une seconde, avait attendu patiemment pour s'enquérir :

- Il survivra, le survivant ?

Harry lui jeta un regard noir et la rouquine s'empressa de désigner son ventre d'un air innocent.

- Je suis enceinte !

- Tu as de la chance, riposta-t-il, un sourire amusé aux lèvres. Donc Rogue et Katarina... Je suis sur que c'est illégal quelque part dans le monde !

- Tu es méchant Harry !

- Non mais sérieux, protesta Harry en se mettant à rire. Neville, Draco, Rogue...Je trouve qu'elle tourne de plus en plus mal.

- Je refuse de continuer à discuter avec toi, s'insurgea la rouquine, faussement furieuse, se levant pour partir.

- Parfait, sourit Harry en l'attrapant au vol, parce que je n'ai absolument aucune intention de parler !

- Tu ne diras rien ? Pour Katarina et Rogue ? Je ne pense pas qu'elle ait envie que cela s'ébruite pour le moment. Et surtout elle ne doit pas vouloir que Draco l'apprenne si vite.

- Je ne dirais rien, promit Harry, espiègle. S'il y a une fuite il faudra que tu cherches du coté d'Hermione, ou de Luna... ou de la dizaine de filles qui doivent déjà être au courant…

- Oh ferme-la, grogna Ginny avant de l'embrasser.

OoO

.

- C'est une plaisanterie ? demanda Draco à Blaise.

- C'est une rumeur, soupira le métis, Dray tu sais aussi bien que moi que plus de la moitié des rumeurs est un tissu de conneries.

- Mouais.

- De toute façon, quelle importance ? Tu l'as quittée...

- Elle s'est barrée, nuance.

- Et on se demande pourquoi, marmonna Blaise d'un air de reproche.

- Ouais ça va, grogna Draco, on connaît ton opinion sur le sujet.

Blaise ne se donna même pas la peine de répondre et Draco n’attendait de toute façon aucune réaction de sa part.
Ça faisait près de deux semaines qu'une rumeur persistante parlait d'une hypothétique liaison entre sa femme et Severus Rogue.
Depuis son départ de la chambre conjugale, Katarina avait obstinément refusé de lui parler. Elle lui avait fait porter un mot sec par un gamin du camp, lui demandant d'emballer ses vêtements et de les remettre à l'enfant et l'informant dans des termes très clairs qu'elle ne voulait plus avoir affaire à lui, et qu'il pouvait aller " sauter le premier utérus valide " qu'il pourrait trouver pour lui donner son précieux héritier, ajoutant que pour que la loi sorcière lui reconnaisse ce titre, elle s'engageait à le reconnaître comme son fils, du moment qu'elle n'ait jamais affaire à lui.
Il avait bien tenté de la voir, mais il s'était heurté au barrage de Severus à deux reprises avant que Harry ne le convoque pour lui intimer l'ordre de ne plus tenter d'approcher Katarina.

Il avait tenté de trouver une oreille réconfortante auprès de son meilleur ami dès qu'il avait entendu les rumeurs qui courraient sur la jeune femme et l'espion, mais il s'était heurté à un mur. Blaise semblait décidé à prendre le parti de Katarina sur ce coup là. Ça ne l'étonnait qu'à moitié. Blaise n'avait jamais été capable de comprendre l'importance du nom. Sa mère avait été une mante religieuse qui avait enterré 6 maris avant de jeter son dévolu sur le père de Blaise. Isaïe Zabini lui avait donné tout l'argent et toute la liberté qu'elle désirait et elle en avait conclu qu'il était plus utile vivant que mort.
C'est son père qui avait élevé Blaise et il ne l'avait pas élevé dans cette étroitesse d'esprit qui caractérisait les sangs-purs, il avait coutume de dire à son fils : Qu'est ce qu'un nom ? Si tu t'appelais Smith, serais-tu différent qu'en t'appelant Zabini ? Si tu désignes ton filleul comme héritier, sera-t-il moins méritant qu'un hypothétique fils ? Ou si tu adoptes un enfant, l'aimeras-tu moins que s'il était de ton sang ?

Blaise avait accepté et pardonné beaucoup de choses venant de Draco. Mais il n'arrivait pas à comprendre et encore moins à cautionner, l'abandon d'une épouse blessée au nom de la continuité de la lignée. Et s'il ne tournait pas pour autant le dos à son ami, il lui disait clairement le fond de sa pensée.

OoO

- Il y a une rumeur, annonça Kit en bougeant sa tour.

- Il y a toujours des rumeurs.

- Une rumeur qui dit que nous avons une liaison et que tu as retransformé les deux lits en un seul.

- Tu me vois outré par de telles calomnies, se moqua Severus. Echec…

Katarina fronça les sourcils et donna une pichenette à son roi pour le faire tomber.

- On s'en fiche de ce jeu idiot, bougonna-t-elle en se levant.

Severus la soutint tandis qu'elle s'installait à califourchon sur ses genoux. Sa hanche allait mieux mais elle avait encore un peu de mal à lever la jambe et à marcher trop longtemps.

- Qu'est-ce qui te gène, demanda-t-il, qu'il y ait une rumeur sur nous ou qu'elle soit fondée ?

- Plutôt que Draco ait pu y croire… Il va me prendre la tête je le sens. J'ai déjà la hache qui me démange rien qu'à l'idée qu'il pourrait avoir le culot de me demander des comptes…

- Tu sais que l'ennemi est en supériorité numérique… si tu pouvais éviter de nous tuer un soldat…

Katarina eut un sourire amusé et se pencha en avant pour embrasser Severus. Le mouvement fit remonter une douleur sourde le long de sa hanche et elle étouffa de justesse un gémissement de douleur. Mais c'était sans compter les sens aiguisés de son amant.
Severus se leva immédiatement, soulevant la jeune femme dans le même mouvement et il la déposa sur le lit, s'allongeant à ses cotés.

- Mieux ? demanda-t-il avec un demi-sourire

- Bien mieux, répondit-elle.

Cette fois ci, ce ne fut pas un gémissement de douleur qui interrompit leur baiser, mais un début de fou rire.
Severus eut un soupir faussement exaspéré et grogna.

- Quoi, encore ? Pourquoi tu couines cette fois-ci ?

- Je ne couine pas, s'insurgea la jeune femme. Je me disais… Je n'arriverai jamais à faire croire aux copines que tu souris très souvent…

- Aux copines ? s'exclama Severus, horrifié. Quelles copines ? Tu leur parles de quoi ? Ne me dis pas que c'est à cause de toi, que Granger devient rouge comme une pivoine à chaque fois qu'elle me croise ?

- D'accord, je ne te le dirais pas.

- Katarina !

- Mmm ?

Elle avait recommencé à l'embrasser et ne put guère prononcer de parole plus élaborée.

- Tu ne changeras pas de sujet aussi facilement, protesta Severus avant d'interrompre brusquement ses récriminations lorsque la main de la jeune femme, jusque là posée sur son torse descendit soudain de plusieurs dizaines de centimètres.

Il était évident qu'ils n'auraient aucune discussion sur la tendance de Katarina à tout raconter à ses copines. Pas ce soir en tout cas.

OoO

Harry frappa nerveusement à la porte de la chambre du professeur Rogue. Il avait eut une idée mais il n'avait pu en parler à la principale concernée, Kit n'étant plus sortie de sa chambre depuis le milieu de l'après midi, la veille.
Il pensait que son idée était parfaite. Katarina n'était pas assez remise pour reprendre les missions mais elle s'ennuyait à mourir et n'était pas très loin de faire une dépression. Severus ne cessait de l'invectiver pour qu'il trouve une solution car la pratique des échecs ne suffisaient plus à canaliser la débordante énergie de la jeune femme.

Severus vint ouvrir et salua Harry d'un signe de tête froid.

- Un problème Potter ?

- Non. Je venais voir Katarina.

- Que t'arrive-t-il ô grand chef sans peur et presque sans reproche ? claironna Kit de l'intérieur de la chambre.

Severus s'écarta pour laisser passer l'ancien Gryffondor.

- J'irai droit au but, je pense qu'il est grand temps d'instruire les jeunes. Je pense rendre les cours obligatoires : français, anglais, math, un peu de bio/soin… et aussi potion. Les profs civils prendront en charge les enfants et les matières moldues. Draco accepte de se charger des potions lorsque le professeur Rogue ne sera pas là et Hermione et David des soins et de la bio. Je pensais également rendre obligatoire pour les garçons de plus de 15 ans un cours de combat. Il sera ouvert aussi aux filles mais uniquement si elles le souhaitent, celles qui ne souhaitent pas se former au combat iront se former à l'intendance avec Luna. Je voudrais que tu donnes les cours de combat.

- Tu es sérieux, s'exclama Katarina, ravie.

- Oui, sourit Harry. Viens au repas à midi, j'annoncerai la chose.

Il embrassa Kit sur le front et salua d'un hochement de tête l'espion qui répondit de la même façon.
Katarina se jeta dans les bras de Severus avec un cri de joie.

OoO

.

Contrairement à ce qu'elle aurait imaginé, les adolescents parurent ravis de la reprise des cours. Elle réalisa que la plupart d'entre eux, qui ne pouvaient participer à aucune mission, devait s'ennuyer autant qu'elle et qu'ils étaient ravis à la fois d'avoir de nouveau un but en se levant le matin, mais aussi de la perspective d'apprendre à se battre et de pouvoir, peut être, prendre part à un vrai combat.

Elle se trouvait à présent dans le bureau de Harry, en présence d'Hermione, Luna, Draco, David et Harry et tous essayaient de créer un emploi du temps hebdomadaire compatible avec leurs autres activités. Les professeurs civils n'avaient rien d'autre à faire de leurs journées et leurs cours viendraient boucher les trous laissés par l'équipe.

Severus et Ginny étaient là en observateurs et Draco n'avait pas osé faire de remarque à sa femme en présence du mangemort.

Alors qu'Hermione et Katarina se disputaient un créneau horaire, Severus grimaça et saisit son avant-bras gauche.

- Non, gémit Katarina.

- Il faut que j'y aille.

Il serra quelques minutes la jeune femme dans ses bras et sans se préoccuper de la présence de l'époux trompé, il l'embrassa tendrement.

- Tu seras prudent, n'est ce pas ?

- Je le suis toujours. Toi aussi…sois prudente… pas de folie…

- C'est promis !

Severus lui caressa la joue et releva les yeux vers l'ensemble des personnes présentes.

- Je vous contacterai dans environ deux semaines, si je ne suis pas revenu avant.

- Faites attention, Severus, souffla Ginny.

L'ensemble de l'équipe acquiesça et il hocha la tête. Il embrassa une dernière fois Kit et prit la direction de l'entrée du complexe d'un pas rapide afin de transplaner auprès de Voldemort.

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